Les blessures restent vives à Evreux

France: Quatre ans après la révocation de Mgr Gaillot

Paris, 11 mai 1999 (APIC) Que devient Mgr Gaillot, l’ancien évêque d’Evreux révoqué en 1995 par le Vatican? Le journal «La Croix» donne de ses nouvelles: Jacques Gaillot est évêque «on line» et, tandis que les rangs de ses premiers supporters se sont éclaircis, il reste fidèle à sa ligne prioritaire, en se voulant avant tout l’évêque de exclus. Mais dans le diocèse d’Evreux, les blessures provoquées par son départ restent vives.

Le 13 janvier 1995, Mgr Jacques Gaillot, 59 ans, évêque d’Evreux depuis 1982, est révoqué par le Vatican et transféré «sur le siège titulaire (symbolique) de Partenia», un territoire d’Afrique du Nord (aujourd’hui en Algérie). Motif: Mgr Gaillot n’aurait «jamais tenu compte des conseils et des observations concernant sa manière d’accomplir le ministère épiscopal en communion doctrinale et pastorale avec l’Eglise» et ne se serait «pas révélé apte à l’exercice du ministère d’unité». Le coup de tonnerre va susciter des remous en France et bien au-delà.

Un an plus tard, le 13 janvier 1996, «l’enfant terrible de l’épiscopat français» devient l’évêque d’un diocèse sans frontières en ouvrant sur le web un site en sept langues. Chaque mois, ils sont 9’500 internautes à visiter le site Partenia (1), faisant de ce diocèse «virtuel» une juridiction «one line». Le nombre des visiteurs du site a augmenté de 22’000 en 1998 pour atteindre 144’000 sur l’année. Toujours en 1998, 2’500 messages personnels ont été adressés à Mgr Gaillot et 1’500 autres au gestionnaire du site.

Sur le web, une pastorale d’un genre inédit

Trois ans plus tard, explique Claire Lesegretain, qui fait le point pour «La Croix», le site reste techniquement performant, mais son contenu «semble s’essouffler un peu», à cause d’»une certaine répétitivité». «Jacques Gaillot tient beaucoup à son site web car c’est sa seule vitrine, mais il s’en occupe très peu», explique le Père Jean-Pierre Bagot, qui a participé au lancement du site. Depuis décembre dernier, la religieuse anglophone qui épluchait bénévolement ce courrier – des centaines de messages continuent d’affluer du fin fond du Canada ou d’Australie – a pris ses distances: «Jacques voulait que je réponse à sa place, j’ai refusé», confie-t-elle.

Pour faire du site «Partenia» l’outil d’une «véritable pastorale d’un genre inédit», le P. Bagot, qui est aussi traducteur de Drewermann en France, l’avait appuyé sur un sérieux travail théologique: tous les mois, une petite équipe (dont le P. Bagot n’est plus) se réunit autour de Mgr Gaillot pour rédiger des articles du «catéchisme électronique». «Il n’est pas rare que notre texte initial soit complètement transformé», sourit le P. Jean-Marie Glé, un théologien jésuite qui enseigne au Centre Sèvres à Paris. Lequel «a constaté lui aussi qu’il n’était pas facile de travailler avec cet homme réfractaire à tout fonctionnement institutionnel», un homme dont le registre «est prophétique, rarement sapientiel, encore moins royal», résume le jésuite.

Les exclus en première ligne

Le P. Glé reste pourtant proche, «pour éviter que Jacques ne se retrouve trop isolé». D’autres se sont vu écarter ou sont partis. Sur les neuf fondateurs de «Partenia 2000», il ne reste que l’historien Pierre Pierrard. Pour ces «anciens», Mgr Gaillot est tour à tout un «attentiste ne sachant pas provoquer les événements», un «naïf privilégiant l’affectivité au détriment du raisonnement». En fait, l’évêque de «Partenia» ne veut pas «se laisser détourner de sa ligne prioritaire, à savoir les sans-travail, les sans-droits, les sans-papiers et tous ceux que la société rejette».

C’est en effet auprès des associations Droit Devant et Droit au logement (dont il est le président d’honneur), aux côtés des professeurs Albert Jacquard et de Léon Schwartzenberg, que Jacques Gaillot a établi sa base. On le trouvera à la plupart des occupations d’immeubles. C’est avec les sans-papiers qu’il a célébré sa dernière messe de Noël, et le dernier Vendredi Saint l’a trouvé avec deux leaders de l’extrême gauche, Alain Krivine et Arlette Laguiller.

Aux yeux de Claire Lesegretain, «c’est sans doute là que réside la principale ambiguïté de Mgr Gaillot depuis quatre ans: il se veut tout entier consacré à la cause «de ceux et de celles qui sont marginalisés, oubliés, niés» qui n’ont généralement aucun lien avec l’Eglise, alors que l’essentiel de ses soutiens humains et financiers sont issus des milieux chrétiens, et plus précisément des chrétiens «progressistes» qui attendent de lui un soutien pour réformer l’Eglise».

