Sortir de la langue de bois

France: Entre chrétiens et musulmans, le mufti de Marseille prône un dialogue revigoré

Paris, 2 février 1998 (APIC) «L’islam sort d’une décadence de plusieurs siècles», mais elle est la «meilleure des religions», estime le mufti de Marseille, Soheib Bencheikh, dans une interview accordée à «La Croix», dans le cadre de la fin du Ramadan mais aussi et en contrepoint du bilan dressé sur le «mois d’angoisse» en Algérie. Le mufti de Marseille prôône un dialogue revigoré et plus franc entre chrétiens et musulmans. Il pense aussi qu’il serait bon d’avoir le courage de sortir de la langue de bois.

Le mufti de Marseille espère une conviction analogue de la part des chrétiens. Sans quoi, dit-il, le dialogue islamo-chrétien ne saurait être vrai. Soheib Bencheikh se range parmi les «habitués de ce dialogue», et c’est pourquoi il s’interroge: les interlocuteurs, qui ont appris à s’apprécier, ne restent-ils pas dans un cercle «trop fermé», manquant d’audace pour sortir de la «langue de bois»…?

«Je souhaite voir des chrétiens jaloux de leur foi, et non des avocats de la foi musulmane», lance-t-il. Selon lui, les acteurs du dialogue doivent exprimer clairement les questions et les craintes des communautés qu’ils représentent. Mais pas question d’entretenir le dialogue «avec des courants obscurantistes»: Pour lui, le dialogue interreligieux doit se faire avec des religieux formés, lettrés, qui connaissent leur religion et la culture dans lesquelles ils vivent

Afin de mieux dialoguer, ne faudrait-il pas que chrétiens et musulmans dépassent un complexe symétrique de supériorité, les chrétiens jugeant l’islam archaïque et les musulmans estimant détenir seuls «La Révélation»? interroge le quotidien catholique français. *N’ayons pas peur de nos complexes, répond le mufti. je pense, moi, que l’islam est la meilleure des religions. Sinon, à quoi bon être musulman? Et j’espère la même conviction de la part du chrétien. Mais pour autant, nous devons tous ensemble reconnaître qu’aucune religion n’a l’exclusivité du Salut», répond Soheib Bencheikh.

Ce dernier s’inscrit «dans le courant réformiste qui s’engage pour un retour au texte et pour sa relecture avec les attentes d’aujourd’hui». Or, sur ce point, qui est le mystère même de la révélation du Coran, «l’intelligence est bloquée», déplore-t-il. Il y a blocage parce que l’on cesse de considérer que le texte coranique, «Parole de Dieu», est aussi un texte «pathétique, poétique, allégorique et donc soumis à notre intelligence».

Le mufti explique ce blocage par le fait que «l’islam sort d’une décadence de plusieurs siècles, durant laquelle l’intelligence créative a hiberné». C’est notamment visible dans le droit musulman, dont «l’application aujourd’hui relève de la folie, même dans le monde musulman», parce que ce droit est le fruit d’une recherche des ancêtres, «remarquable» en son temps, «mais pour une époque qui n’est plus la nôtre».

Il faut donc, estime-t-il enfin, désacraliser le droit musulman, n’y voir qu’une richesse humaine, historique. (apic/cip/cx/pr)

10 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 2  min.
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