A cours de capitaux, le Burundi s’enfonce dans la misère
France: Mgr Ntamwana dénonce le non respect des accords financiers internationaux
Paris, 1er février 2002 (APIC) Mgr Simon Ntamwana, président de la Conférence des évêques du Burundi, demande aux médias et à la communauté internationale de ne pas oublier son pays. De passage à Paris, l’archevêque de Gitega a évoqué les accords de paix d’Arusha d’août 2000 et le rôle de l’Eglise dans le processus encore fragile de pacification. L’occasion de rappeler que les accords de financement de Paris et de Genève n’ont pas été suivis d’effet et que le pays s’enfonce dans la misère.
La situation au Burundi aujourd’hui est contrastée, explique Mgr Ntamwana devant un parterre de journalistes au siège des OPM-Coopération missionnaire. L’archevêque de Kigali observe des signes encourageants comme l’alternance démocratique des gouvernements ou la création récente du Sénat. Il estime que le gouvernement du 1er novembre 2001 fait front commun pour ramener la paix et la confiance entre le Burundi et la communauté internationale. Quant à la population, elle est de plus en plus paisible, souligne-t-il. Le prélat évoque même une «nouvelle germination de la convivence».
800 mio de dollars promis lors des accords de Genève
Toutefois le processus de pacification est en butte à de grosses difficultés comme la persistance du conflit entre l’armée nationale et les groupes rebelles hutus et tutsis, qui refusent d’adhérer aux accords de paix d’Arusha. L’application de ces accords devait être financée par des bailleurs de fonds réunis lors d’une conférence internationale à Paris. Ils s’étaient accordés sur un montant de 440 millions de dollars. Somme portée, lors d’une deuxième réunion à Genève, à 800 millions de dollars. Or, pour l’heure, ces accords ne sont toujours pas suivis d’effet. A cours de capitaux nouveaux, le Burundi s’enfonce dans la misère. Celle-ci affaiblit encore plus les victimes de la guerre: veuves et orphelins.
La paupérisation du pays est aggravée par l’épidémie de Sida. On compte jusqu’à 18% de séropositifs dans les grandes villes comme Gitega, Bujumbura ou Ngozi, et 7% dans les campagnes. Le problème est tel que le gouvernement de transition vient de créer un ministère spécialement affecté à la lutte contre le sida. L’Eglise n’est pas absente: en 1999, elle a organisé une conférence nationale sur ce sujet. Et dans les diocèses sont menées de nombreuses actions de prévention et d’accompagnement des malades. Troisième difficulté de taille : l’instabilité dans la région des grands lacs. «La paix burundaise ne peut se faire isolément», fait valoir Mgr Ntamwana.
Appel auprès des politiques pour faire baisser les armes
Face à toutes ces difficultés, les Eglises chrétiennes se mobilisent. Mgr Simon Ntamwana rappelle les nombreux appels à la paix que l’Eglise catholique a lancés dans ce pays qui compte près de 65% de catholiques et 15% de protestants, contre moins de 10% d’animistes et 2 à 9% de musulmans. L’appel du 26 juillet 1995 fut carrément boycotté par les médias tant le refus du clivage ethnique et de la logique de violence exprimé par les évêques allaient alors à contre-courant. L’archevêque de Gitega évoque «le pèlerinage inlassable des responsables d’Eglise auprès des hommes politiques» pour les convaincre de baisser les armes. «Sans l’unité des pasteurs, des évêques particulièrement, les fidèles n’auraient pas reçu notre message de paix. Les jeunes sont spécialement intéressés par la possibilité de la réconciliation et du pardon», se félicite-t-il. L’Eglise du Burundi est-elle une Eglise martyre? «Le terme n’est pas abusif car nombre de ses membres ont perdu la vie. Vingt prêtres ont été assassinés en l’espace de huit ans, dont l’ancien archevêque de Gitega, Mgr Joachim Ruhuna, tué le 9 septembre 1996», répond Mgr Ntamwana.
L’archevêque de Gitega a salué en début de rencontre les liens anciens qui unissent l’Eglise de France – à travers les diocèses de Nancy, Soissons, Aire et Dax, Tulle ou Paris – et celle du Burundi. Le cardinal Lustiger, archevêque de Paris, s’est déplacé lui-même à plusieurs reprises à Bujumbura. (apic/jcn/bb)