Etre évêque autrement

Ainsi, quelque 150 groupes indépendants «Partenia 2000», d’une trentaine de membres chacun, réclament «la réhabilitation morale et explicite» de celui qui «ose aller au-dehors pour renouveler le dedans de l’Eglise», comme dit le responsable d’un groupe de l’Eure. Chaque année, Evreux sans frontières (ESF) commémore la destitution sur le parvis de la cathédrale; en décembre dernier, quatre torches y ont été allumées, «symboles des quatre années écoulées depuis qu’il n’est plus ici». En février, quatorze de ces collectifs ESF et d’autres groupes se sont déférés sous le nom des «Réseaux du Parvis», et une revue du même nom a été lancée. Pour ces chrétiens «des parvis», Jacques Gaillot continue d’»éclairer des chemins de liberté» et reste «la figure emblématique d’un dysfonctionnement ecclésial».

C’est à cause de cette grande attente de certains chrétiens et pour lui éviter un isolement préjudiciable que l’épiscopat français a proposé à Mgr Gaillot trois possibilités de responsabilités pastorales (la prison de Fresnes, un hôpital psychiatrique et un centre hospitalier). Les évêques regrettent qu’il les ait toutes déclinées, car tant qu’il n’a pas de mission, il ne pourra être invité à l’assemblée plénière de Lourdes, précise-t-on au secrétariat de l’épiscopat. Or, «dans l’Eglise, une mission se reçoit. C’est, selon «La Croix», le message qu’essaient en vain de lui faire passer les évêques.

Mgr Gaillot n’en reste pas moins salarié par la Conférence épiscopale, note Claire Lesegretain, qui précise que l’évêque de «Partenia» n’a pas souhaité faire de déclaration à «La Croix». Depuis un an, il loge chez les Spiritain à Paris, où résida également Mgr Lefebvre à l’époque où il était supérieur général des Spiritains.. Ce qui fait écrire à Pierre Pierrard, dans la dernière «Lettre de Partenia»: «Jacques Gaillot ne veut pas être un Lefebvre de gauche. Il reste fidèle à sa vocation, qui n’était peut-être pas d’être à la tête d’une circonscription ecclésiastique mais d’être évêque autrement».

Dans le diocèse d’Evreux, écrit Claire Lesegretain, les blessures restent vives. Les chrétiens les plus engagés dans le domaine social «sont partis sur la pointe des pieds», explique Jean Vivien, vicaire épiscopal et accompagnateur du «Carrefour rural», une structure, votée comme d’autres à la suite du Synode de 1991, qui «porte la marque de l’énorme travail réalisé par Jacques Gaillot», écrit «La Croix».

«En ce qui concerne la formation des laïcs et la solidarité avec les exclus, Evreux est un diocèse exemplaire», souligne de son côté le jésuite Luc Pareydt, ancien collaborateur de Mgr Gaillot, rappelé il y a un an par Mgr Jacques David. «En amenant les laïcs à s’organiser en équipes animatrices, Mgr Gaillot nous a donné une longueur d’avance», estime Joseph Pouhinec, un coordinateur de secteur qui est resté proche de son ancien évêque et qui ne comprend toujours pas «comment cette destitution a été décidée sans collégialité». «La Croix» donne encore la parole à Marie-Jo Gillet, appelée en 1988 pour la catéchèse des enfants handicapés et qui est chargée aujourd’hui du catéchuménat. «Tentée d’arrêter ses engagements d’Eglise», elle a continué, grâce à «la ligne profondément évangélique» de Mgr David, mais elle espère que soit posé à l’occasion du Jubilé «un geste signifiant de paix».

Certains à Evreux aimeraient que Mgr Gaillot soit des leurs lors du grand rassemblement «Eure du coeur» qui aura lieu à la Pentecôte 2000. Mgr Jacques David, qui rend hommage» à l’esprit fraternel et à la délicatesse» dont Jacques Gaillot a toujours fait preuve à son égard, porte «le souci quotidien» d’un tel geste de paix auquel il ne lui appartient pas de répondre seul, note encore «La Croix»

(1)Adresse : http// :www.partenia.fr

Serbie: Prêtres considérés comme «réservistes»

Ils peuvent être appelés à tout moment

Rome, 11 mai 1999 (APIC) Les prêtres et les religieux possédant un passeport serbe peuvent être enrôlés à tout moment dans l’armée serbe. Ils sont considérés comme «réservistes» par le gouvernement de Belgrade: ceux qui sortent du territoire de la Fédération Yougoslave seront des déserteurs. Ils ne peuvent même plus obtenir d’autorisation temporaire pour assister à des réunions pour organiser l’aide humanitaire pour les victimes de la guerre.

Selon le quotidien catholique italien «Avvenire», l’absence de la délégation de Belgrade au sommet de Caritas International à Zagreb était due à ces mesures. «J’ai demandé l’autorisation de me rendre à Belgrade, pour quelques jours seulement», raconte le Père Antun Pecar, directeur de la Caritas serbe. «Ils ne m’ont même pas donné de réponse. Les prêtres et les religieux peuvent être enrôlés jusqu’à l’âge de 60 ans, même s’ils ne sont pas de nationalité serbe. Il suffit qu’ils aient un passeport yougoslave».

Sur 200 prêtres et religieux, seul l’archevêque de Belgrade a été autorisé à quitter le territoire. L’évêque auxiliaire de Djakovo, dans le sud de la Croatie, Mgr Gasparovic, qui a un passeport yougoslave car son diocèse pénètre en Serbie et arrive jusqu’à l’aéroport de Belgrade, est soumis aux mêmes restrictions. A Pâques, il lui a fallu négocier longuement pour pouvoir rentrer à Djakovo. (apic/zenit/pr)

11 mai 1999 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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