Protection de l’environnement et spiritualités au Mont-Saint-Michel
France: Le WWF veut sensibiliser les diverses traditions spirituelles à l’écologie
Paris, 31 mars 2003 (APIC) Des représentants des traditions spirituelles chrétiennes, juives, musulmanes et bouddhistes sont invités les 2 et 3 avril à l’abbaye bénédictine du Mont-Saint-Michel par le World Wildlife Fund (WWF). Première organisation écologiste au monde, avec 5 millions de donateurs, dont 100’000 en France, le WWF veut sensibiliser les adeptes des diverses religions au respect de l’environnement.
La mobilisation des Eglises catholique et protestantes de France sur la question écologique reste timide, constatent les organisateurs. Les traditions spirituelles ont pourtant un rôle à jouer face aux dangers qui menacent la survie de nombreuses espèces et de l’homme lui-même. Pour en débattre, le WWF a convié des représentants de diverses religions: Dalil Boubakeur, recteur de la grande mosquée de Paris et président du Conseil français du culte musulman (CFCM), David Messas, grand rabbin de Paris, des personnalités bouddhistes, ainsi que deux chamanes d’Amérique latine sont annoncés.
Côté chrétien, le Père Pascal Roux représente l’épiscopat catholique en tant que patron de la Commission Environnement et modes de vie de Pax Christi – France, en lien avec la Commission sociale des évêques. Présents également, le Père bénédictin Martin Neyt, président de l’Alliance Inter- Monastères (AIM), Damien Gangloff, président de Christian Organization for Ecology (CORE), ainsi que deux orthodoxes et la chanoine pasteur de la cathédrale américaine de Paris. Côté chrétien toujours, l’universitaire Jean-Marie Pelt, botaniste et directeur de l’Institut européen d’Ecologie de Metz, animera les rencontres.
Les traditions spirituelles sont des alliées de l’écologie
Le WWF considère que les traditions spirituelles sont des alliées et qu’elles doivent participer à la prise de conscience générale face à l’accélération des problèmes écologiques, explique Daniel Richard, président du WWF-France. Et de rappeler que le WWF-International a initié dès 1986 une collaboration avec les religions lors du rassemblement interreligieux d’Assise convoqué par le pape Jean Paul II. Un travail qui a abouti en novembre 2000 à une cérémonie à Katmandou, au Népal, au cours de laquelle des représentants des onze principales religions du monde s’étaient engagés à protéger l’environnement en annonçant vingt-six «cadeaux sacrés pour une planète vivante».
Par ailleurs, c’est en octobre 2001 que le WWF-France a organisé une première rencontre interreligieuse au monastère orthodoxe de Solan dans le Gard, à huis clos. La rencontre du Mont-Saint-Michel des 2 et 3 avril en est le prolongement cette fois-ci médiatisé, l’idée étant précisément de sensibiliser le plus de fidèles possible des diverses religions – via leurs représentants – à la nécessité de s’engager dans le respect de la création de Dieu.
Côté chrétien: la partie n’est pas gagnée
Côté chrétien, la bataille est loin d’être gagnée. Certes le patriarche oecuménique de Constantinople, Bartholomée 1er, multiplie année après année les initiatives pour la sauvegarde de la nature. Le 10 juin 2002, il a signé avec Jean Paul une déclaration commune sur l’environnement et demandé que les chrétiens du monde entier s’associent à la Journée de la Création, instituée par lui dès 1989 et célébrée liturgiquement le 1er jour de septembre, début de l’année liturgique orthodoxe. Cet appel a été relayé par le Conseil oecuménique de Eglises et le Réseau écologique chrétien européen (ECEN).
Hiérarchie catholique à la traîne
Cet engagement écologique ne trouve guère d’écho dans la hiérarchie catholique, estime-t-on dans les milieux écologistes. En France, les prises de parole des évêques sur les questions environnementales sont rares. La Commission sociale des évêques a certes publié un document intitulé «Le respect de la création» (Centurion/Cerf/Fleurus-Mame). Mais ce document, fort bref (40 p.), n’est paru qu’en janvier 2000, c’est-à-dire bien tardivement.
«Nous avons les plus grandes peines à mobiliser l’Eglise catholique sur les questions écologiques», reconnaît Daniel Richard. Et de constater que lorsque le WWF sollicite la Conférence épiscopale, celle-ci renvoie systématiquement à Pax Christi – France, qui est pourtant davantage chargée de contribuer à la promotion de la paix que de protéger la nature. Son président, Mgr Marc Stenger, évêque de Troyes, sera lui-même absent des rencontres du Mont-Saint-Michel.
«Pauvreté de la théologie chrétienne de la nature»
Dans les colonnes de l’hebdomadaire La Vie, il explique que «l’engagement d’un évêque serait prématuré» et qu’il faut «clarifier certaines positions.» Le journaliste qui a recueilli ses propos souligne que la hiérarchie catholique redoute autant le relativisme interreligieux d’une telle rencontre que le manque de discernement entre le juste respect de la nature et sa sacralisation. Derrière cette réserve se profile ce que Jaques Arnould, docteur en théologie et docteur en histoire des sciences, dans son ouvrage «L’Eglise et l’histoire de la nature» (Le Cerf, 2000), n’hésite pas à désigner comme la pauvreté de la théologie chrétienne de la nature, l’environnement n’ayant eu longtemps d’autre statut que celui de décor au salut de l’humanité. Un décor que l’on peut modifier et défigurer à souhait.
La Fédération protestante de France (FPF) elle-même ne s’engage pas explicitement aux côtés du WWF, se contentant d’envoyer des observateurs à la rencontre du Mont-Saint-Michel. «Cette réserve est surprenante car la contribution des protestants au développement de l’écologie dans les années 70 a été déterminante, avec des penseurs de premier plan comme Jacques Ellul. Mais depuis les protestants français ont relégué cette question au second plan», note Jean-Marie Pelt. La Commission Eglise et société de la FPF vient pourtant de publier un dossier intitulé «Environnement et développement durable». JCN
Encadré
Quelques projets verts à l’initiative des religions
L’universitaire musulman Mohammed Taleb a rédigé un «Manuel d’écologie musulmane» entre réflexion théologique sur la dimension cosmique dans le Coran et guide pratique. Il plaide notamment pour la création d’une filière bio de la viande halal. Pour sa part, le grand rabbinat de France a décidé de coupler la fête traditionnelle de Tou Bishvat, le nouvel an des arbres, à un rappel de l’importance de la nature dans le judaïsme. De nouveaux projets écologiques à l’initiative des instances juives seront présentés au Mont-Saint-Michel. L’Alliance Inter-Monastères (AIM), chargée de la promotion des relations entre monastères bénédictins dans le monde, a envoyé en 2002 un questionnaire environnemental auprès de 120 monastères français rattachés au réseau «monastic», qui défend le travail artisanal des moines. Une version simplifiée de ce questionnaire a été envoyée en outre à 350 monastères dans le monde. Autre idée: faire des monastères chrétiens des modèles de développement durable. Le WWF conduit une étude visant à comprendre les liens profonds entre spiritualité, modèles d’organisation humaine et gestion des ressources. A noter encore, la création en France, à Madagascar, au Emirats arabe unis et en Sibérie de réserves naturelles par des acteurs spirituels. (apic/jcn/be)



