Jean Paul II en Syrie: rassurer les chrétiens d’Orient sur leur avenir
France: Le patriarche grec-melkite Grégoire III rencontre les informateurs religieux
Par Jean-Claude Noyer, pour l’APIC
Paris, 26 avril 2001 (APIC) La visite de Jean Paul II en Syrie devrait rassurer les chrétiens d’Orient sur leur avenir et contribuer à renouer le dialogue pour la paix dans la région. Cette déclaration a été faite par Grégoire III Laham, patriarche d’Antioche et de tout l’Orient pour l’Eglise grecque melkite, devant les informateurs religieux français réunis jeudi 26 avril 2001 à Paris.
Au cours de son séjour en France de 5 jours, Grégoire III rencontrera le président de la République. L’occasion d’expliquer que le pape viendra renforcer une convivialité œcuménique et interreligieuse islamo-chrétienne que le patriarche juge dééjà satisfaisante. Grégoire III a réservé au pape sa première visite, pour marquer les liens très étroits avec Rome et sa deuxième à la France, en raison de la tradition francophone et francophile de l’Eglise grecque-melkite, forte de 30’000 fidèles français. L’Hexagone a joué un rôle important au Proche-Orient et continue d’y porter un vif intérêt. «Cela justifie à soi-seul ma visite à Jacques Chirac», souligne Grégoire III, très préoccupé par la situation en Terre Sainte.
Réaction disproportionnée de l’Etat hébreu
Comme toutes les Eglises de la région, il attend la paix, seule solution viable pour l’ensemble des protagonistes. Pour lui, la recherche de la paix et la défense de la cause palestinienne sont deux facteurs indissociables. Et de glisser qu’ayant assisté au début de la nouvelle Intifada, il a vu «combien la réaction d’Israël était absolument démesurée» et juge que «l’extrémisme actuel est surtout le fait des Israéliens». Il reconnaît cependant qu’ils «ont évolué positivement, nonobstant l’électio d’Ariel Sharon, puisqu’ils reconnaissent désormais le droit des Palestiniens à une terre, à un drapeau en tant que peuple». Quid des relations entre la Syrie et Israël ? «La Syrie n’est pas récalcitrante à la paix. C’est le pays arabe qui a la position la plus nette et la plus ferme», a répondu Grégoire III.
Concernant les relations entre Damas et Bagdad, le nouveau patriarche grec melkite d’Antioche et de tout l’Orient, qui est syrien n’a pas manqué de faire l’éloge de la nation syrienne, «pays de grande stabilité et sécurité, pays laïc et non confessionnaliste, à la différence du Liban, et où les religions sont respectées.» Le patriarche maronite Nasrallah Sfeir sera-il présent à Damas? «Lui seul peut décider».
Les enjeux de la visite du pape en Syrie
Concernant les enjeux de la visite du pape en Syrie, Grégoire III a déclaré : «Le pape viendra visiter l’Eglise et les Eglises car nous sommes très unis. Nous préparons sa venue avec le souci de faire participer catholiques, orthodoxes et population syrienne. Le président syrien, Bachar el-Assad nous aide dans ce sens car il tient beaucoup à ce que ce voyage soit le plus significatif des voyages du pape au Moyen-Orient. Il ne manque pas de rappeler que si la Palestine est la terre de naissance de Jésus, la Syrie est le berceau du christianisme. Cette visite est bien relayée dans les médias qui y ont déjà consacré des émissions et articles».
