Xavier Accart, rédacteur en chef de "Prier" et membre du jury œcuménique | © Claire Zombas - Jury œcuménique
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Xavier Accart, rédacteur en chef de "Prier" et membre du jury œcuménique | © Claire Zombas - Jury œcuménique

Festival de Cannes: "Le jury œcuménique est sensible aux valeurs de l'Evangile"

16.05.2019 par Pierre Pistoletti

Passionné de cinéma et chrétien engagé, Xavier Accart scrute d’un œil attentif les 22 films de la sélection 2019 du Festival de Cannes. Le rédacteur en chef du magazine de spiritualité Prier est membre du jury œcuménique – jury qui distinguera le 25 mai prochain une œuvre imprégnée par les valeurs universelles de l’Evangile.

Qu’est-ce qui caractérise le jury œcuménique du festival de Cannes?
Xavier Accart: Sa grande diversité. Il est composé de six membres, de différentes confessions et de diverses cultures, entre une religieuse américaine, un pasteur français, un journaliste grec ou encore un directeur de communication diocésain allemand. Je suis frappé par ce désir de communion au sein du jury, mais aussi par la culture cinématographique de chacun, capable d’analyser un film jusque dans ses moindres détails. Nous vivons un peu hors du temps, entre les séances de visionnement, les débats qui s’en suivent, les conférences de presse. Tout cela dans une atmosphère particulière, entre travail, stimulation intellectuelle et moments festifs.

Qu’est-ce qui spécifie le regard du jury?
La qualité artistique en premier lieu. Nous n’allons pas donner de distinction à un film dont la réalisation est mauvaise. La forme est donc aussi essentielle que le fond. Le jury est sensible aux valeurs de l’Evangile qui se retrouvent dans les films présentés. Des valeurs aux dimensions universelles, issues du christianisme social: le respect de l’environnement, l’oppression des minorités, la réconciliation, la résistance à l’oppression politique et idéologique. Autant de grands enjeux pour notre monde contemporain.

L’image d’Epinal: Cannes et ses paillettes. Ce monde assez hiérarchisé, parfois élitiste, est-il toujours réceptif aux valeurs de l’Evangile?
[Silence] Si l’on aborde la question sous l’angle des réalisateurs, je suis frappé par la présence effective du religieux dans les œuvres contemporaines. Cette sélection n’échappe pas à la règle: on y voit des crucifix, des images de la Vierge, on y entend des injonctions qui font référence à Jésus-Christ, à Dieu. L’interrogation religieuse est assez présente dans les films de grands réalisateurs. Et il me semble que les films font de plus en plus référence à ce sentiment diffus de fin du monde qui caractérise notre époque.

Le cinéma et la foi sont donc toujours aptes à entrer en dialogue.
Oui, et cet intérêt réciproque ne date pas d’hier. Rappelez-vous que les premiers ciné-clubs ont été ouverts par l’Eglise. Il existe une réflexion chrétienne sur le cinéma, cet art d’incarnation capable d’exprimer la réalité comme une parabole. En tant que chrétien, notre foi se formule sur des questions concrètes, sur les grands enjeux sociaux et politiques de ce monde. Et le cinéma en est le porte-voix.

Vous décernerez samedi un prix à un film particulier. Quelle influence cette récompense aura-t-elle sur l’œuvre que vous primerez?
Je pense qu’il favorisa sa diffusion auprès d’un public chrétien. Il faut faire découvrir à ce public les réalisateurs de valeur. C’est important que les chrétiens ne se ferment pas sur eux-mêmes, mais restent en dialogue avec le monde. Le christianisme perdrait son sens s’il s’enfermait dans une logique purement autoréférentielle. (cath.ch/pp)


Une journée type

Chaque jour, deux voire trois projections attendent les membres du jury œcuménique. En douze jours, il s’agit de visionner, de commenter, d’analyser et de noter 22 films. Les genres sont variés, “du drame psychologique au genre zombie et art martiaux”, sourit Xavier Accart. Les diffusions empiètent parfois sur l’heure des repas. Le jury œcuménique se réunit quant à lui en milieu de journée pour délibérer sur les films de la veille.


Xavier Accart

Xavier Accart est journaliste et écrivain. Rédacteur en chef du mensuel de spiritualité Prier et journaliste pour l’hebdomadaire chrétien d’actualité La Vie, il évoque régulièrement dans ses chroniques le monde du cinéma, sa “vieille passion”. Membre du jury œcuménique 2019, il représente Le bureau de la Fédération des Médias Catholiques (FMC), auquel appartient SIGNIS-Cinéma.


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