L’immigration positive

France: 72e session des Semaines sociales de France

Paris, 24 novembre 1997 (APIC) La 72e session des Semaines sociales de France – qui a achevé ses travaux dimanche soir à Paris – a permis à 1’600 participants de se réunir sur le thème: «Les migrants. Défi et richesse pour notre société». L’occasion pour des intervenants de qualité de faire entendre une réflexion positive sur les migrants et des propositions alliant raison citoyenne et inspiration chrétienne.

Parmi les intervenants, il y avait entre autres Michel Bon, président de France Telecom, ancien directeur général de l’Agence nationale pour l’emploi (ANPE), Jean-Marie Delarue, ancien délégué interministériel à la ville, Paul Ricoeur, philosophe protestant, Adil Zazouli, sociologue et le Père Jean-François Berjonneau, directeur du service national de la Pastorale des migrants.

La dernière conférence, dimanche après-midi, a permis à d’autres intervenants de montrer leur convergence sur la laïcité et le dialogue interreligieux. C’est ainsi que Danièle Hervieu-Léger, sociologue des religions, et Mohammed Arkoun, professeur émérite à l’Université de Paris III, ont tous deux signalé l’importance de cette direction commune. Selon la sociologue, l’enjeu du dialogue interreligieux est de taille puisque la laïcité doit prendre en charge la fondation de nouvelles valeurs, notamment produire du lien social à partir de l’autonomie du sujet, caractéristique de la modernité. La contribution attendue des religions passera impérativement par le dialogue qu’elles sauront entreprendre entre elles.

Et Mohammed Arkoun d’approuver que l’on n’aborde plus aujourd’hui les religions «en tant que telles» mais que l’on s’attache au «fait» religieux restitué dans son contexte historique. Aussi, souligne-t-il, la question «l’islam est-il compatible avec la démocratie?» est-elle dépourvue de sens. Et de déplorer que le dossier de la création à Strasbourg d’un grand centre culturel islamique, pris en charge par l’Etat, n’ait pas abouti. Un contretemps d’autant plus dommageable que le retard criant pris par l’islam au plan de la modernisation de sa théologie et des sciences religieuses est un handicap sérieux à la pleine entrée des musulmans dans la modernité.

«En finir avec des réflexes issus de notre passé colonial»

En conclusion, Jean Boissonnat, président des Semaines sociales de France, a notamment exprimé l’avis que la nouvelle législation sur les immigrés soumise au Parlement «est probablement plus humaniste dans son inspiration et plus consensuelle dans l’opinion publique que certaines règles antérieures». Il a demandé qu’elle soit appliquée «dans le respect de la dignité des personnes et après avoir veillé à ce que nos structures administratives aient définitivement rompu avec les réflexes de notre passé colonial».

Les orientations proposées au terme de la session demandent des politiques appliquées enfin à l’action sociale et non plus seulement au contrôle des flux migratoires. Il faut, a conclu Jean Boissonnat, mettre en oeuvre des accords de co-développement avec les pays d’émigration et se concerter en ce domaine avec nos partenaires européens. Le moment est venu d’inverser radicalement le processus selon lequel nous voyons le migrant devenir clandestin en attendant d’être le marginal, puis «l’exclu».

Les prochaines Semaines sociales de France auront lieu en 1999 avec un thème déjà choisi. Il est intitulé. «Le christianisme face à la société du 21e siècle». Le livre, co-édité par Bayard et Centurion, réunissant les actes et les conférences de la session des Semaines sociales 97, sera disponible dès avril 98. (apic/jcn/ba)

30 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Partagez!