Pour l’historien René Rémond,
France: Démarche de l’épiscopat français le 30 septembre à Drancy
«il est juste que l’Eglise exprime sa repentance»
Paris, 28 septembre 1997 (APIC) Le 30 septembre prochain, l’Eglise de France accomplira un geste à l’adresse des juifs persécutés. Ce sera à Drancy, près de Paris, où de nombreux juifs transitèrent avant d’être livrés à l’occupant nazi. A la veille du 30 octobre, date anniversaire du premier statut des juifs, Mgr de Berranger lira une déclaration sur l’attitude des évêques de France pendant la guerre. Une démarche dont l’historien René Rémond, président de la Fondation nationale des sciences politiques, situe l’enjeu dans un texte publié jeudi par le journal «La Croix».
Mgr de Berranger, évêque de Saint-Denis, diocèse dans lequel se trouve la ville de Drancy, lira cette déclaration au nom des évêques des Départements où furent installés des camps d’internement de juifs, en présence des représentants de la communauté juive et des associations de déportés. M. Hajdenberg, président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) prendra ensuite la parole. Les chrétiens ont été invités à s’associer à cette démarche en se rendant à Drancy le 30 septembre. Ils se retrouveront ensuite pour un temps de prière en l’église paroissiale Ste-Louise de Marillac à Drancy.
L’Eglise face au régime de Vichy
Pour René Rémond, cette démarche participe d’une recherche de la vérité, mais celle-ci implique que soit clairement défini ce dont on se repent. L’Eglise comme telle n’a eu aucune part à la persécution, et si elle s’est compromise avec le régime de Vichy, elle n’a jamais manifesté la moindre complaisance pour la collaboration avec l’occupant.
«Ce qu’elle a à se reprocher, écrit l’historien, c’est d’avoir gardé le silence sur les mesures de discrimination prises contre les juifs. Elle n’a élevé aucune protestation contre le premier statut des juifs et elle s’est contentée pour le second de démarches discrètes recommandant au gouvernement d’appliquer les dispositions avec humanité. Cinquante ans plus tard, on s’explique mal les raisons de ce silence». René Rémond pense que les évêques ont été retenus par leur vénération pour le Maréchal Pétain et leur attachement à la doctrine traditionnelle du respect du pouvoir établi; que, comme Pie XII, ils croyaient les démarches discrètes plus efficaces que les protestations publiques.
Mais «ce faisant, ils ont méconnu le devoir d’alerter l’opinion publique et de faire l’éducation des conscience. Il faut admettre aussi qu’ils partageaient l’idée que l’influence jugée excessive des juifs dans la société donnait droit à l’Etat de se défendre par des mesures restrictives».
Des évêques ont parlé
Quelques évêques ont rompu le silence dans l’été 1942, au moment où le gouvernement livra à l’occupant des juifs internés dans des camps en zone sud qui relevait de sa souveraineté – comme y ont insisté les historiens réunis par Jean-Marie Cavada sur le plateau de «La Marche du Siècle» de mercredi dernier, où Henri Amouroux a lu avec émotion la très brève protestation que l’archevêque de Toulouse avait fait lire en chaire en exigeant qu’aucun mot n’en soit omis ou modifié.
René Rémond signale pour sa part que, dans son livre «Les juifs pendant l’occupation», André Kaspi dénombre 42 évêques – la moitié de l’épiscopat – qui ont pris publiquement position. «L’Eglise est ainsi la seule grande institution à avoir fait entendre la voix de la conscience morale. Dans le silence général, ces déclarations eurent un retentissement considérable: on sait aujourd’hui par les archives que l’effet fut tel que les autorités de Vichy en prirent argument pour refuser ensuite aux Allemands une partie de leurs demandes».
Une démarche opportune
Des chrétiens, clercs et laïcs, n’avaient pas attendu pour prendre position et venir en aide aux persécutés, un mouvement qui s’amplifia après l’été 1942 «avec la bénédiction et même la participation de prélats, dont certains n’avaient pas parlé», observe R. Rémond. Pour Serge Klarsfeld, les chrétiens ont joué un rôle majeur dans la sauvegarde des trois quarts des juifs vivant en France, et sur le petit millier de Français reconnus comme «Justes parmi les nations» pour avoir sauvé des juifs, on trouve quatre évêques et une centaine de prêtres et de religieux.
Pour le président de la Fondation nationale des sciences politiques, il ne faut tirer de ces chiffres aucune satisfaction: ils suggèrent simplement que nombreux ont été les chrétiens qui eurent alors lucidité et courage.
«Reste, conclut-il, que l’institution a gardé le silence devant la promulgation et l’application de textes qui bafouaient le principe de l’égalité entre les hommes. Il est donc juste que l’Eglise de France aujourd’hui, sans accabler la mémoire de nos aînés, exprime sa repentance».
Stérile polémique
La manifestation de l’Eglise, mardi prochain à Drancy est du reste largement commentée par la presse française. Qui y va de ses polémiques. Ainsi le quotidien «Libération» du 26 septembre, dans sa rubrique «Kiosque», affirme-t-il que l’hebdomadaire «La Vie» critique les évêques pour leur démarche. Faux, rétorque Jean-Claude Petit, directeur de l’hebdomadaire chrétien d’actualité, qui proteste contre l’interprétation donnée par «Libération» à un dossier consacré sur le sujet. «Cette interprétation est fausse et tendancieuse», écrit-il dans un communiqué par lequel il réaffirme «le soutien sans réserve de «La Vie» à l’initiative historique et courageuse de l’épiscopat français. (apic/cip/pr)



