Situation préoccupante

France: Document de Pax Christi sur le respect de la création

Paris, 20 janvier 2000 (APIC) Dans la foulée de la déclaration de la Commission sociale des évêque de France, Pax Christi-France met à son tour en garde sur le respect qu’il convient d’accorder à la création. La situation est préoccupante, écrit-elle dans un document qu’elle vient de publier afin de mieux situer le problème de l’environnement dans le monde actuel.

Il y a 50 ans, seuls quelques scientifiques se préoccupaient de ces questions, et ils lançaient déjà des cris d’alarme. Aujourd’hui, la société – une partie du moins – prend de plus en plus conscience des limites des ressources disponibles, de la nécessité de respecter l’intégrité des rythmes de la nature, de rechercher la qualité de la vie, de promouvoir un développement durable.

Ces problèmes très complexes nécessitent une approche pluridisciplinaire, souligne Pax Christi. Car indépendamment de l’approche écologique interviennent des considérations économiques, sociales, donc politiques, et, surtout, des choix éthiques. Une difficulté supplémentaire vient du fait que l’écologie privilégie systématiquement le long terme, tandis que la politique a souvent tendance à prendre des mesures à court terme. Les choix sont en outre quelquefois malaisés.

Le drame no1: le massacre des forêts tropicales

S’il n’est pas aisé de dresser un tableau complet et objectif de l’état de l’environnement, les facteurs qui le caractérisent étant très nombreux, Pax Christi-France attire toutefois l’attention sur «le drame écologique le plus inquiétant aujourd’hui»: le massacre des forêts tropicales qui, en un siècle, ont régressé de 24 millions à 10 millions de km2 – et 40 hectares continuent d’être détruits chaque minute, alors que ce milieu naturel est biologiquement le plus riche et le plus productif de toute la planète. «Est-il acceptable de le surexploiter à ce rythme pour le simple profit économique – et avec des conséquences dramatiques pour les peuples aborigènes qui y vivent ? «, demande Pax Christi.

Seconde certitude: la consommation d’énergie est devenue incompatible avec le fonctionnement normal de la planète. Deux conséquences principales: la pollution de l’air, avec son impact sur la santé et le fonctionnement des milieux naturels et, à moyen terme, un réchauffement de l’atmosphère, à cause de l’augmentation des gaz à effet de serre, et des changements climatiques aux conséquences imprévisibles, mais certainement désastreuses: élévation du niveau des mers, modification du régime des pluies… Le recours à l’énergie nucléaire résoudrait-il ces problèmes ? «D’un côté oui, répond Pax Christi, mais d’un autre serait sérieusement amplifié celui des déchets radioactifs, qui n’est malheureusement pas résolu de façon satisfaisante. Ce qui pose problème, c’est la grande rémanence de leur radioactivité, sans parler du risque d’accident, inhérent à toute activité humaine».

Bien d’autres problèmes, moins médiatiques que le nucléaire mais tout aussi importants à moyen et à long terme, se profilent: pollution des nappes phréatiques, tassement des sols (perte de la fertilité), accroissement des emballages, des polluants permanents (pesticides, métaux lourds…). L’homme réagit et on constate des progrès dans plusieurs secteurs, mais «dans presque tous les domaines, la concurrence est si vive que l’homme est porté à inventer sans cesse de nouveaux produits, de nouvelles techniques dont les conséquences sont souvent imprévisibles», relève Pax Christi, qui pense aux «bouleversements que le génie génétique va apporter avec ses espoirs et ses dangers».

La diversité biologique régresse

Indépendamment des problèmes «physio-chimiques», la diversité biologique régresse presque partout dans le monde, parfois de manière spectaculaire, comme dans le cas de certaines ressources aquatiques ou de forêts tropicales humides. Très souvent, «de manière beaucoup plus discrète, mais non moins inquiétante», une agriculture intensive provoque la détérioration des milieux naturels. De tels faits ont pour conséquences non seulement la disparition d’espèces animales et végétales, mais aussi une diminution de la qualité des sols et de leur fertilité et une apparition de l’érosion. «Certes, il y a eu de tout temps apparition et disparition d’espèces animales et végétales, admet Pax Christ. Mais ce qui caractérise notre époque, c’est que, avec les moyens considérables dont dispose l’homme, beaucoup de processus se sont accélérés et le risque de modifications graves sur le temps d’une ou deux générations semble bien être l’une des singularités de notre temps».

Examinant avec recul l’évolution de la biosphère, la Commission «Sauvegarde et Gérance de la création» mise sur pied par de Pax Christi doit aussi constater que le considérable accroissement démographique réalisé sur une période très courte a fatalement des répercussions sur les ressources naturelles. Quand la pollution d’un pays double en vingt-cinq ans, les problèmes d’alimentation, de travail, etc. prennent une acuité considérable. «Ce serait toutefois une grave erreur que de verser dans le catastrophisme car, avec l’apparition d’une conscience écologique, les mesures commencent à se multiplier, même si c’est encore à vitesse insuffisante».

Une course effrénée au «toujours plus»

Enfin, Pax Christi signale que les accidents spectaculaires tels que le naufrage de l’Amoco-Cadiz (réd: sans parler du dernier, avec le cargo Erica) ou l’incendie de Sandoz (Bâle), qui pollua totalement le Rhin, font toujours la une des médias, ils sont cependant moins importants et insidieux que les pollutions chimiques, tels que le déversement de substances chimiques dans l’eau et dans l’air, ou des accidents nucléaires comme celui de Tchernobyl, à cause de la rémanence de la radioactivité.

«La course effrénée au toujours plus» ne doit pas continuer, avertit le mouvement, d’autant plus qu’elle se fait au détriment non seulement de l’ensemble des ressources naturelles, mais surtout des pays en voie de développement, où nous allons chercher les matières premières, où nous déposons trop souvent encore nos déchets encombrants ou toxiques, en en retirant des bénéfices commerciaux et monétaires».

La Commission de Pax Christi-France ajoute que, «chez nous également, ce sont les défavorisés qui souffrent le plus de la dégradation de l’environnement». On les trouve tout spécialement dans les banlieues des grandes villes ou dans les dortoirs ou autres ensembles où l’homme est de plus en plus coupé de la nature et de contacts sociaux authentiques. «Nous payons très cher aujourd’hui des erreurs d’urbanisme et d’aménagement du territoire d’une époque récente, où l’on prônait un certain «gigantisme»: vastes complexes scolaires, vastes zones industrielles. Aussi n’est-il pas étonnant que l’on observe que presque un quart de la population souffre de troubles psychiques dans certaines banlieues déshumanisées». Pax Christi encourage en conclusion une prise de conscience qui se manifeste chez les urbanistes et autres sociologues. (apic/cip/pr)

20 janvier 2000 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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