«Faire de chaque chrétien ou musulman un hindou»

Inde: Convertir les chrétiens aborigènes à l’hindouisme lors d’une prochaine fête hindoue

Madhya Pradesh, 23 janvier 2011 (Apic) L’Eglise catholique du Madhay Pradesh s’inquiète des préparatifs annoncés par de nombreux mouvements hindouistes radicaux, afin de «reconvertir» les chrétiens aborigènes à l’hindouisme. Cela est prévu le mois prochain, sur trois jours, lors de la fête consacrée à Narmada – divinité du principal fleuve du Madhya Pradesh –, a déclaré «Eglises d’Asie» (EDA), l’agence d’information des Missions étrangères de Paris (MEP), le 21 janvier 2011.

«La peur est en train de gagner les communautés chrétiennes», a rapporté le Père George Thomas, prêtre catholique du district de Mandla, où aura lieu la célébration hindoue. L’Eglise a lancé un appel au ’collector’ (le plus haut représentant de l’Etat dans le district), afin qu’il assure la protection des minorités.

2,5 millions de personnes attendues

Les chrétiens, toutes confessions confondues, représentent environ 1 % de la population du Madhya Pradesh, où la population est hindoue à plus de 90 % et fortement imprégnée des concepts de ’l’hindutva’ (*). Depuis l’arrivée au pouvoir en 2003 du «Bharatiya Janata Party» (BJP), vitrine politique du nationalisme hindou, les attaques contre les chrétiens se sont multipliées. Lors des violences antichrétiennes de 2008, le Madhya Pradesh avait été le théâtre de nombreuses agressions, de destructions de lieux de culte et d’institutions chrétiennes, motivées par des allégations de conversion forcée, selon la loi anti-conversion en vigueur dans l’Etat.

Quelque 2,5 millions de personnes venues de toute l’Inde sont attendues pour la fête annuelle de la déesse Narmada (**), qui se tiendra cette année du 10 au 12 février à Mandla, ville du district du même nom, établie sur les rives du fleuve. Cette édition de «Narmada Jayanti» (anniversaire de Narmada) s’est fixé un objectif particulier cette année, ce qui explique l’afflux inhabituel de pèlerins.

Ramener à l’hindouisme les ethnies aborigènes

Lors des réunions préparatoires qui ont eu lieu ces derniers mois, les leaders hindouistes n’ont pas caché la finalité de ce rassemblement, destiné à ramener à l’hindouisme – leur foi originelle – les ethnies aborigènes de la région, en particulier les chrétiens, proportionnellement plus nombreux dans le district de Mandla (plus de 15 %). Les organisateurs ont d’ores et déjà prévu des cérémonies de «reconversions collectives» lors des festivités, dûment encadrées par des militants du «Rashtriya Swayamsevak Sangh» (Corps national des volontaires, RSS) (***). Pour l’occasion, ils auraient été rappelés de toutes les parties de l’Inde, selon les médias locaux.

La genèse de cette opération de «reconquête hindoue» remonte à une tentative similaire des hindouistes, en 2006, dans l’Etat du Gujarat qui jouxte le Madhya Pradesh. Le RSS y avait organisé un grand rassemblement hindou, du 11 au 13 février, intitulé «Shabri Kumbh Mela». Le lieu choisi était également un district reculé, peuplé essentiellement de populations tribales, les «Dangs», convertis au christianisme ou pratiquant toujours l’animisme de leurs ancêtres. Organisé avec l’appui de l’Etat, le rassemblement avait donné lieu à de nombreuses attaques, violences, conversions forcées des communautés chrétiennes «dang». Elles avaient tenté, en vain, d’obtenir la protection de la police locale et des hautes autorités du gouvernement. En promettant le renouvellement de la «Shabri Kumbh Mela», le leader du RSS K.S. Sudarshan avait déclaré que l’année 2011 verrait un gigantesque rassemblement au Madhya Pradesh, qui «ferait de chaque chrétien ou musulman, un hindou».

«Nettoyer le district de Mandla des chrétiens»

Lors des réunions préparatoires, les responsables des mouvements extrémistes hindous ont appelé leurs militants à «nettoyer le district de Mandla des chrétiens et à préparer les séances de reconversions» de février prochain. Selon des sources locales, de nombreuses communautés chrétiennes du district de Mandla ont déjà été attaquées au cours des derniers mois ou ont été victimes de menaces, afin de renoncer à leur foi. Tout récemment, un pasteur protestant, le Révérend Jai Prakash, a été menacé «de terribles conséquences», parce qu’il refusait de faire un don pour la fête de Narmada (****).

(*) ’L’hindutva’ est le terme désignant l’idéologie de l’extrême-droite hindoue, qui identifie l’hindouisme à la nation indienne.

(**) La Narmada (ou Revâ) est un fleuve de 1’230 km de long, qui prend sa source dans les montagnes du Madhya Pradesh et traverse le Gujarat, pour se jeter dans la mer d’Oman sur la côte ouest de l’Inde. L’anniversaire de la naissance de la divinité du fleuve, «Narmada Jayanti», est célébré chaque année en février (vers le 15 du mois), dans les différentes villes saintes qu’il traverse.

(***) Le «Rashtriya Swayamsevak Sangh» est le fer de lance du «Sangh Parivar», mouvance réunissant les partis hindous extrémistes.

(****) Voir «Ucanews» du 18 janvier 2011; «Indian Express» du 10 janvier 2011; «India Today» du 18 décembre 2010; «Continentalnews» du 27 mai 2010; «Compassdirectnews» du 20 mai 2010. (apic/eda/ggc)

23 janvier 2011 | 11:22
par webmaster@kath.ch
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