Lentement, mais sûrement

France: Ouverture de la FPF en direction des mouvements pentecôtistes et adventiste

Paris, 30 octobre 2001 (APIC) Instance officielle du protestantisme, la Fédération protestante de France (FPF) pourrait prochainement s’ouvrir à de nouvelles Eglises issues des mouvements pentecôtistes et adventiste. Après plusieurs années de dialogue qui s’intensifie actuellement sur le terrain, la décision sera officiellement prise au cours d’une assemblée générale extraordinaire de la FPF, prévue en novembre 2003. Le point, à mi-parcours sur le dialogue entre les différentes parties en présence.

L’un des principaux mouvements pentecôtistes en France, les Assemblées de Dieu (ADD) ont noué le dialogue avec la FPF depuis septembre 1990. D’abord officieuses, les discussions ont été officialisées, lors de la convention nationale des ADD, en juin 1995. De son côté, l’Eglise adventiste du septième jour a entamé, en 1996, des négociations avec la principale instance représentative du protestantisme français. Dès l’ouverture du dialogue, les adventistes ont déposé une demande officielle d’adhésion à la FPF.

Au sein des ADD, l’affaire est plus compliquée. La question de l’adhésion à la FPF est très discutée en interne et provoque l’hostilité d’une frange non négligeable de pasteurs et de fidèles. «Pour le moment, nous tentons de trouver une formule pour éviter une scission», précise, à l’Agence œcuménique ENI Michel Forey, président de la Fédération nationale des Eglises et oeuvres des Assemblées de Dieu de France (FNADF).

Jusqu’à présent, aucune demande officielle d’adhésion n’a été formulée par les ADD. En mars 2000 lors de son assemblée générale, la FPF a décidé de fixer un calendrier et prévu la date-butoir de 2003. «Rien n’empêche toutefois que le dialogue se poursuive au delà de cette date», a tenu à préciser le pasteur Jean-Arnold de Clermont, président de la FPF, lors d’une journée de dialogue, le 25 octobre.

Au début des dialogues, une série de rencontres ont permis d’examiner les questions théologiques. «Il n’y a pas théologiquement d’obstacles à l’arrivée des ADD au sein de la FPF», souligne pour sa part le pasteur réformé Serge Oberkampf, l’une des chevilles ouvrières des discussions avec les pentecôtistes.

Œcuménisme: pomme de discorde?

Toutefois, l’oecuménisme pourrait constituer une pomme de discorde, tant du coté pentecôtiste qu’adventiste. «Il faut bien comprendre ce que représente la FPF. Elle n’est pas une Eglise mais une plate-forme qui rassemble des unions, des fédérations et des institutions d’Eglises issues du protestantisme. Certaines de ces Eglises sont parties prenantes du COE (Conseil oecuménique des Eglises), d’autres y sont hostiles. Le fait d’appartenir à la FPF ne rend pas systématiquement membres, les Eglises réticentes à l’institution oecuménique. L’Eglise adventiste se situe dans le courant hostile à l’illusion oecuménique», souligne Jean-Paul Barquon, secrétaire général de l’Union franco-belge des fédérations adventistes, dans une interview diffusée sur le site Internet de la FPF.

L’autre point important de divergence touche aux questions de société, en particulier l’avortement et l’homosexualité. pentecôtistes et adventistes affirment leurs réticences face à des prises de position de la FPF, jugées trop libérales.

Après les rencontres «au sommet», les instances dirigeantes ont décidé, l’année dernière, de privilégier le «dialogue sur le terrain». «Le principal problème, ce sont les paroissiens. Beaucoup sont intellectuellement intéressés par le dialogue avec d’autres courants du protestantisme. Mais cela ne va pas plus loin», remarque encore Serge Oberkampf. Dans les régions, le bilan est, de fait, un peu contrasté.

Equilibres chahutés

L’adhésion à la FPF des ADD et de l’Eglise adventiste du septième jour devrait faire bouger le centre de gravité théologique et éthique du protestantisme français. Pour le moment, le courant luthéro-réformé demeure majoritaire au sein de la FPF. Toutefois, l’importance démographique des ADD devrait chahuter ces équilibres traditionnels.

Fortes de leurs 350 paroisses et 713 lieux de culte, les ADD comptent environ 40’000 «fidèles» baptisés. Initiée dans la ville normande du Havre, l’implantation des ADD remonte aux années trente. En revanche, les adventistes, installés dès 1876, ont une présence plus confidentielle en France. «Nous comptons douze mille membres», précise, à Jean-Paul Barquon. (Par comparaison, l’Eglise réformée de France (ERF) compte 350’000 membres, l’Eglise de la Confession d’Augsbourg d’Alsace et de Lorraine (ECAAL), 218’000 membres, l’Eglise évangélique luthérienne de France (EELF), 40’000 membres, et l’Eglise réformée d’Alsace et de Lorraine (ERAAL), 33’000 membres).

Moins solidement implantées que les Assemblées de Dieu, quelques petites Eglises pentecôtistes ont, par ailleurs, noué elles aussi un dialogue depuis 1998 avec la FPF dans un souci de clarification. En France, le débat sur les sectes est, en effet, très virulent et a donné lieu à plusieurs rapports parlementaires. Une loi anti-sectes a été adoptée par l’Assemblée nationale en mai dernier. Dans une lettre commune au Premier ministre Lionel Jospin, le pasteur Jean-Arnold de Clermont et le cardinal Louis-Marie Billé, président de la Conférence des évêques catholiques, avaient fait part de leurs inquiétudes à propos de cette nouvelle législation. (apic/eni/pr)

30 octobre 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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