Feu le «père de la nation» n’est plus sous les feux de la rampe

Turkménistan: La statue de l’ancien dictateur Saparmourad Niazov est démantelée

Achkhabad, 19 janvier 2010 (Apic) Le président de la République turkmène Kourbangouli Berdimoukhamedov a ordonné le démantèlement de la statue en or de son prédécesseur, le dictateur Saparmourad Niazov (*), décédé en décembre 2006. L’immense statue était érigée au centre de la capitale turkmène, Achkhabad.

Cette décision marque un nouveau pas dans la déconstruction du culte de l’ancien despote disparu, qui s’était autoproclamé «Turkmenbachi», le «père des Turkmènes». Durant les 21 ans de son règne, Saparmourad Niazov avait imposé un culte ubuesque de sa personnalité dans l’ancienne République soviétique d’Asie centrale où libertés de pensée et de croyance demeurent aujourd’hui encore restreintes.

Le déplacement de la statue de Saparmourad Niazov en périphérie, dans l’avenue de la Neutralité, au sud de la capitale, avait déjà été évoquée par l’actuel président en mai 2008. Selon un correspondant de Reuters à l’époque, cette décision avait semblé sans effet, le monument étant devenu une carte de visite pour le Turkménistan, à l’instar de la Tour Eiffel pour Paris. Mais selon un article publié lundi 18 janvier dans le journal «Turkménistan News», les termes de l’actuel président turkmène sont clairs: le travail est prévu débuter au mois de mars.

Le monument en or de Saparmourad Niazov, haute de 12 mètres et sise sur une tour de 75 mètres qui pivote en fonction de la position du soleil de manière à briller sans cesse, avait été érigée sous les ordres du dictateur en 1998. Non seulement la statue sera ôtée, mais la tour qui la soutenait, nommée «Arche de la neutralité» en raison du statut de neutralité turkmène prôné par l’ancien dictateur, sera également démolie, rapporte l’agence de presse Turkmen Dovlat Khabarlari. Une nouvelle tour, plus élevée, sera érigée dans la banlieue sud de la ville.

Tandis que les médias étatiques expliquent la décision de ce démantèlement comme une tentative d’améliorer l’urbanisme de l’ancienne capitale soviétique, Achkhabad, d’aucuns voient en cet acte la volonté d’atténuer l’omniprésence de l’ancien dirigeant.

Le culte du dirigeant

Selon des analystes, le régime du Turkmenbachi fut l’un des plus autoritaires du monde. Durant sa présidence, statues et portraits du leader avaient été érigées partout. Des villes, des aéroports, des journaux et même une météorite avaient été baptisés de son nom. Le dictateur avait introduit ses lois personnelles et s’était fait l’auteur d’un livre, enseigné dans les écoles et destiné à être le guide spirituel de la nation. Saparmourad Niazov ordonnait aux croyants de toute religion la lecture de cet écrit: le Rukhnama.

L’ouvrage revêtait un caractère sacré, au même titre que le Coran, et aurait été écrit dans des moments de mysticisme. A l’entrée des mosquées, les musulmans étaient invités à toucher le livre sacré, alors que dans tout sermon devait apparaître un hommage au président. La dépouille du dirigeant repose aujourd’hui près de la plus grande mosquée d’Asie centrale, celle de Kipchak, où il a fait changer les versets du Coran par des citations du Rukhnama.

Une liberté de culte restreinte

Depuis la mort de Saparmourad Niazov, ses représentations, portraits et statues, ont été peu à peu ôtées de l’espace public. Kourbangouli Berdimoukhamedov a accédé à la présidence du Turkménistan en 2007 avec des promesses d’ouverture du pays. Les observateurs des droits internationaux avancent toutefois que les libertés démocratiques restent réprimées.

Quand bien même l’article 11 de la Constitution du Turkménistan stipule que l’Etat garantit la liberté de religions et de confessions et leur égalité devant la loi, les violences de l’Etat turkmène, constitué à 95% de musulmans, à l’égard des autres religions persistent, relate l’organisation Forum 18. Le gouvernement maintient un contrôle sur toute activité religieuse et empêche l’exercice du droit de culte à divers groupes, même s’ils sont enregistrés auprès de l’Etat. Les promesses de respect des droits humains prononcées par Kourbangouli Berdimoukhamedov à son investiture n’ont pas fait cesser les répressions de la part de l’Etat visant des citoyens de toute confession ou religion, qu’ils soient musulmans, orthodoxes russes, protestants, témoins de Jéhovah, catholiques ou bahaïs. LCG

(*) On orthographie également son nom ainsi: Saparmyrat Niyazov (apic/bbc/ag/lcg)

19 janvier 2010 | 16:09
par webmaster@kath.ch
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