A la fois pèlerinage paulinien et visite pastorale, ce déplacement de Jean-Paul II rappellera aux deux millions de chrétiens de Syrie (13 % de la population) qu’ils doivent rechercher à tout prix la convivialité œcuménique et interreligieuse, et s’engager dans les réalités sociales et politiques de leur pays. «Religieux et le politique sont très liés», précise Grégoire III. Le déplacement de Jean-Paul II sur les hauteurs du Golan, où il ira prier, «sera lourde de sens car le Golan est un point névralgique du processus de paix. Comme le temps de recueillement qu’il prendra dans la mosquée des Omeyyades. Cette dernière démarche sera une preuve supplémentaire de l’ouverture syrienne». Ce sera la première visite du pape dans une mosquée. Symbole pour symbole:
«Ne ressassons pas les choses du passé»
Cette mosquée a été construite sur une ancienne église. «Ne ressassons pas les choses du passé. Nous devons avant tout être des hommes de la paix et du pardon» a estimé Grégoire III. A propos des moines melkites de la communauté de St Jean du Désert, à Jérusalem, expulsés par la custodie franciscaine, Grégoire III reconnaît que c’est une affaire douloureuse mais ne veut rien exagérer. «Elle oppose un groupe à un autre groupe et non pas une Eglise à une autre Eglise».
Même attitude relativiste du patriarche d’Antioche par rapport à la construction d’une mosquée face à l’église de la Nativité, à Nazareth : «Il y a des enjeux complexes du côté des Israéliens et des musulmans. J’avais proposé qu’on construise plutôt un musée et un centre documentaire consacrés aux relations islamo-chrétiennes. Plusieurs pays arabes, dont l’Egypte, m’ont approuvé.»
Vaud: Occupation de l’église de Bellevaux par le groupe «En quatre ans, on prend racine»
Eviter le durcissement sur la question des demandeurs d’asile
Lausanne, 26 avril 2001 (APIC) Les Eglises réformée et catholique du canton espèrent que l’occupation de l’église protestante de Bellevaux, à Lausanne – entamée mercredi 25 avril par le Mouvement «En quatre ans, on prend racine» – ne durcisse par les positions sur la question du renvoi des candidats à l’asile du Kosovo. Les deux Eglises regrettent en outre les restrictions apportées à la loi fédérale sur l’asile
Le Conseil synodal de l’Eglise évangélique réformée du canton de Vaud et le Vicariat épiscopal de l’Eglise catholique étaient informées des intentions du Mouvement dont 20 membres se sont installées dans le temple lausannois de Bellevaux. Ils souhaitent que l’action en cours à Bellevaux ne durcisse pas les positions au point d’empêcher toute concertation à propos des 150 requérants d’asile du Kosovo contraints de rejoindre leur pays d’origine. Les deux Eglises appellent un dialogue entre les partenaires pour trouver une solution humaine au conflit. Les autorités des deux Eglises.
Si les autorités des deux Eglises n’ont pas encouragé l’occupation de l’église de Bellevaud, elles tiennent à redire leur espoir d’une solution digne pour les personnes aux prises avec la dureté de la loi sur l’asile, précise les Eglises réformée et catholique du canton de Vaud dans un communiqué publié jeudi 26 avril à Lausanne. Avec le concours de leurs médiateurs «Eglises-Réfugiés, elles se disent prêtes à rechercher une solution avec tous les partenaires concernés.
Trouver refuge dans une église pour faire pression sur les autorités
«Les personnes dont les démarches pour obtenir l’asile ont échoué se trouvent dans une situation humaine douloureuse, en raison des multiples liens créés dans notre pays» insistent les Eglises vaudoises. «Elles pâtissent d’une loi fédérale sur l’asile restrictive. Les Eglises ont lutté pied à pied contre les réductions du droit d’asile, mais il faut admettre que la politique actuelle a été établie démocratiquement.»
Trouver refuge dans une église pour faire pression sur l’autorité politique est une démarche qui peut se comprendre si des personnes sont menacées dans leur intégrité, poursuivent les deux Eglises vaudoises. Ce style d’action prend alors des allures d’ultimatums, pour se faire entendre. Les demandeurs d’asile accompagnées par le mouvement «En quatre ans, on prend racine» ne sont cependant pas une situation si extrême, poursuit le communiqué, puisque la communauté internationale juge le retour au Kosovo est possible. (apic/com/mjp)



