Si la décision est nécessaire pour la solidarité nationale

France: Les évêques ne sont pas opposés à la suppression du lundi de Pentecôte férié

Paris, 12 septembre 2003 (Apic) L’Eglise catholique ne s’acharnera pas à sauvegarder le lundi de Pentecôte férié, si c’est en faveur des personnes âgées. Après Mgr Dubost, le cardinal Lustiger et Mgr Barbarin, c’est Mgr Jean-Pierre Ricard, archevêque de Bordeaux et président de la conférence des évêques de France, qui l’a affirmé hier: «Si cette décision est nécessaire pour la solidarité nationale, nous ne nous déroberons pas.»

Le quotidien «Le Figaro», souligne dans son édition du 12 septembre que le prélat a toutefois émis quelques réserves, soulignant notamment que le lundi de Pentecôte férié permet aux catholiques français de participer à des pèlerinages, des rassemblements diocésains, des sessions de formation.

La veille, l’archevêque de Lyon, Mgr Philippe Barbarin, s’était également déclaré ouvert, dans une interview au Figaro, à la perspective d’abandonner le lundi de Pentecôte férié. Il avait cependant appelé à un consensus entre les différents groupes sociaux du pays, estimant qu’une telle décision ne devait pas seulement revenir à l’Eglise catholique.

Une proposition lancée à la suite de la canicule

La réflexion a été lancée par le gouvernement de Raffarin suite à la canicule qui a sévi cet été, et qui a fait en France près de 13’000 morts parmi les personnes âgées, selon les estimations des pompes funèbres. Les corps de plusieurs centaines d’entre elles ne sont d’ailleurs toujours pas réclamés par les familles.

Afin d’empêcher qu’une telle situation se reproduise, le gouvernement a lancé l’idée de supprimer un jour férié. Les salariés qui travailleraient ce jour là – aujourd’hui chômé et payé – recevraient une rémunération supplémentaire mais les cotisations sociales afférentes seraient versées à un fonds pour les personnes âgées. Les syndicats sont fermement opposés à cette mesure mais selon un sondage de l’Institut CSA, 66% des Français y sont favorables. Dès lors, quel jour choisir ?

Pourquoi pas le 8 mai, date anniversaire de la victoire des Alliés (ndlr en 1945) ainsi que le lundi de Pentecôte, a suggéré Mgr Dubost, évêque d’Evry et ancien évêque aux armées, dans un entretien au quotidien Le Figaro le 28 août. Et de faire valoir que le 8 mai n’est plus guère commémoré et que «le lundi de Pentecôte a perdu sa signification pour la plupart des Français, même pour les chrétiens, qui y voient surtout l’occasion de prolonger le week-end». Quant au cardinal Lustiger, archevêque de Paris, il a déclaré récemment «qu’il n’y a pas d’objection d’ordre théologique ni religieux» à la suppression du lundi de Pentecôte parmi les jours fériés, non sans préciser qu’il était souhaitable que l’Eglise soit préalablement consultée. De fait, les jours fériés du lundi de Pâques et du lundi de Pentecôte ont été fixés par l’Etat, en accord avec l’Eglise, pour permettre à chacun de se reposer des festivités de la veille.

D’accord, si le but n’es pas détourné

Pour sa part, Alfred Mortel, président du Mouvement Chrétien des Retraités (MCR), souligne qu’il n’est pas opposé au principe d’un effort financier supplémentaire, à condition toutefois que l’argent débloqué soit bel et bien utilisé à améliorer la condition de vie des personnes âgées. Et de rappeler que taxe sur la vignette automobile a été initialement créée pour aider au financement des retraites mais que l’usage en a été «détourné» puisque les sommes ainsi collectées sont fondues dans le budget général de l’Etat. Alfred Mortel souligne par ailleurs qu’une solution financière ne saurait suffire. Il rappelle que le MCR (40 ans d’existence, 140’000 membres, 12’000 équipes), dans un communiqué de presse paru le 22 août, appelait les pouvoirs publics à mettre en place une réflexion et une vraie politique de solidarité intergénérationnelle. Et il suggère que, puisque «les personnes âgées souffrent de solitude en été : il faudrait permettre que de jeunes visiteurs, pourquoi pas des chômeurs que l’on rémunérerait pour ce service, suppléent à l’absence des familles pendant les congés. Cela permettrait aux jeunes de découvrir ce que vivent nos anciens». BB/JCN

Encadré:

20% des Français à la retraite

On compte en France 12 millions de retraités, soit un Français sur cinq. On distingue aujourd’hui trois âges du troisième âge: les 60-75 ans, les 75-85 et les plus de 85, eux-mêmes de plus en plus nombreux. C’est dire si la proportion sans cesse croissante des personnes âgées est une donnée sociologique de première importance.

(apic/fig/jcn/bb)

12 septembre 2003 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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