Démarche de pardon de l’Eglise catholique
France: Communautés protestantes et juives de France
Paris, 11 juillet 1997 (APIC) L’Eglise catholique de France s’est engagée dans une démarche de pardon à l’égard des communautés protestantes et juives de France. Des gestes significatifs vont baliser ce «chemin de conversion»: une veillée commune de réconciliation avec les protestants le 19 août dans une église parisienne, et une déclaration de repentir à l’égard de la communauté juive, prévue fin septembre. Mgr Lustiger s’est pour sa part exprimé sur «l’occurrence du 24 août», date de la messe papale dans le cadre des JMJ et anniversaire du massacre de la Saint-Barhélémy.
A la veille – fin août – des Journées mondiales de la Jeunesse (JMJ) qui se tiendront à Paris, une conférence de presse, à laquelle participaient des personnalités des communautés concernées – le pasteur Jean Tartier, président de la Fédération protestante de France, Henri Hajdenberg, président du Conseil représentatifs des Institutions juives en France, et le cardinal Jean-Marie Lustiger, archevêque de Paris, entouré de trois évêques -, en ont fait état jeudi à Paris.
Mgr Lustiger s’est en outre expliqué sur «l’occurrence du 24 août», date de la grande messe papale dans le cadre des JMJ et anniversaire de la Saint-Barthélémy (massacres des protestants). «Un événement tragique que l’Eglise n’a pas oublié. Mais les autorités publiques nous ont fait savoir que seul ce week-end était disponible». Et d’expliquer que «nous avons veillé à ce que l’esprit œcuménique soit exprimé lors des Journées mondiales de la Jeunesse par le biais du choix du thème baptismal – lors de la veillée de Longchamp – qui nous rassemblement nécessairement comme chrétiens…»
Sans oublier, a ajouté Mgr Lustiger, que beaucoup de délégations, d’Europe de l’Est notamment, comptent de nombreux orthodoxes et protestants dans leur rang. Les délégations de l’Afrique sub-saharienne compte aussi des membres des diverses communautés dont des musulmans. «La chaîne de la fraternitéé, tout autour de Paris, dans le cadre du festival de la jeunesse, sera elle-même ouverte à tous».
A la suite de la lettre apostolique du pape, «Tertio millenio adveniente», nous voulons que l’Eglise catholique prenne en charge une conscience plus vive du péché de ses enfants quand ils se sont éloignés du Christ et de l’esprit de l’Evangile. Je pense notamment aux passages où Jean Paul II évoquent l’atteinte à l’unité voulue par Dieu pour son peuple…», a expliqué Mgr Louis-Marie Billé, président de la Conférence des évêques de France.
Document en préparation
Concrètement, les communautés protestantes parisiennes dans leur diversité, dont 7 pasteurs, sont conviées à une veillée de réconciliation le 19 août, à l’église Saint-Germain l’Auxerrois. «Cet événement est rendu possible par le climat de préparation au repentir commun et à la purification de la mémoire qui est en marche depuis longtemps», a confié Mgr Gérard Daucourt, président de la Commission épiscopale pour l’Unité des chrétiens»
La onférence épiscopale a en outre décidé de faire un geste significatif à l’égard de la communauté juive. Fin septembre, à l’occasion du cinquantenaire de la conférence de Seelisberg (Suisse), et de la commémoration du statut des juifs (3 octobre 1940), elle fera une déclaration qui engagera une démarche de repentir et de conversion. «Une déclaration soigneusement élaborée pour qu’elle soit vraiment reçue», a précisé Mgr Gaston Poulain, président du Comité épiscopal pour les relations avec le judaïsme.
Et d’expliquer que ce document prendra appui sur les 10 points de la déclaration de Seelisberg, laquelle reprend les 18 points développés par Jules Isaac, auteur de «Jésus et Israël».
Mgr Poulain a encore révélé que le Comité épiscopal qu’il préside travaille par ailleurs su la «Shoah», ainsi qu’à un ouvrage intitulé «Lire l’Ancien Testament: contribution à une lecture catholique de l’Ancien Testament». Quant au Père Dujardin, secrétaire de ce Comité, il a rappelé que la législation anti-juive de Vichy compte pas moins de 170 textes devant lesquels l’Eglise catholique est restée muette: «Un silence pesant qu’il est temps d’interroger».
