La religion parent pauvre de l’information en France?

Fin de l’assemblée des évêques à Lourdes: Le discours de clôture de Mgr Billé

Lourdes, 10 novembre 1998 (APIC) La Conférence des évêques de France a clôturé, le 10 novembre, son assemblée plénière à Lourdes. Au cours de leurs travaux, les évêques se sont penchés sur plusieurs dossiers. Mgr Louis-Marie Billé, président de la Conférence épiscopale et archevêque de Lyon depuis cet été, les a passés en revue dans son discours de clôture, pas dénué de critiques à l’égard de la presse. «Il nous apparaît que la religion est devenue peu à peu le parent pauvre de l’information en France»

Un des dossiers a porté sur le dialogue entre catholiques et musulmans, arrivéé «au temps de la patience et des obstacles à dépasser»: non pour dresser contre la société «une sainte alliance des religions», a précisé Mgr Billé, mais pour contribuer «à ce que tous, quelle que soit leur croyance religieuse, s’engagent comme citoyens d’un état de droit».

Autre sujet: l’Eglise et les médias. Deux invitations majeures sont lancées aux catholiques: pratiquer à l’égard des médias un «discernement critique pour retenir et favoriser tout message apte à faire grandir l’homme et à rendre le monde plus solidaire»; mais aussi «relever le défi d’une communication possible de l’expérience chrétienne par les médias». Quant aux médias eux-mêmes, les évêques sont convaincus qu’ils sont à même de «comprendre la vitalité» des communautés chrétiennes, dont «mesurer l’importance de leurs paroles et de leur expérience au coeur des débats qui animent aujourd’hui la société française». Ils admettent qu’il reste des incompréhensions, donc du travail pour le dialogue. Mais ils restent sur une insatisfaction gradissante: «il nous apparaît que la religion est devenue peu à peu le parent pauvre de l’information en France».

La transmission des valeurs et des convictions chrétiennes d’une génération à l’autre reste une constante dans les préoccupations des évêques. D’où leur vigilance sur l’organisation du temps scolaire, pour laisser libre des plages suffisantes en vue de l’éducation religieuse et spirituelle des enfants.

Dans son discours de clôture, Mgr Billé s’est moins attardé sur deux chantiers d’avance inscrits au programme de l’année prochaine: celui de l’apostolat des laïcs, dont «le paysage a beaucoup changé», et celui de l’appel au ministère de prêtre diocésain, appel dont les évêques souhaitent que les communautés locales et donc les baptisés soient davantage porteurs: «pour qu’il y ait des apôtres, il faut qu’il y ait des disciples».

Le Secours Catholique, en revanche, a fait l’objet cette année d’un regard plus pointu. Sans être le seul organisme de solidarité auquel les évêques soient attachés, il représente avant tout, réaffirment les évêques, un «service d’Eglise»: il reçoit donc, en dernière instance, sa mission des évêques; celle-ci «n’est pas simplement le produit des débats internes, si importants que puissent être ces derniers». Cinquante ans après la création du Secours Catholique, l’épiscopat français lui redit donc sa «très grande confiance», tout en insistant sur les orientations fondamentales. Les axes de l’action «ne sauraient relever d’une construction idéologique. Ils sont l’expression d’une relation aux pauvres, relation appelée à la fois par une compréhension renouvelée de ce qu’est la pauvreté et de ce que sont les pauvres, et par une reconnaissance vraiment évangélique de leur dignité».

Durant l’assemblée de Lourdes, les évêques ont commémoré le 150e anniversaire de l’abolition de l’esclavage. Les évêques de Guadeloupe et de Guyane étaient là pour rappeler «qu’on n’en a jamais fini avec le combat pour le respect de l’égale dignité des hommes».

Les droits de l’homme

C’est sur deux sujets d’actualité que Mgr Billé a conclu son discours. Le premier sur le 50e anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, qui sera célébrée le 10 décembre prochain. Dans un contexte moins passionnel que celui de 1789, les évêques de France n’ont aucune peine à «rejoindre les défenseurs des droits de l’homme», tout en invitant l’Eglise à puiser son inspiration dans la Révélation «pour que soit respectée la dignité de toute personne humaine»

«Aujourd’hui à la lumière de l’histoire du peuple de Dieu, précise Mgr Billé, l’Eglise assume une conception solidaire des droits de la personne humaine. Ceux-ci ne peuvent être le fait d’individus qui s’affirmeraient de manière isolée ou séparée des autres. Les droits de la personne ne peuvent être reconnus et respectés que dans une réciprocité de droits et de devoirs».

A moins de deux mois de l’année internationale des personnes âgées, Mgr Billé a encore souhaité que le voeu de l’ONU soit entendu: «Vers une société pour tous les âges». Mais cette année sera également, à partir de septembre, celle de la deuxième assemblée du Synode spécial pour l’Europe. Le président de la Conférence des évêques de France s’est plu à en rappeler le thème pour terminer: «Jésus-Christ vivant dans son Eglise, source d’espérance pour l’Europe». (apic/cip/pr)

27 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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