Benoît XVI nomme une commission pour réexaminer le dossier
France: La béatification du Père Léon Dehon est bloquée
Paris, 12 juin 2005 (Apic) La béatification du Père Léon Dehon est bloquée, annonce le quotidien français «La Croix» dans son édition du 9 juin. Ce fait est sans précédent dans l’histoire de l’Eglise, selon le journaliste Jean-Marie Guénois.
La béatification du religieux français était prévue le 24 avril dernier et reportée en raison de la maladie, puis du décès de Jean Paul II. Or, annonce «La Croix», Benoît XVI vient de confier à une commission informelle, au sein de la Secrétairerie d’Etat, le soin de réexaminer la totalité du dossier. L’information a été confirmée à l’Apic par certains milieux au Vatican. Des écrits antisémites du Père Dehon sont en effet passés à travers les mailles du procès de la Congrégation des causes des saints.
Alerté fin février 2005 par l’historien Jean-Dominique Durand, l’épiscopat français avait aussitôt signalé cette anomalie à Rome. Le cardinal Ratzinger, alors saisi du dossier comme préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, avait fait savoir, selon une source autorisée, que «l’Eglise devait reconnaître ses erreurs et tirer les conséquences qui s’imposent». Mais il était trop tard pour arrêter le processus car le décret reconnaissant le miracle nécessaire à toute béatification et l’héroïcité des vertus de l’intéressé avaient été promulgué le 19 avril 2004. La date de la cérémonie était fixée. Seule la mort du pape, alors très malade, pouvait changer le cours des choses.
Réprobation de l’épiscopat et du gouvernement
Le gouvernement français avait fait savoir qu’il n’aurait pas été représenté à cette béatification et le confirme aujourd’hui si celle-ci intervenait. Quant à l’épiscopat français, il était même allé jusqu’à envisager de réprouver publiquement cet acte. L’affaire lui paraissait trop grave.
Quelle affaire au juste? Des écrits du Père Dehon, sept textes antisémites précisément, dont voici quelques extraits cités par «La Croix»: «La passion des richesses, c’est chez eux un instinct de race». Ils ont «soif de l’or»; les juifs sont «unis dans la haine du Christ», ils sont les ennemis par excellence de l’Eglise et des chrétiens. «La réaction antisémite est un signe d’espérance». Le Père Dehon propose aussi de prendre comme modèle le courant antisémite autrichien lancé en 1893 par Karl Lueger, homme politique dont Hitler, louera plus tard les mérites dans Mein Kampf.
Les défenseurs de Léon Dehon soulignent qu’il faut placer ces quelques textes dans leur contexte. «Le Père Dehon était un homme plein d’amour», soutient le Père Joseph, supérieur de la communauté des prêtres du Sacré-Coeur de Paris.
Léon Dehon, prêtre français, né en 1843 et décédé en 1925, est une grande figure du catholicisme social. Il est le fondateur de la congrégation des prêtres du Sacré-Coeur – les «dehoniens», qui compte 2’226 religieux dans 38 pays. (apic/lacroix/bb)