Des propos qui ont rassuré Henri Hajdenberg. Qui a rappelé que ladite déclaration de l’épiscopat est attendue par sa communauté depuis 10 ans.
L’Eglise prévoit-elle de faire de tels gestes vis-à-vis des communautés orthodoxes et musulmanes? Pour l’heure, nous n’avons pas de projets aussi avancés que ceux-ci, a convenu Mgr Billé. Une question à laquelle travaille du reste l’ensemble du Conseil des
Brésil: Terrible témoignage de l’évêque e Rio Branco, Mgr Grechi
Hommes brûlés vif, escadrons de la mort et complicités politiques
Rio Branco, 11 juillet 1997 (APIC) «Nous vivons dans un climat de peur et d’insécurité, la situation est kafkaïenne. Mon Etat, celui d’Acre, est, comme toute l’Amazonie, la terre de personne», a confié au bimensuel allemand «Publik Forum» Mgr Moacyr Grechi, évêque de Rio Branco, une ville brésilienne située à la frontière avec le Pérou et la Bolivie. Mgr Grechi y décrit l’enfer: escadrons de la mort, hommes brûlés vif, esclavage… et complicité sinon plus du gouverneur de l’Etat. Drogue et trafique obligent. Le tout avec le silence du président brésilien Cardoso. Vous avez dit démocratie et droit de l’homme.
Mgr Grechi est connu comme un ardent défenseur des droits de l’homme. Les faits qu’il expose font frémir: ce sont «les escadrons de la mort et la police militaire brésilienne qui brûlent des hommes vivants», la torture institutionnalisée, des prisons surpeuplées de détenus malades de la lèpre, de la tuberculose et du sida, où la violence sexuelle est la norme. Fin 1996, dans des circonstances qui restent obscures, Mgr André Ficarelli, son bras droit, a été aspergé d’alcool au siège même du diocèse par un homme qui a ensuite bouté le feu à ses vêtements. C’est un miracle qu’il ait échappé à la mort. «Tous ici connaissent celui qui a commis ce méfait», affirme Mgr Grechi, mais «la peur et l’argent» ont empêché qu’on en parle dans les médias locaux.
Un gouverneur indéboulonnable
L’Etat d’Acre n’a guère de poids politiquement et économiquement, mais de par sa proximité avec le Pérou, la Bolivie et la Colombie, il occupe une position stratégique pour le narcotrafic. «Le passage de drogues ici est énorme», affirme Mgr Grechi. Quand les politiciens locaux parviennent à accumuler des fortunes colossales en un temps record, personne n’est dupe. Le gouverneur de l’Etat, Orieir Carmeli, un représentant de la droite, a lui aussi accumulé un patrimoine personnel estimé à plus de cent millions de francs suisses. Le procureur de l’Etat, Wagner Gonsalvez, l’a accusé de complicité dans l’organisation des escadrons de la mort et il réclame depuis un moment une intervention du gouvernement fédéral dans l’Etat.
L’évêque lui-même s’est adressé au président Fernando Henrique Cardoso, qu’il a informé de la gravité de la situation, mais «il ne bouge pas, pour des raisons politiques», déclare Mgr Grechi, car «s’il intervenait dans l’Acre, il devrait le faire également dans les Etats de Para ou d’Alagoas où la situation est analogue». On a tenté d’amener le gouverneur Carmeli devant les tribunaux pour pas moins de seize délits. Cela va de l’esclavage à l’exploitation illégale de bois dans les réserves indiennes et à un commerce avec une obscure entreprise colombienne impliquée dans le trafic de drogue. Toutes les initiatives judiciaires sont restées en suspens.
Face à cette situation, Mgr Grechi veut alerter l’opinion publique au Brésil, mais également en Europe, où il a déjà reçu le soutien des organismes catholiques allemands «Adveniat» et «Misereor». (apic/cip/pr)



