Les évêques catholiques pas rassurés

France: Martine Aubry rouvre le débat sur l’avortement

Paris, 20 juillet 1999 (APIC) Vingt-cinq ans après l’adoption en France de la loi sur l’interruption volontaire de grossesse, Martine Aubry, ministre de l’Emploi et de la Solidarité, annonce un débat public d’un an, qui coïncidera avec une vaste campagne d’information sur la contraception, pour laquelle un budget de 20 millions de francs – 5 millions de francs suisses – a été prévu. Du côté des évêques catholiques, on n’est pas rassuré.

Le gouvernement souhaite que la loi sur l’IVG soit mieux appliquée, et éventuellement modifiée, d’une part pour supprimer l’autorisation parentale requise pour les mineures, d’autre part pour faire passer le délai légal de dix à douze semaines, comme dans tous les autres pays européens, «pour éviter que chaque année 5’000 femmes ayant dépassé le terme légal partent avorter à l’étranger».

«Il existe des situations tragiques. Les pouvoirs publics doivent donc trouver des solutions. Mais il y a des aspects inquiétants dans ce projet», a réagi le Père Stanislas Lalanne, porte-parole de la Conférence des évêques de France. Et d’expliquer: «On entre dans une perspective de banalisation et de normalisation de l’avortement alors que celui-ci reste, objectivement, un acte très grave. N’y a-t-il pas, dès lors, une interprétation abusive de la loi de 1975? Celle-ci considérait l’avortement comme une exception. Or, aujourd’hui, on insiste énormément sur le droit à l’avortement. Mais souvent, pour les gens, le légal est équivalent ou moralement permis. Et cela conduit directement à obscurcir les consciences».

Le Père Lalanne s’étonne par ailleurs de la «déresponsabilisation» des parents dans ce projet. Il est vrai que certaines adolescentes vivent des situations extrêmement difficiles, admet le porte-parole. «Mais, demande-t-il, comment les parents peuvent-ils être absents devant une telle difficulté? Comment considérer, a priori, qu’ils n’ont rien à voir ni à apporter, à ce moment-là? Exit également le couple, le père. On n’en parle pas. Il n’est quasiment pas question de la femme. Or, la sexualité se vit et se réfléchit à deux. Il faut faire appel à la responsabilité du père et sortir de cette philosophie individualiste».

Enfin, le porte-parole des évêques trouve «fort de café» que le recours proposé à la pilule du lendemain soit noyé sous le vocable «contraception d’urgence». «Jusqu’à preuve du contraire, dit-il, la pilule du lendemain est un abortif. Attention encore une fois à la banalisation du langage! Au lieu de limiter la campagne d’information aux seuls contraceptifs, on utiliserait mieux ces 20 millions de francs en travaillant en amont pour sensibiliser à une vision globale du couple et de la famille». (apic/cip/cx/pr)

20 juillet 1999 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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