France: «Menace pour la démocratie» dans les banlieues françaises

Les émeutes inquiètent l’évêque de St-Denis

Paris, 7 novembre 2005 (Apic) Pour l’évêque de Saint-Denis, Mgr Olivier de Berranger, les émeutes qui secouent les banlieues françaises sont «une menace pour la démocratie». Elles révèlent la grave exclusion sociale d’une partie de la jeunesse en France. Quant à l’Union des organisations islamiques de France (UOIF) elle appelle les jeunes musulmans concernés à «calmer leur colère, à méditer et à se conformer à une fatwa» édictée dimanche 6 novembre.

L’évêque de Saint-Denis, interviewé par le quotidien catholique La Croix du 7 novembre, à Paris, appelle à «reconstruire une société plus humaine». Pour lui, les manifestations qui secouent la France depuis fin octobre «qu’elles soient organisées ou spontanées» posent la question de l’exclusion sociale. Il faut donc s’unir pour faire face ensemble» affirme-t-il.

Il ajoute que ces événements reflètent «la vie ordinaire, avec entre autres le chômage persistant de la jeunesse». Il met en cause aussi la crise de l’autorité, la crise morale et spirituelle. «Quelle autorité reconnaît-on en effet à la famille, à l’école, à l’Etat?» se demande-t-il.

Interrogé sur le recours à la répression pour mettre fin aux violences, comme l’a préconisé la déclaration de l’épiscopat, Mgr de Berranger explique «la répression n’est pas la seule réponse possible. «Elle est peut-être inévitable mais elle ne va pas sans une prévention du mal». Que peut faire l’Eglise, demande La Croix à l’évêque? «Pas facile s’exclame-t-il. Il y a un aspect dramatique et une menace pour la démocratie. Il ne faut pas avoir peur des mots: les extrêmistes sont au coin du bois. Nous devons tout faire pour favoriser le dialogue».

Revenir au plein emploi

Dans son éditorial La France des bas-côtés, Bruno Frappat dans la même édition du quotidien La Croix «sent bien que la source des maux est l’impossibilité pratique pour nombre de jeunes, de trouver à employer dans l’économie leurs forces, leurs talents, leurs ardeurs». Mais «on leur a claqué la porte au nez d’avance». Il poursuit «si les petits blancs eux-mêmes se sentent rejetés, que dire des jeunes beurs et blacks». Il voit dans le plein emploi, «avec sa préface, la pleine éducation» la seule clé qui «ouvrirait les portes de l’avenir».

Pour leur part, les 140 évêques de France rassemblés à Lourdes en assemblée plénière jusqu’au 9 novembre, suivent de près la crise française. Beaucoup, d’entre eux, comme Mgr André Vingt-Trois, nouvel archevêque de Paris, insistent sur «l’autoallumage» du phénomène par les images de télévision. Il pense qu’»il ne faut pas tomber dans le piège d’une lecture simplificatrice» style «choc des civilisations».

Quant à Philippe Barbarin, archevêque de Lyon il a mis en avant «l’ignorance religieuse massive constatée chez les jeunes». Il est intervenu pour défendre la «mémoire» dans l’apprentissage, estimant que l’Eglise ne doit pas reproduire l’erreur de trente ans, aujourd’hui reconnue dans l’Education nationale. «Il faut un cadre solide», a-t-il dit.

L’assemblée plénière des évêques de France, planche sur trois dossiers principaux, selon le quotidien La Croix: la catéchèse, la réforme des structures, et le Comité Etudes et projets, lié à ladite réforme. Sur la catéchèse, selon les sources dont a eu connaissance La Croix, les évêques voteraient un texte d’orientations générales qui sera ensuite soumis à Rome. Le dossier réforme des structures aboutira à l’inauguration dans un an de la Maison de la Conférence des évêques de France à Paris.

L’UOF a édicté une fatwa appelant au calme

Quant à l’Union des organisations islamiques de France (UOIF) face aux évènements «graves et répétés» qui secouent plusieurs quartiers, elle appelle les jeunes musulmans concernés à «calmer leur colère, à méditer et à se conformer à la fatwa» édictée dimanche.

Une fatwa qui stipule qu’»il est formellement interdit à tout musulman recherchant la satisfaction et la grâce divine de participer à quelque action qui frappe de façon aveugle des biens privés ou publics ou qui peut attenter à la vie d’autrui», selon un communiqué de l’UOIF. L’organisation condamne les violences «avec la plus grande fermeté» et appelle «avec insistance au retour au calme». Analysant le phénomène, l’UOIF voit qu’il met à nu «le modèle d’intégration français, qui plonge manifestement des dizaines de milliers de jeunes des quartiers difficiles dans le désespoir et la misère». L’UOF appelle la classe politique «à mesurer la gravité de la situation».

Les violences n’épargnent pas les églises puisque à Sète, près de Marseille, dans la nuit de dimanche à lundi 7 novembre deux cocktails molotov ont été lancés contre le presbytère d’une église. Un autre projectile a touché, dans la nuit de samedi à dimanche, une église à Liévin (nord de la France) où un cocktail molotov a éclaté devant la porte de l’église. A Cergy, le 6 novembre, un autre engin explosif a été lancé vendredi sur la synagogue de Garges-lès-Gonesse. Le président du Conseil des communautés juives du Val d’Oise, Moshé Cohen Sabban a souhaité ne pas commenter l’incident davantage, pour ne pas «jeter de l’huile sur le feu en ces périodes de troubles». (apic/lcx/ag/vb)

7 novembre 2005 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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