Faussement accusé, Sawan Masih risque la pendaison

Pakistan: A nouveau un chrétien condamné à mort pour «blasphème»

Lahore, 28 mars 2014 (Apic) Un tribunal de Lahore, dans la province pakistanaise du Penjab, a condamné à mort par pendaison le 27 mars 2014 le jeune chrétien Sawan Masih, accusé – à tort selon l’Eglise locale – d’avoir insulté le prophète Mahomet. L’an dernier, déjà, les accusations proférées contre Sawan Masih avaient entraîné de violents heurts dans le ghetto chrétien de Lahore, quand des fondamentalistes musulmans avaient mis le feu à quelque 200 maisons et deux églises.

La sentence contre Sawan Masih, âgé de 26 ans, a été prononcée à la fin d’une audience qui s’est tenue dans la prison où il est actuellement détenu. Pour des motifs de sécurité, les autorités avaient préféré éviter un procès public dans une salle de tribunal. La police estimait qu’il existait un grand risque que l’accusé soit victime d’un attentat sur le long trajet qui sépare la prison de la Cour de justice.

Au Pakistan, la justice punit les victimes

Se basant sur l’article 295 C du Code pénal pakistanais, le juge adjoint Chaudhry Ghulam Murtaza a demandé la peine capitale par pendaison et le paiement d’une amende de 200’000 roupies, soit plus de 2’000 dollars. Ce jugement a été prononcé sous la pression des extrémistes islamistes, souligne l’Eglise catholique au Pakistan. Dans le même temps, le tribunal a ordonné la libération sous caution de 83 responsables de l’attaque contre la «Joseph Colony» de Lahore, le 9 mars 2013.

Une foule d’islamistes avaient mis le feu aux maisons du ghetto chrétien. Près de 400 familles étaient restées sans abri, des centaines de personnes avaient été blessées, plus de 200 maisons brûlées, tous les véhicules incendiés, sans compter la destruction d’une vingtaine de boutiques, de deux églises avec une chapelle et d’une école attenante, dont tout le matériel avait disparu dans les flammes.

La police locale affirmait, sur la base des témoignages de musulmans, que l’émeute avait été déclenchée par les propos blasphématoires d’un chrétien du quartier, Sawan Masih, agent d’entretien. Les avocats ont d’ores et déjà annoncé qu’ils allaient faire appel, affirmant que Sawan Masih était faussement accusé et qu’il était totalement innocent.

Interrogé par l’agence de presse catholique AsiaNews basée à Rome, Mgr Rufin Anthony, évêque catholique d’Islamabad/Rawalpindi, a dit combien il était triste de voir imposer une sentence de mort à partir «d’accusations manifestement fausses». Le prélat estime que Sawan Masih n’est pas très cultivé et ne comprend même pas la nature des accusations qui sont portées contre lui. De plus, ajoute-t-il, l’attaque de l’année dernière contre la «Joseph Colony» est clairement un exemple de la violence perpétrée au nom des lois sur le blasphème.

Une justice totalement arbitraire

Les articles 295-B et 295-C du Code pénal pakistanais, qui punissent de la peine de mort toute offense faite à Mahomet et de la prison à perpétuité toute profanation du Coran, sont dénoncées depuis des années par les militants des droits de l’homme au Pakistan comme des lois iniques, le plus souvent détournées pour régler des litiges personnels. Pour les minorités religieuses du pays, ces lois sont considérées comme un instrument de persécution particulièrement néfaste, dans la mesure où elles constituent «une épée de Damoclès» pour les minorités religieuses et peuvent être à tout moment utilisées par un musulman contre un non-musulman sans que celui-ci puisse avoir grande chance de se défendre.

Selon les données recueillies par la Commission Justice et Paix de la Conférence des évêques catholiques du Pakistan (NCJP), de 1986 à août 2009, pas moins de 964 personnes ont été inculpées dans ce pays en vertu de la loi sur le blasphème. Parmi elles, 479 étaient musulmanes, 119 chrétiennes, 340 ahmadis, 14 hindoues et 10 de religion inconnue. Plus de 40 exécutions extrajudiciaires ont été perpétrées contre des innocents, en dehors de la loi, par des individus ou des foules fanatisées. Des procès ont été instruits contre des personnes mentalement et physiquement handicapées, ou contre des mineurs. (apic/asian/com/be)

28 mars 2014 | 17:07
par webmaster@kath.ch
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