Mgr Billé : L’Eglise doit miser sur la force de l’Evangile
France : Clôture de l’Assemblée plénière des évêques
Lourdes, 10 novembre 1997 (APIC) La » Lettre aux Catholiques de France sur la proposition de la foi dans la société actuelle «, publiée par l’épiscopat en novembre 1996, a été à nouveau la référence majeure de l’Assemblée plénière des évêques de France, réunis à Lourdes du 4 au 10 novembre. Devant 111 évêques, Mgr Louis-Marie Billé, président de la Conférence des évêques de France, a mis en garde contre toute » recette » toute faite, et porté un regard serein sur les rapports de l’Eglise avec les médias ou face à l’islam. Durant leur session, les évêques ont notamment débattu de l’immigration, porté un regard sur les JMJ, les vocations, l’islam en France et la » repentance » de Drancy.
L’Eglise ne peut que » proposer la foi » et inviter à la vivre en réponse à la Parole de Dieu, a souligné dans son discours de clôture Mgr Louis-Marie Billé, archevêque d’Aix-en-Provence et président de la Conférence épiscopale. » Lettre aux Catholiques de France » doit donc continuer à nourrir la réflexion dans les diocèses pour » réapprendre à dire ce qui nous tient à coeur » et pour » retrouver en profondeur le risque du service et la joie de la célébration «.
L’Eglise et les jeunes
A Lourdes, les évêques sont aussi revenus sur les Journées Mondiales de la Jeunesse qui ont rassemblé plus de 300’000 jeunes à Paris en août dernier. L’événement, selon Mgr Billé, a surtout » la faim et la soif des jeunes, qui cherchent des raisons de vivre, qui veulent comprendre ce qu’ils sont et qui demandent à l’Eglise ce qu’elle a à leur dire, ce qu’elle leur propose en tirant de son trésor du neuf et de l’ancien «.
Pour l’avenir, les évêques entendent miser sur ce qui s’est joué dans ces Journées Mondiales, à savoir : » la confiance de l’Eglise envers les jeunes, des jeunes envers l’Eglise «. Mgr Billé note d’ailleurs que cette confiance permet de relier bien des aspects de la vie en Eglise et en société : la fraternité vécue à Paris entre jeunes de divers pays ne les a-t-elle pas ouvert à un sens de l’universel ?
Mission et vocations
D’autres dossiers ont été abordés au cours de l’Assemblée. La Coopération Missionnaire a retenu l’attention des évêques, non seulement parce que l’aide matérielle apportée aux jeunes Eglises tend à diminuer, mais à cause d’un enjeu : » L’Eglise ne peut être que missionnaire «.
Médias et évangélisation
D’autres dossiers resteront ouverts quelque temps. L’un porte sur » la proposition de la foi dans une société médiatisée «. Cette année, les évêques ont dressé » un état des lieux «. Ils ont pris acte de l’évolution des technologies de la communication et de la » tutelle économique » qui pèse sur les médias, y compris sur » l’information vue d’abord comme un produit commercial «. Mais ils ne se satisfont pas d’une réflexion sur les outils. Dans un an, il leur faudra creuser des questions laissées en suspens : » Que devons-nous communiquer ? S’agit-il pour l’Eglise d’évangéliser par les médias ou d’évangéliser les médias ? Devant la sophistication des médias, que ferons-nous pour les laissés pour compte de la communication ?… «
Islam et immigration
Il y a dix ans, l’Assemblée épiscopale s’était particulièrement penchée sur l’islam en France. Aujourd’hui, la moitié des musulmans du pays sont citoyens français et l’islam connaît des mutations rapides. Or, note Mgr Billé, le regard chrétien porté sur les musulmans ne peut se cantonner au politique, mais doit être » un regard de croyants qui découvrent d’autres croyants «. » Entre une agressivité de principe et une naïveté aveugle, il nous faut rechercher une ouverture réaliste à des personnes et à des groupes qui sont devenus nos compagnons de route. » Les évêques désirent aider les communautés chrétiennes » à vivre des rencontres vraies, parce que le dialogue est dans la logique de l’Evangile » C’est également par leur manière de vivre en Eglise une fraternité entre personnes de divers horizons que les communautés, insiste Mgr Billé, peuvent témoigner de l’ouverture possible à l’autre, étranger ou immigré.
Le poids de l’histoire
La préparation au Jubilé de l’an 2000 a été voulue comme temps de conversion et de réconciliation. Dans cette perspective, les évêques de France sont revenus sur la » démarche de repentance » qu’ils ont accomplie en octobre à Drancy pour demander pardon aux juifs du silence de l’Eglise catholique devant les rafles et les déportations vers les camps de la mort effectuées sous le gouvernement de Vichy. » Cette démarche ne relevait pas d’une stratégie, mais d’une dynamique intérieure «, précise Mgr Billé, assumant cette parole biblique: » Nous ne sommes pas meilleurs que nos pères «.
Bref, » assumer son histoire dans la vérité, cela ne peut pas aller sans des paroles d’aveu et de reconnaissance de ce qui s’est passé «.
Les enfants et la catéchèse
L’épiscopat français s’est aussi arrêté à Lourdes sur des questions relancées par l’actualité. Ainsi, les évêques se disent inquiets devant les » modifications de l’organisation du temps de l’enfant et des jeunes, tant à l’école que dans les loisirs «. Cela menace le temps prévu par la loi de 1882 pour l’éducation religieuse ou la transmission du patrimoine spirituel. Les évêques demandent donc que ce temps soit préservé » pour toutes les confessions religieuses «. Ils souhaitent en outre des mesures aptes à favoriser le dialogue interreligieux et interculturel.
A propos de l’emploi, Mgr Billé exprime sa préoccupation devant un clivage qui s’instaure » entre une frange de chômeurs qui trouvent du travail et une masse qui s’enfonce dans une précarité de plus en plus profonde «. » Tous les efforts pour sortir du chômage et proposer du travail sont évidemment à encourager, à condition cependant que les emplois proposés, en additionnant des temps partiels, n’en arrivent à maintenir des hommes dans une position aléatoire, qui ne débouche jamais sur la stabilité. » Aménagements et partage du temps de travail, recherche de nouveaux types de travail : l’enjeu est toujours que » chacun puisse participer à la construction d’une société vraiment humaine «, insiste Mgr Billé.
L’avenir du mariage
Enfin, pour les évêques français, le premier lieu d’épanouissement et d’intégration sociale reste la famille. Il faut donc tout faire pour la soutenir. En revanche, le » Contrat d’union civile et sociale «, dont la formule retient l’attention des homosexuels qui cherchent à institutionnaliser une relation de couple, fait problème aux évêques, parce qu’elle met le mariage sur le même pied que d’autres associations et contrats.
Ce qui est en cause, selon Mgr Billé, » c’est de confondre en pratique tendances sexuelles et identité sexuée, au point de commencer à organiser la société en fonction des divers attraits et des tendances des individus, alors que la différence et la relation entre l’homme et la femme sont fondatrices du lien social. (apic/cip/pr)




