Libye: Probable introduction de la charia, mais sous quelle forme?

Forte opposition des femmes, des non-religieux et des amazigh

Tripoli, 18 novembre 2011 (Apic) L’introduction annoncée de la loi islamique dans la Libye de l’après-Kadhafi, suscite une forte opposition des femmes, des non-religieux et de la minorité amazighe, rapporte l’agence Inter-press service (IPS), basée en Afrique du Sud. Mais même parmi ses partisans, la forme d’application de la charia provoque la division.

«La charia signifie vivre en harmonie totale avec la loi de Dieu, et c’est la chose la plus naturelle pour un musulman», explique Ibrahim Mashdoub, imam de la mosquée al-Garamaldi dans la vieille ville de Tripoli. Mais il hésite, lorsque les questions deviennent plus précises: Les femmes doivent-elles couvrir les cheveux? Pourront-elles conduire? Les voleurs auront-ils les mains coupées?

«C’est vraiment le principal problème lorsque l’on discute de la charia: tout le monde a une opinion, mais personne ne sait réellement ce dont il parle», indique pour sa part, Wail Mohammed, 23 ans, dans un café-restaurant branché près de la mosquée al-Garamaldi à Tripoli. «Quel genre de charia allons-nous choisir? Celle du Pakistan? Celle de l’Indonésie? Peut-être celle de l’Iran?», s’interroge, de son côté, Mohammed, un traducteur aujourd’hui au chômage.

La charia pour assurer la cohésion nationale

Mais des dirigeants tels que Cheikh Omar Mukhtar, l’autorité militaire supérieure dans l’ancien bastion kadhafiste de Bani Walid, ont fait leur choix. «Tous les Libyens veulent une charia comme celle du Qatar ou des Emirats Arabes Unis. Cela nous donnera la cohésion dont le pays a besoin après la guerre», indique-t-il à IPS, reprenant les discours des dirigeants du Conseil national de transition (CNT) ces dernières semaines.

Même si la charia du Qatar – où les femmes sont autorisées à conduire et où l’alcool est toléré jusqu’à une certaine limite – semble être la plus populaire parmi les Libyens, beaucoup s’opposent à une future Constitution libyenne basée sur elle.

«Le CNT criminalise presque tous ceux d’entre nous qui ne sont pas religieux», affirme Abdullah Zlitani, un éminent avocat, dans son bureau du quartier de Gargaresh, au sud-ouest de Tripoli. Selon lui, les nouveaux maîtres de la Libye essaient de convaincre les gens qu’une constitution non-islamique interdira la pratique religieuse et favorisera la prostitution. «C’est scandaleux», lance-t-il.

«La séparation entre la politique et la religion est indispensable»

Il n’y a pas que les athées ou agnostiques comme Zlitani qui prônent une séparation entre l’Etat et la religion. Fathi Buzakhar, un musulman qui dirige le Congrès amazigh de la Libye, une organisation créée pour défendre les droits de cette plus grande minorité du pays (10% de la population), partage aussi ce point de vue. «La séparation entre la politique et la religion est indispensable, pour construire un Etat démocratique, mais le nouveau gouvernement libyen intérimaire semble avoir complètement oublié cela», déplore-t-il depuis sa résidence à Tripoli. Le projet de constitution rendu public en août ne reconnaît pas son ethnie (l’amazigh), qui était victime de la politique d’assimilation brutale de Kadhafi. «Nos chefs religieux ont été presque tous exécutés par Kadhafi», poursuit Buzakhar.

Les femmes libyennes semblent beaucoup craindre la charia. Beaucoup parmi elles, se demandent si elles auront à «partager» leur mari, après les déclarations controversées du président du CNT, Mustafa Abduljalil sur la légalisation de la polygamie. «Abduljalil répète constamment que la Libye adoptera la charia – il a dit cela devant la haute représentante de l’Union européenne pour la politique étrangère et la sécurité, Catherine Ashton, le 12 novembre. Or, c’est une décision qui devrait être prise par le peuple libyen de façon démocratique», affirme Asma Hassan, une militante des droits civiques originaire de Tripoli. (apic/ibc/bb)

18 novembre 2011 | 15:24
par webmaster@kath.ch
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