La Croix publie un dossier spécial daté du 7 août
France: Après le décès du cardinal Lustiger
Paris, 7 août 2007 (Apic) Le quotidien La Croix consacre un dossier spécial de son édition de mardi 7 août au cardinal Lustiger, qui s’est éteint, dimanche 5 août à 19h30, à l’âge de 80 ans, des suites d’un cancer. Le quotidien dessine son portrait et rappelle la personnalité et les actions du prélat.
Avec Jean-Marie Lustiger, l’Église universelle perd l’une de ses têtes pensantes et l’un de ses pasteurs les plus remarqués, rappelle La Croix. Sa notoriété mondiale, son destin particulier de juif converti au christianisme et sa puissance intellectuelle faisaient de lui l’un des hommes les plus influents de l’Église catholique.
À Rome, mais aussi ailleurs, sa parole était attendue, parfois crainte, toujours respectée, écrit le grand quotidien catholique. Il fut l’un des conseillers les plus écoutés du pape polonais, qui l’admirait personnellement. Il partageait également une haute amitié intellectuelle avec Joseph Ratzinger. Influence d’un homme qui ne laissait rien au hasard. Influence dont on lui reproche d’avoir usé efficacement pour le choix de son successeur à l’archevêché de Paris. Le 11 février 2005, moins de deux mois avant sa mort, Jean-Paul II nomme effectivement un fidèle du cardinal Lustiger, Mgr André Vingt-Trois, qui avait été son bras droit à Paris pendant dix-huit ans. Interviewé par La Croix, le cardinal Lustiger s’en était défendu avec véhémence. La confiance que lui prodiguait Jean Paul II n’a jamais été déçue ni démentie, écrit le quotidien.
Celui qui entrera à l’Académie française en 1995 avait alors séduit toute une génération d’intellectuels de la gauche laïque par sa hauteur de vue, écrit La Croix. Inclassable, car il se méfiait tout autant des milieux classiques de l’Église, des milieux charismatiques, généreux mais pas toujours aiguisés intellectuellement à son goût, que des milieux progressistes, qu’il a souvent combattus.
Colères et langage cru
Personnalité forte, cet homme n’aura jamais réussi à être élu à la présidence de la Conférence des évêques de France, tout en siégeant – un privilège de l’archevêque de Paris – au Conseil permanent, organe collégial de l’épiscopat. «Son objectif, c’était l’Église Pas une Église timorée, qu’il fustigeait en privé, mais une Église décomplexée, allant de l’avant. À cette fin, Jean-Marie Lustiger a exploité toutes les ressources de sa verve, prisée par les médias et appréciée lors de ces sermons brillants et sans notes qui l’ont d’abord fait connaître», écrit La Croix qui relève que les colères et le langage parfois cru de «ce caractère trempé» étaient redoutés par son entourage.
Pour l’Église, l’homme déployé une méthode peu collective, relève le quotidien, «quitte à fonder ses propres instances à côté de ce qui existait déjà». Par exemple dans la formation pour les laïcs, les séminaristes et les prêtres. Il a créé l’École Cathédrale, puis le Studium Notre-Dame, une troisième faculté de théologie à Paris pour laquelle il a obtenu la reconnaissance canonique romaine, en concurrence directe avec l’Institut catholique de Paris et du Centre Sèvres des jésuites.
Ce manieur de paradoxes sera difficilement remplaçable pour l’Église, notamment sur les plateaux de télévision ou les studios de radio, mais aussi dans les salons discrets du monde politique où il se rendait volontiers, quand on l’y invitait, relève La Croix. N’hésitant jamais à intervenir sur les grandes questions de société ou internationales – il partit dire la messe de Noël à Sarajevo en 1993 -, on ne compte plus ses interviews vigoureuses, comme récemment sur l’islam, accusant le gouvernement français de vouloir en faire une religion d’État.
«Comment pourrais-je cesser d’être juif ?»
Marqué par la théologie de Hans Urs von Balthasar, sa principale préoccupation aura plutôt été de faire «découvrir que la foi au Christ ne cesse d’inventer des manières nouvelles et plus belles de vivre la vie humaine». Jean-Marie Lustiger était né Aaron, jusqu’à ce 25 août 1940 où il reçut, à 14 ans, le baptême à Orléans. Sa mère, juive, était morte à Auschwitz après avoir été déportée de France; l’un de ses grands-pères était rabbin en Pologne. «Comment pourrais-je cesser d’être juif ?», murmurait-il, toujours blessé d’aborder ce thème dont il détestait parler publiquement. Cette vision tragique le tourmentait. «La condition présente de l’histoire consiste en ce que l’accomplissement des promesses du Messie demeure caché», disait-il alors, rappelle Jean-Marie Guenois dans La Croix du 7 août.
Le chapitre des vocations est le plus spectaculaire des «années Lustiger» à la tête du diocèse de Paris. Comment cet archevêque a-t-il pu ordonner 229 prêtres en 24 années de responsabilité? se demande le quotidien. En 1984, le cardinal Lustiger lançait la maison Saint-Augustin; en 1985, il ouvrait le «séminaire du diocèse de Paris». En 1985, il créé l’École Cathédrale dans l’esprit des universités du Moyen Âge. L’idée maîtresse est d’intégrer les théologiens à la vie du diocèse. Un projet qui s’adresse d’abord à des laïcs, avec des cours publics, mais aussi aux séminaristes ainsi qu’aux cadres du diocèse. L’École Cathédrale abrite aussi un Institut de la famille.
Alors qu’un des premiers dossiers qu’il trouva sur sa table de travail, racontait-il, était un programme de fermetures d’églises parisiennes, la réaction de Mgr Lustiger fut de l’annuler aussitôt et de maintenir ces lieux de culte, confiant l’une ou l’autre paroisse à des communautés nouvelles comme l’Emmanuel (église de la Trinité) ou les Fraternités monastiques de Jérusalem (église Saint-Gervais). Il a même lancé un programme de construction d’églises, et dix ont été édifiées dans des quartiers peu fournis en espaces cultuels, résume La Croix.
Outre des opérations pastorales de grande envergure, il fut aussi l’un des premiers à saisir la pertinence des radios libres en fondant Radio-Notre-Dame. Et plus tard, KTO, une télévision catholique sur le câble, par satellite et Internet. Mais l’une des réalisations les plus chères de l’aumônier de la Sorbonne aura été la réhabilitation du couvent des Bernardins en plein coeur du Quartier latin, véritable centre culturel catholique parisien.
Parmi tous ceux qui ont salué la force spirituelle, les qualités intellectuelles et le rôle du cardinal Lustiger dans le rapprochement entre juifs et chrétiens, le cardinal Georges Cottier, interviewé à Rome par Le Figaro déclare: «Dans la question des relations entre l’Eglise catholique et le judaïsme, le rôle du cardinal Lustiger a été fondamental». Rappelons que ses obsèques seront célébrées vendredi 10 août à 10h à la cathédrale Notre-Dame de Paris et une chapelle ardente sera organisée la veille, de 9h à 22h, dans la cathédrale. (apic/cx/vb)



