Les musulmans n’ont toujours pas d’organe représentatif
France: Ouverture du ramadan pour 4 millions de musulmans
Paris, 2 décembre 1999 (APIC) Le 9 décembre devrait être la date du début du ramadan. En France, où l’islam est la deuxième religion, le jeûne observé pendant tout le mois lunaire concerne près de 4 millions de fidèles. La communauté musulmane de France est la première d’Europe. A la différence de son homologue belge, elle n’a toujours pas réglé la question de sa représentation auprès des pouvoirs publics.
Comme un refrain un peu lassant, la question de la non-représentativité de la communauté musulmane de France est régulièrement reprise. Depuis plus de dix ans, chaque ministre de l’Intérieur, et chaque ministre des Cultes, y va de son projet. Le Conseil représentatif de l’islam de France (CORIF), de Pierre Joxe, créé en 1990, n’a duré que quelques mois. Moins heureux, le choix de Charles Pasqua de tout miser sur la grande Mosquée de Paris, en 1993. Aujourd’hui c’est Jean-Pierre Chevènement qui s’y essaye. Récemment, il a invité les responsables de mosquées et d’associations musulmanes à parapher une déclaration d’intention relative aux droits et obligations des fidèles du culte musulman.
Avec les signataires, il travaillerait dans un deuxième temps à la création d’une organisation centrale représentative de l’islam de France. Le ministère de l’Intérieur aurait consulté six grandes mosquées, cinq fédérations de musulmans, et plusieurs personnalités musulmanes influentes. Interrogé à ce sujet, le Père Michel Serain, du Secrétariat pour les relations avec l’islam (SRI), un service de la Conférence des évêques de France, reste dubitatif : «A dire vrai, on ne fait plus très attention à ce genre de projets car on en vus beaucoup qui n’ont pas abouti «. Et d’expliquer le refus de nombre de musulmans par le fait que les choses viennent d’en haut. Ils estiment qu’il faut du temps pour mûrir à la base un projet viable.
C’est aussi l’avis de Gwenolé Jeusset, actuel responsable du SRI, qui estime qu’il faudra 20 à 30 ans pour que les choses se décantent et que ce n’est déjà pas si mal que les jeunes musulmans ne se définissent plus par leur pays d’origine mais comme musulmans de France. Un certain nombre de recherches menées par des musulmans viseraient justement à faire surgir des propositions de représentativité.
La question de la formation
Autre serpent de mer, la création d’un centre de formation à l’islam. Des projets de formation des cadres religieux et des projets de formation universitaire ont été évoqués. Le ministre de l’Intérieur avait promis l’ouverture en octobre d’un centre d’études supérieures sur l’islam, à l’initiative de l’Education nationale. Las, celui-ci n’a pas donné son aval. Ce projet, qui a suscité beaucoup de controverses, n’est pas abandonné mais sa réalisation reste sujette à caution…
De leur côté, les évêques de France, après s’être penchés sur l’islam lors de leur assemblée plénière de 1998, ont invité les chrétiens à tendre la main aux musulmans, en ne tombant pas dans l’irénisme mais en sachant dépasser les images fantasmées. Images entretenues par une agissante minorité d’extrémistes sur lesquels les médias font régulièrement la une. Des prélats maladroits ne facilitent pas le cours des choses. Ainsi les propos du cardinal Paul Poupard, soulignant dans le quotidien «Le Figaro» que «l’Islam pose à l’Occident un redoutable défi», ont suscité la colère et la peine de beaucoup de responsables musulmans, parmi lesquels le recteur de la Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur. Dans une interview donnée au même quotidien (7/10/1999), il estimait que le prélat ” accable sans charité ses frères en Dieu avec les archétypes de l’islamophobie «. (apic/jcn/mp)



