Vers des tensions durables entre musulmans et juifs?
France. Montée de l’intolérance en marge du conflit israélo-palestinien
Par Jean-Claude Noyé, pour l’APIC
Paris, 20 octobre 2000 (APIC) Pour lutter contre les violences entre les communautés musulmane et juive en France, il faut s’attaquer à la racine du mal: la misère et le désœuvrement des jeunes des banlieues, estime Meskine Dhaou, imam de la mosquée de Clichy-sous-Bois et secrétaire des imams de France. Le grand rabbin de Paris, David Messas, pour sa part, voit mal la communauté juive céder à la tentation de la violence.
Le conflit israélo-palestinien est-il en passe de créer des tensions durables entre les
communautés musulmane et juive de France, après la mise à sac ou à feu de près d’une vingtaine de synagogues. Pour répondre à cette question, l’Association des journalistes de l’information religieuse (AJIR) a rencontré jeudi 26 octobre le grand rabbin de Paris, David Messas et Meskine Dhaou, imam de la mosquée de Clichy-sous-Bois et secrétaire général des imams de France. L’un et l’autre se sont associés à des appels interreligieux pour la paix, au niveau national et local Arrivé en compagnie d’un garde du corps et de deux de ses fils, le grand rabbin de Paris David Messas prend précise qu’il faut remonter à plusieurs décennies pour constater une telle ampleur des violences antijuives (1).
«J’ai fait récemment le tour des synagogues de Paris et de la région parisienne pour appeler les esprits au calme et expliquer que tous, juifs et musulmans, nous sommes des fils d’Abraham. Il y a une manipulation, mais elle n’est que sporadique. Je vois mal comment notre communauté‹ pourrait céder à la tentation de la violence. Il n’y a pas lieu d’importer en France les problèmes du Moyen-Orient. Nous ne devons nous garder d’aborder cette question de façon émotionnelle», avertit-il.
On ne peut s’annexer Dieu
L’imam Meskine Dhaou de son côté a dit tout faire, pendant ses prêches de la grande prière du vendredi, pour calmer le jeu et faire valoir que «toute violence qui cherche à annexer Dieu est inacceptable», comme le disait l’appel à la paix lancé le 13 octobre dans le département de la Seine-Saint-Denis. L’imam de Clichy-sous-Bois invoque la liberté religieuse qui a toujours prévalu en terre d’islam où les gens du livre, juifs et chrétiens, bénéficiaient autrefois du statut particulier de «Dhimmis». Les synagogues sont-elles attaquées par des musulmans? «Ce n’est pas sûr. Si c’est le cas, ce sont alors des jeunes délinquants des banlieues qui ne sont pas encadrés par l’une ou l’autre mosquée», estime Meskine Dhaou. «Nous avons fait valoir auprès du ministre de l’intérieur que pour lutter contre les violences, il fallait s’attaquer à la misère et au désœuvrement des banlieues, dans une perspective à long terme», souligne pour sa part le grand rabbin de Paris.
Manipulation médiatique dénoncée
David Messas dénonce avec véhémence la manipulation médiatique, «qui a jette de l’huile sur le feu» et donne‹ une image trop défavorable d’Israël «assiégée‹ de toutes parts». Le grand rabbin estime que certaines photos n’auraient jamais du être publiées, comme celle de l’enfant palestinien, tué dans les bras de son père et celle du palestinien brandissant à la fenêtre du commissariat de Ramallah ses mains tâchées du sang de soldats juifs. Meskine Dhaou n’est pas non plus, satisfait de la couverture médiatique de ce conflit: mais pour des raisons contraires: «La situation difficile des palestiniens, estime-t-il, n’as pas été assez clairement expliquée. (apic/jcn/mjp)



