France: Le graphisme de l’affiche d’»Amen» est «fauteur de haine», estime le cardinal Lustiger
Et pourquoi pas la croix gammée avec le drapeau américain?
Paris, 15 février 2002 (APIC) Le cardinal Jean-Marie Lustiger, archevêque de Paris, interrogé jeudi sur Europe-1, a estimé que le graphisme de l’affiche du film de Costa-Gavras, «Amen», était «un fauteur de haine». L’affiche réalisée par le photographe italien Oliviero Toscani, qui mêle étroitement croix gammée et croix chrétienne, «m’inquiète terriblement non pas seulement comme chrétien, comme catholique, mais comme citoyen, pour l’ordre public», a déclaré Mgr Lustiger.
«On risque de voir sur les cimetières, les églises, le graphisme très intelligent de M. Toscani comme un graphisme de haine, de la même façon qu’on trouve des croix gammées sur certaines tombes ou sur les synagogues», a-t-il estimé. «C’est utiliser la violence, la haine, comme un signe provocateur pour faire vendre un film». «Pourquoi a-t-il attaqué l’Eglise? Pourquoi n’a-t-il pas mis également le drapeau américain avec une croix gammée?», a demandé Mgr Lustiger, en réponse à une évocation du film qui parle du silence de l’Eglise et du monde occidental devant la shoah.
Le cardinal Lustiger a précisé ne pas avoir vu le film (qui sort le 27 février à Paris) tout en ajoutant que Costa-Gavras est «un grand cinéaste». Dès son apparition sur les murs de la capitale, l’affiche a été jugée «inacceptable» mercredi par le président de la Conférence des évêques de France, Mgr Jean-Pierre Ricard car, souligne-t-il dans un communiqué, elle crée «une identification intolérable du symbole de la foi chrétienne avec celui de la barbarie nazie».
Cette «provocation» doit être «dénoncée par tous ceux qui sont attachés à la dignité humaine, à la liberté humaine et au respect des croyances», avait estimé l’archevêque de Bordeaux. L’affiche représente une croix chrétienne prolongée sur trois branches par celles d’une croix gammée, avec le titre du film (»Amen») et la photo des deux personnages principaux (un officier nazi et un prêtre catholique, joués par les acteurs Ulrich Tukur et Mathieu Kassovitz).
Le Père Patrick Desbois, chargé par les évêques français des relations avec le judaïsme, qui a vu le film, a estimé dans une interview à l’Agence France presse qu’»Amen» reposait sur un vrai travail en ce qui concerne la shoah, mais qu’en revanche concernant le rôle du Vatican et de Pie XII, on en restait aux «clichés», voire à la «caricature».
La Conférence des évêques ne porte pas plainte
La Conférence des évêques n’a pas décidé de porter plainte pour faire retirer l’affiche, a annoncé son secrétaire général, le Père Stanislas Lalanne. Ces dernières années, l’épiscopat était intervenu à deux reprises contre des affiches jugées insultantes à l’égard de la foi chrétienne: en 1998, il avait intenté un procès contre Volkswagen et une agence de publicité pour des affiches s’inspirant de thèmes de la foi chrétienne et notamment de la Cène, le dernier repas du Christ. L’affaire s’était conclue par un accord amiable assorti d’une transaction financière au bénéfice du Secours catholique.
En 1997, les évêques avaient dénoncé l’affiche de Larry Flynt, un film de Milos Forman, montrant le personnage du film ceint du drapeau américain en position de crucifié sur un pubis féminin. Des actions en justice avaient été intentées par des associations intégristes. L’affiche avait été retirée à l’initiative du cinéaste. Quant au réalisateur Costa-Gavras, il a estimé jeudi, dans un communiqué parvenu à Paris, que l’affiche de son dernier film, «Amen», présenté mercredi au Festival du film de Berlin, «n’a aucun caractère délibérément provocant», et rejette tout «délit de diffamation envers quelque groupe religieux que ce soit». (apic/ag/pr)



