France: La Commission sociale des évêques solidaire des chômeurs

«Pour un partage du travail, des responsabilités et du profit»

Paris, 6 février 1998 (APIC) Au lendemain de la spectaculaire mobilisation des chômeurs français – leurs manifestations de rue accompagnées d’occupations symboliques ont quelque peu déstabilisé la «gauche plurielle» au pouvoir – les évêques de France réagissent. La Commission sociale l’épiscopat a publié vendredi une déclaration intitulée «N’oublions pas les chômeurs» qui dénonce l’écart social qui se creuse en France. «Un écart social qui n’est pas une fatalité».

«Notre société n’est pas sommée de choisir entre l’assistanat et le travail; ce qui doit préoccuper tous les partenaires en cause, c’est le partage du travail, des responsabilités et du profit», écrivent les six évêques de la Commission présidée par Mgr Olivier de Berranger, évêque de Saint-Denis.

Le chômage, «un cancer qui détruit les personnes en profondeur»

La Commission sociale des évêques, qui se demande comment il est possible qu’une société comme la société française puisse rejeter les travailleurs vers ses marges et les faire ainsi glisser vers l’exclusion, rappelle avec d’autres que «le chômage est un cancer qui détruit les personnes en profondeur». «On ne peut plus parler du chômage comme d’une donnée statistique abstraite. Désormais, derrière les chiffres, il y a des visages, des êtres humains avec leurs souffrances, leurs cris de révolte», écrivent les évêques.

Ils saluent également le fait qu’à travers ce mouvement de chômeurs, spécialement des chômeurs de longue durée, «un cri s’est fait entendre». Grâce à lui, beaucoup ont pris conscience que tout au cours de ces longues années de chômage endémique, de nombreuses associations sont nées, souvent à l’initiative des chômeurs eux-mêmes. Pour la première fois leurs représentants ont été écoutés et reconnus comme interlocuteurs dans le débat public. La Commission sociale souhaite que les associations de chômeurs, non pas en concurrence, mais en union avec les syndicats et en concertation avec les organismes gestionnaires des indemnités de chômage, «puissent faire entendre la voix des chômeurs là où se prennent les décisions qui les concernent».

Des chômeurs en quête de dignité

Les évêques français remarquent que les chômeurs demandent certes une aide matérielle plus importante, mais ces derniers réclament plus encore un surcroît de considération. Pour la Commission sociale, face aux situations de désintégration sociale insupportables et aux défis de la mondialisation en cours, il faut promouvoir «un projet de société qui entraînerait enfin un partage des revenus plus conforme à notre volonté commune d’être solidaires en France, en Europe et dans le monde entier».

S’ils n’ont pas de recettes toutes faites à proposer, les évêques de France se déclarent toutefois attentifs à un certain nombre de propositions, comme la revalorisation des dispositifs d’insertion existants, le développement des «contrats à emplois consolidés» en phase avec la procédure «emploi jeunes».

Encourager des emplois qui ne soient pas rentables immédiatement

Ils encouragent aussi les collectivités locales, les services hospitaliers et sociaux, les entreprises nationales et les grandes surfaces commerciales à multiplier des emplois qui, sans pouvoir être des facteurs immédiats de rentabilité économique, assurent une meilleure convivialité dans les lieux publics. «N’y a-t-il pas là, s’interrogent-ils, tout un gisement d’emplois qui a déjà démontré en plusieurs régions son efficacité à long terme, renforcé la sécurité et suscité l’émergence de la citoyenneté dans les diverses générations qui composent la société?» Et la Commission sociale de l’épiscopat français de conclure que la lutte contre le chômage nous interroge sur une autre manière de vivre, de consommer, d’être acteurs dans la vie sociale. «Elle ne saurait nous dispenser d’un travail en profondeur pour renouer inlassablement le lien social». (apic/com/be)

10 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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