Dialogue, pragmatisme, courage et tolérance
France: Commémoration des 400 ans de la signature de l’Edit de Nantes
Paris, 19 février 1998 (APIC) La signature de l’Edit de Nantes en 1598 résulte d’un moment où les Français se sont parlés, ont essayé de se comprendre, a relevé mercredi le président français Jacques Chirac. Les grands enseignements de l’Edit de Nantes – unité, autorité de l’Etat, sens du dialogue et pragmatisme, courage, tolérance et vigilance – «sont tout simplement les principes fondateurs de notre République», a ajouté le chef de l’Etat .
A l’occasion du 4e centenaire de la signature de l’Edit de Nantes, la Fédération protestante de France a organisé mercredi, au Palais de l’UNESCO, à Paris, une séance solennelle, en présence du Président de la République Jacques Chirac. Cette commémoration marquait le coup d’envoi des quelques 200 manifestations qui se tiendront cette année dans toute la France.
Dans le concert de commémorations en tous genres, la FPF a voulu une cérémonie sobre, mais conviviale et oecuménique. Orchestrée par son président, le pasteur Jean Tartier, elle a été ponctuée musicalement de psaumes de la Réforme. On relevait particulièrement la présence de Mgr Louis-Marie Billé, président de la Conférence des Evêques de France et de Mgr Jérémie (orthodoxe), nouveau président de la Conférence des Eglises chrétiennes d’Europe (KEK). Les Eglises soeurs et fédérations protestantes de Suisse et de plusieurs autres pays européens étaient également représentées. Quant au recteur de la Mosquée de Paris, il a lui aussi participé à la séance, ainsi qu’un représentant du Grand rabbin de France.
«Ce qui est commun est plus fort que ce qui divise»
Dans son adresse à l’assemblée, Federico Mayor, directeur général de l’UNESCO, a souligné que l’Edit de Nantes se devait d’être «dignement commémoré» dans son institution, de par les buts qui animent cette dernière: «l’instauration, la préservation et le maintien de la paix sur la base de la solidarité intellectuelle et morale de l’’humanité». «Dans certains pays, a-t-il ajouté, c’est la Saint-Barthélémy tous les jours!» D’où un appel à saisir toutes les occasions de mettre en valeur le dialogue, l’ouverture, la conciliation.
Mgr Billé, pour sa part, a relevé l’importance qu’a revêtu l’Edit de 1598: une amorce de liberté religieuse, «base de toutes les libertés», ainsi qu’un acte, encore imparfait, de reconnaissance de l’autre et de la différence. «Ce qui était commun a été plus fort que ce qui divisait», a conclu le président de la Conférence des Evêques de France, en appelant chaque communauté de croyants à conserver vivantes ces valeurs.
Principes fondateurs de la République
Dans une évocation passionnée, le pasteur Michel Bertrand, président du Conseil national de l’Eglise réformée de France, a rappelé une bizarrerie de l’histoire: cette commémoration de la signature de l’Edit de Nantes prenait place dans la salle où treize ans plus tôt on avait commémoré le troisième centenaire de sa révocation… Curieuse histoire ue celle qui est visitée à rebours.
Une des manières de célébrer l’Edit de Nantes, a encore dit le pasteur Bertrand, serait de réfléchir au statut des religions pour ce temps; pas seulement pour la France, mais pour l’Europe qui se construit». Et de plaider pour que les protestants de France – qui ont conquis «douloureusement et laborieusement» leur place dans la société française – travaillent à ce que toutes les religions, notamment l’Islam, trouvent la leur.
Dernier à prendre la parole, Jacques Chirac a montré que les grands enseignements de l’Edit de Nantes – unité, autorité de l’Etat, sens du dialogue et pragmatisme, courage, tolérance et vigilance – «sont tout simplement les principes fondateurs de notre République». L’Edit résulte d’un moment où les Français se sont parlés, ont essayé de se comprendre, a ajouté le chef de l’Etat français. «C’est un fait suffisamment rare au regard de notre culture pour qu’il soit salué».
Le Président de la République était accompagné de trois ministres du cabinet Jospin: Elisabeth Guigoux, Ministre de la Justice, Jean-Pierre Chevènement, Ministre de l’Intérieur chargé des cultes, et Catherine Trautmann, Ministre de la Culture et de la Communication.
200 manifestations dans toute la France
De nombreuses manifestations autour de l’Edit de Nantes auront lieu cette année en France: on relèvera en particulier la Grande commémoration à l’initiative de l’association «Foi et tolérance – Edit de Nantes 1998», du 28 février au 1er mars à Paris. Au programme: trois tables rondes, 20 ateliers de réflexion, une exposition, une grande soirée festive et un culte exceptionnel. Par ailleurs, une Semaine de la tolérance sera organisée à Bourges du 13 au 21 mars. Autre festival, du 28 mars au 5 avril à Dijon, une célébration oecuménique le 26 avril à la cathédrale de Nantes, un colloque international du 14 au 16 mai dans cette même ville et un autre colloque à Pau du 8 au 11 octobre.
La paix après 36 ans de guerre civile
L’Edit de Nantes a été promulgué par le Roi de France Henri IV le 13 avril 1598 après 36 ans de luttes civiles. Il impose la paix entre ce qui était le «Parti Huguenot» et les partisans de la «Ligue», représentants de l’Eglise catholique de l’époque. Son esprit est contenu dans son article 2: » Nous défendons à tous nos sujets de quelque état et qualité qu’ils soient d’en renouveler la mémoire, s’attaquer, injurier ni provoquer l’un l’autre par reproche de ce qui s’est passé, pour quelque cause et prétexte que ce soit, en disputer, contester, quereller ni s’outrager ou s’offenser de fait ou de parole; mais se contenir et vivre paisiblement ensemble comme frères, amis et concitoyens, sur peine aux contrevenants d’être punis comme infracteurs de paix et perturbateurs du repos public.»
Ce compromis politique installe pour un temps – puisqu’il sera révoqué par Louis XIV en 1685 – la paix religieuse et surtout reconnaît une égale dignité comme sujets du Roi entre catholiques et protestants, même si les premiers continuent à être avantagés. Comme le dit le pasteur Tartier, cette paix armée entre protestants et catholiques n’est pas encore l’avènement de la tolérance religieuse, ni même la pleine reconnaissance d’une vraie diversité de foi dans un même pays. Il faudra attendre deux siècles pour cela, avec en 1787 l’Edit de Tolérance de Louis XVI, avec la Révolution française et la Déclaration des droits de l’homme. (apic/mae/mp)




