France: Les catholiques français ont dit un «oui» critique au Traité européen
Une analyse du quotidien «La Croix»
Paris, 2 juin 2005 (Apic) Les catholiques français ont dit un «oui» critique au Traité européen, relève le quotidien catholique «La Croix» à Paris, dans son édition de jeudi 2 juin. Le «oui» l’a emporté dans les régions de culture catholique, à l’exception de celles où la situation sociale est déprimée. Quant à l’institution «Eglise», dans ce pays à forte tradition laïque, elle s’est fait discrète malgré sa sympathie européenne.
La Commission des épiscopats de la Communauté européenne (COMECE) était toutefois clairement en faveur du «oui». Le quotidien catholique relève qu’en France également un vaste effort de pédagogie a été mené dans les diocèses et les mouvements catholiques. Si l’Eglise en tant qu’institution était elle aussi favorable au «oui», les fidèles étaient cependant par contre divisés.
Le Conseil constitutionnel a annoncé mercredi 1er juin les résultats définitifs du référendum sur la ratification du traité constitutionnel européen: le «non» l’a emporté par 54,67% contre 45,33% de «oui».
Le «vote catho» beaucoup moins marqué
L’analyse géographique du scrutin indique clairement que les catholiques, contrairement au Traité de Maastricht (Traité d’union économique, monétaire et politique, adopté le 7 février 1992 par les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne), n’ont pas voté massivement pour l’Europe. «La Croix» remarque que si un «vote catho européen» existe encore, «il est beaucoup moins marqué». Ainsi, une partie des catholiques a basculé dans le camp du «non».
Le journal rappelle que le «réseau chrétien» est sans doute celui qui a le plus fait en matière de pédagogie pour éclairer les enjeux de la nouvelle constitution européenne. Dans les campagnes, le mouvement Chrétiens en monde rural (CMR) a diffusé un petit Guide de la constitution européenne et organisé 25 rencontres locales. Mais quand dans les régions où le réseau tient bon les gens gardent confiance, le mouvement CMR relève que chez les ruraux, les 60 % sont des employés et des ouvriers. «Chez eux, la question du chômage suscite une peur irrationnelle. Or ces personnes-là, l’Eglise ne sait plus comment les rejoindre», affirme Xavier Guiomar, secrétaire général du CMR.
Certes, souligne le quotidien catholique, hormis un texte clairement favorable au «oui» publié par le Conseil d’Eglises chrétiennes en France (CECEF), rares sont les instances religieuses à avoir pris une position officielle. Le secrétaire général du CCFD (Comité catholique contre la faim et pour le développement), Jean-Marie Fardeau, s’est certes prononcé en faveur du Traité, mais à titre personnel.
Le CCFD, durant la campagne, s’est mis en congé du collectif Attac – dont elle fait partie – qui a mené une bataille active pour le «non». Quant au Mouvement des cadres et dirigeants chrétiens (MCC), après débat interne, il n’a pas pris de position officielle, contrairement aux Entrepreneurs et dirigeants chrétiens (EDC), qui étaient favorables. Certains réseaux catholiques ont par contre milité en faveur du «non» et se sont livrés à une campagne active auprès des catholiques, dans certains cas au sortir des messes.
Une délégation représentant la Commission Eglise et société de la Conférence des Eglises d’Europe (CEC) et la Commission des épiscopats de la communauté européenne (COMECE), lors d’une rencontre fin mai avec Jean- Claude Juncker, Premier ministre du Luxembourg et président actuel du Conseil Européen, s’était montrée favorable au Traité constitutionnel.
Avant tout une communauté de valeurs
La délégation a salué à cette occasion la définition des valeurs européennes figurant dans le projet de Traité constitutionnel ainsi que l’inclusion en son sein de la Charte des Droits Fondamentaux qui devraient ainsi permettre à l’Union Européenne de devenir avant tout une communauté de valeurs. La COMECE estimait en mars dernier que le Traité constitutionnel de l’Union européenne représente un progrès significatif. «Tous les chrétiens sont donc invités à prendre leur responsabilité en mettant en pratique le nouveau Traité constitutionnel et en le faisant fonctionner».
En France, le Cecef estimait ainsi ce printemps que le texte proposé apporte des améliorations substantielles aux traités existants. Il offre un plus, en particulier au traité de Nice signé en 2000, en insistant sur «une communauté de valeurs au service de l’homme», «une meilleure prise en compte des droits des citoyens» et «une reconnaissance de la contribution spécifique des Eglises».
La Fédération protestante de France regrette le «non» à l’Europe
Au nom de la Fédération protestante de France, son président, le pasteur Jean-Arnold de Clermont, salue le fait que le débat sur l’Europe a eu lieu en France. «Les Français se sont saisis de cette opportunité pour exprimer leurs espoirs et leurs craintes. Je regrette seulement qu’il ne l’aient pas fait plus tôt; ce qui aurait permis de dissiper certaines de ces craintes».
Ces deux derniers mois, les Eglises protestantes d’Alsace et de Moselle ont organisé plus de vingt débats; elles ont ainsi apporté leur contribution propre. «Peut-être toutes nos Eglises n’ont-elles pas saisi cette occasion?», constate le président de la FPF.
Face à la crise, les politiques sociales en cause
Il constate qu’en Europe et particulièrement en France, la crise sociale est grave. «La politique gouvernementale comme la politique européenne en portent conjointement la responsabilité. Elles ne retrouveront crédibilité qu’en mettant au cour de leur projet l’emploi, la protection sociale, la solidarité. Les chrétiens le savent à travers leurs services d’entraide dépassés par les demandes, les travailleurs sociaux écrasés par le sentiment d’être lâchés».
Le non du référendum est d’abord un appel à un changement radical de politique, estime-t-il. «Fallait-il en faire payer le prix à l’Europe ? Je reste à penser que les avancées démocratiques proposées par le Traité constitutionnel, notamment quant au rôle du Parlement, valaient mieux que la conservation du traité de Nice», poursuit le pasteur Jean-Arnold de Clermont.
Et d’estimer que les Eglises doivent particulièrement s’inquiéter de ce que ce vote, qui exprime une profonde aspiration sociale, puisse être confondu avec celui des souverainistes et de l’extrême droite. Il met en garde contre un vote qui serait fait d’enfermement identitaire, de nationalisme, de protectionnisme, ou de xénophobie, des positions «incompatibles avec le message des Eglises». Pour les Eglises, insiste-t- il, l’Europe doit être comprise comme une espérance, qui se construit non sur la peur de l’autre, différent, mais sur le partage réaliste et la volonté d’avancer ensemble. (apic/com/fpf/cx/be)



