Espérance dans les relations entre islam et République

France: La fin du ramadan sera fêtée dans un climat de division interne

Paris, 22 décembre 2000 (APIC) L’aïd al-fitr, fête de la rupture du jeûne observé pendant le mois de ramadan, sera célébrée le 26 ou le 27 décembre (la date est fixée en fonction de la lune) par la communauté musulmane. Forte de 4 à 5 millions de membres, celle-ci doit se doter d’une organisation nationale représentative de l’islam de France. Mais les négociations en cours piétinent car elle est traversée par d’importants clivages, notamment entre musulmans issus de différents pays. Néanmoins, souligne le Haut Commissariat à l’Intégration, les relations entre l’islam et la République sont porteuses d’espoir.

La consultation pour la création d’une organisation centrale représentative de l’islam de France fait du surplace. Seule avancée décisive: la future instance devrait représenter non pas «les musulmans» de France mais «le culte musulman». Cette consultation réunit cinq fédérations nationales de musulmans, des représentants de cinq grandes mosquées ainsi que six personnalités «qualifiées» indépendantes. La présence de ces dernières – parmi lesquelles la seule femme, Mme Betoule Lambiotte, de la confrérie soufie Alawiya – est contestée par les fédérations musulmanes.

Amar Lasfar, recteur de la mosquée de Lille sud, est membre de l’Union des Organisations Islamiques de France (UOIF), une fédération présentée par certains observateurs comme proche des Frères musulmans, mouvement fondamentaliste d’origine égyptienne. Il fait valoir que la représentation du culte musulman ne peut se faire qu’à partir des lieux de culte, gérés par des associations déclarées. De leur côté, les personnalités «qualifiées», des intellectuels indépendants favorables à un islam d’ouverture, regrettent leur poids de peu dans la consultation sur l’islam. «Ce n’est pas quelques personnalité mais une trentaine qu’il aurait fallu inviter, faut de quoi on institutionnalise le courant identitaire, ritualiste et littéraliste de l’islam», a déclaré à l’AFP Michel Renard, de la revue Islam de France.

Le poids des pays d’origine

Par-delà les divergences de fond entre ceux qui veulent «rompre avec la lecture absolutiste des textes» et «dégager une pratique réaliste de l’islam» (1) et les autres, il y a le poids des pays d’origine. Comment revendiquer une représentativité nationale quand se profile derrière telle ou telle instance le poids politique et financier d’Alger, de Rabat ou de l’Arabie saoudite ? Les querelles entre les dirigeants de l’islam pèsent également sur le dossier de l’édification de lieux de culte. Ainsi à Strasbourg, où deux projets sont concurrents. L’un a le soutien des Marocains et des Turcs, l’autre celui des Algériens. Autre dossier épineux: la formation des imams. En l’état, la plupart des imams, formés à l’étranger, ont des compétences limitées ou, à tout le moins, peu en phase avec la réalité française. Le seul centre de formation existant dépend de l’UOIF, une fédération plutôt fondamentaliste…

Rapport sur «l’islam dans la République»

Dans le rapport consacré à «l’islam dans la République» qu’il a récemment remis au Premier ministre, le Haut Conseil à l’Intégration (HCI) soutient pour sa part le projet de création à Strasbourg d’un centre de formation à la théologie musulmane, apte à former des imams dans le cadre d’une faculté d’Etat bénéficiant du régime des cultes propre à l’Alsace Moselle.

Le document du HCI souligne que le principe de laïcité fait l’objet d’un large consensus auprès des musulmans de France. Concernant le port du voile islamique à l’école, objet d’une large polémique en France voici quelques années, le HCI, attentif à l’enjeu stratégique de l’école en matière d’intégration, conseille de s’en tenir aux décisions du Conseil d’Etat, c’est-à-dire de tolérer le port du voile s’il n’est pas ostentatoire. Mais ce point a fait l’objet de vifs débats et motivé la démission d’un des 17 membres du HCI. L’illustration que si les relations entre l’islam et la République française sont en train de s’apaiser, comme l’estime le rapport du HCI, cela ne se fait pas sans remous. (apic/jcn/bb)

22 décembre 2000 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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