Lausanne : Comment résister dans un environnement de travail difficile ?, s’interroge le Forum œcuménique romand
« Face à un tsunami, soit on grimpe, pour prendre de la hauteur, soit on s’enfuit, pour prendre de la distance »
Lausanne, 16 novembre 2013 (Apic) Lorsque nous sommes confrontés à la violence dans le monde du travail, nos réactions sont souvent extrêmes : soit nous nous révoltons, soit nous restons passifs. Deux attitudes qui, à la longue, finissent par coûter très cher. Il existe pourtant un autre moyen de résister… Le 4e Forum œcuménique romand, organisé le 16 novembre 2013 à Lausanne par les groupements des Eglises catholique et réformée engagés dans le Monde du Travail, a tenté d’apporter des réponses à la souffrance au travail, une problématique très actuelle.
« Il n’existe pas de politique de la santé au travail en Suisse, alors que le monde du travail est malade », constate le Dr. Davor Komplita, psychiatre du travail à Genève, en ouverture de sa conférence au Centre universitaire catholique de Lausanne. D’où vient le mal ? « Toutes les décisions se prennent en se basant sur des chiffres. Car les mathématiques évoquent la science qui elle-même évoque la vérité. Pourtant, l’idée qu’il y aurait une vérité chiffrable est un fantasme. C’est pourquoi le monde du travail est un mensonge », explique le Dr. Komplita.
Ce qui se passe à l’heure actuelle dans l’administration publique est très significatif, selon lui. « L’administration publique devient de plus en plus fasciste. Il n’y a pas de projet de société. Les décisions sont financières et budgétaires. Et peu d’arguments arrivent à contester ce genre de décisions », affirme-t-il. « Le service public est corrompu alors que ses valeurs fondamentales sont des valeurs altruistes et d’équité ».
Quatre pathologies
Plus précisément, qu’est-ce qui gangrène le secteur professionnel aujourd’hui ? Le Dr. Komplita relève quatre pathologies :
– L’hystérie. « Nous sommes dans une culture hystérique où il faut qu’on en rajoute. Il ne se passe pas un jour sans que nous ne recevions des prospectus dans nos boîtes-aux-lettres vantant les mérites de La Poste, de l’UBS, etc. On y voit des gens avec de larges sourires alors que ce n’est pas la réalité », détaille le Dr. Komplita.
– L’autisme. « A l’intérieur de l’entreprise, c’est l’autisme qui domine. Les collègues sont dans l’incapacité d’interpréter autrui. Le management est déshumanisé : la direction transmet des directives, sans savoir au fond quel travail font ses collaborateurs. Il n’y a plus d’empathie. Les salariés sont des biens consommables. D’ailleurs, le terme ›ressources humaines’ le dit bien. Mais les personnes ne sont pas des ressources »
– La toxicomanie. « Les employés sont dans l’incapacité de s’arrêter, même s’ils souffrent. Cela les mène au burn-out. Un tiers des travailleurs en Suisse sont en état de pré-burn-out, et ce chiffre augmente de 1% chaque année »
– La psychopathie. « Il n’y a plus de respect pour autrui, et parfois même, certains trouvent du plaisir à voir la souffrance des autres »
Comment alors résister pour rester digne ? Comment vivre bien dans un monde mauvais ? Le Dr. Komplita choisit l’exemple du tsunami au Japon pour étayer sa théorie : « Comment résister à un phénomène d’une telle magnitude ? Soit on grimpe, pour prendre de la hauteur, soit on s’enfuit, pour prendre de la distance ».
En conclusion, il ne s’agit pas de résister (« Cela ne sert à rien »), mais plutôt de bouger. Comment ? En adoptant une posture morale. « Par la prise de conscience et la lucidité – je sais que le monde du travail est une mascarade – j’essaie de me construire dans un environnement qui pousse à l’indignité. En quelque sorte, j’arrive à me situer et me dire : ›ça, je fais, ça je ne fais pas’ ». (apic/cw)
Encadré :
1) La guérison domestique. Les patients arrivent à se calmer chez eux. Il faut de cinq à six mois pour la personne passe une journée sans penser au travail.
2) Le réveil. C’est l’heure de la prise de conscience. Le patient se trouve confronté aux incohérences, aux paradoxes, aux trahisons des valeurs professionnelles qui l’ont conduit là où il est. Cette phase prend de cinq à huit mois.
3) La guérison sociale. Le patient est capable de sortir de chez lui. Il se dit alors : « Plus jamais ça ! ». Il se demande ensuite ce qu’il va faire pour continuer à vivre. Il faut de cinq à huit mois pour un déconditionnement physique et psychique complet. cw



