Israël: Les chrétiens des 'villages jumeaux' d'Iqrit et de Biram sollicitent le pape François
Expulsés de leurs villages en 1948, ils n’ont toujours pas pu y revenir malgré plusieurs décisions de la Cour suprême israélienne
Biram/Jérusalem, 22 mai 2014 (Apic) Comme ils l’avaient déjà fait en 2000 et 2009, lors du pèlerinage en Terre Sainte des papes Jean Paul II et Benoît XVI, les habitants palestiniens des villages chrétiens d’Iqrit et de Biram, en Haute-Galilée, ont écrit au pape François. Ils espèrent pouvoir lui remettre leur missive en main propre, dimanche 25 mai, lors de son bref passage à Bethléem, en territoire palestinien.
Ces chrétiens grec-catholiques melkites et maronites, expulsés en 1948 par l’armée israélienne après la fin de la guerre israélo-arabe, n’ont toujours pas pu rentrer dans leurs villages, rasés au sol un jour de 1951, sur ordre du Premier ministre israélien Ben Gourion. Ils se plaignent d’être traités comme des citoyens de seconde zone, dépossédés des terres et des bâtiments dont ils sont les légitimes propriétaires depuis des générations.
Des villages chrétiens rasés au sol sur ordre de Ben Gourion
Ben Gourion n’a jamais obtempéré à l’ordre de la Cour suprême israélienne de laisser rentrer chez eux les expulsés de ces «villages jumeaux», qu’il a fait détruire «pour nous persuader qu’il n’y avait aucun espoir de retour», déclarait à l’Apic Mgr Elias Chacour, archevêque melkite de Galilée, et lui-même originaire de Biram. Situé au nord de la Galilée, non loin de la frontière libanaise, Biram est une localité maronite qui a été démolie de la même façon que son «jumeau», le village grec-catholique melkite d’Iqrit. Détruits par l’armée israélienne alors que la guerre était depuis longtemps terminée, les villages chrétiens d’Iqrit et de Biram ne peuvent ni récupérer leurs terres ni reconstruire leurs maisons dynamitées.
L’armée israélienne leur avait annoncé une «évacuation temporaire» de 15 jours en 1948, et les survivants de Biram et d’Iqrit attendent toujours, malgré leurs multiples recours devant la Cour suprême israélienne. Cette dernière avait été d’accord de les laisser rentrer chez eux… dès 1951. En 1953, l’aviation israélienne a bombardé le village, afin que les habitants ne puissent y retourner. A l’exception de l’église et du cimetière – que les habitants qui vivent en diaspora visitent régulièrement, notamment à l’occasion des fêtes de Pâques -,
il n’en reste plus que des ruines, car ils ont l’interdiction formelle de reconstruire leurs demeures détruites et de récupérer leurs terres dévolues aux colonies juives. Quelques militants, des jeunes originaires d’Iqrit, sont revenus en août 2012 s’installer dans des préfabriqués installés près de l’église.
Plus de 400 villages palestiniens effacés de la carte en Israël
Les autorités israéliennes refusent le retour des villageois, sous prétexte d’arguments de sécurité. Elles craignent surtout de créer un précédent, plus de 400 villages palestiniens ayant été effacés de la carte après l’indépendance d’Israël dans le cadre d’une politique d’épuration ethnique, rappellent les chrétiens locaux.
Par deux fois, en 1951 et en 1952, la Cour Suprême autorise les habitants de Biram à rentrer. En vain. Les injonctions de la Cour Suprême n’y font rien: les 16 et 17 septembre 1953, le village est dynamité puis bombardé par l’aviation israélienne. Entre-temps, les terres ont été transférées au Ministère du Développement d’Israël. Elles sont actuellement cultivées, mais pas par leurs propriétaires légitimes. En Israël, les prétextes de sécurité sont souvent invoqués pour confisquer les terres arabes, aujourd’hui encore.
A l’époque, la spoliation des terres des «absents» fut d’autant plus facile que les citoyens arabes d’Israël étaient soumis à un régime militaire d’exception draconien, qui ne fut levé qu’en 1966. Rappelons que Biram, comme de nombreux autres villages palestiniens détruits après la guerre israélo-arabe de 1948-1949, a été débaptisé, et s’appelle désormais Ba’ram. C’est un endroit bien connu des touristes, puisque Ba’ram et les ruines de sa synagogue font partie aujourd’hui de l’un des 66 parcs nationaux d’Israël. (apic/com/be)



