Ne pas réagir à la violence par des sentiments de haine
France: Une cérémonie a rassemblé les représentants des diverses confessions à Paris
Paris, 14 septembre 2001 (APIC) Des dirigeants des confessions catholique, protestante, orthodoxe, juive et musulmane de France se sont rassemblés pour une cérémonie, le 13 septembre à Paris, à la mémoire des victimes des attentats aux Etats-Unis. Ils ont appelé à ne pas réagir à la violence par des sentiments de haine.
Le président Jacques Chirac, le premier ministre Lionel Jospin, une bonne partie du gouvernement, des dirigeants de l’opposition et des parlementaires, ainsi que l’ambassadeur des Etats-Unis en France, Howard Leach, ont assisté à la cérémonie oecuménique célébrée jeudi soir en l’église américaine de Paris. «Etre ici côte à côte, unis dans ce temps de recueillement (…) c’est vouloir résister de toute notre énergie contre la haine et la peur qui peuvent nous étreindre», a dit le pasteur Jean-Arnold de Clermont, président de la Fédération protestante de France, à l’initiative de cette cérémonie.
Rejet de toute diabolisation
«Nous voulons, avec le peuple américain, avec les dirigeants politiques de ce monde, garder raison, savoir envisager l’avenir avec lucidité et un sens aigu de nos responsabilités», a-t-il ajouté. «Refusant toute diabolisation, tout manichéisme, nous voulons réaffirmer, au-delà de l’horreur que nous inspirent ces actes, le principe d’humanité qui nous unit.»
Au-delà de l’hommage aux victimes, la volonté des dirigeants religieux présents était également d’éviter que la communauté musulmane soit «diabolisée» et victime d’un amalgame avec le terrorisme, avait précisé le pasteur avant la cérémonie. Chaque dirigeant religieux a pris la parole quelques minutes dans une atmosphère recueillie, ponctuée de chants entonnés par deux chorales et les polyphonies corses I Muvrini.
«Nous sommes venus dire non à la haine, non à la violence et non à l’utilisation du nom de Dieu pour monter les communautés les unes contre les autres», a ainsi déclaré Larry Kalajainen, pasteur de l’Eglise américaine de Paris. «Nous sommes venus dire oui à la réconciliation.»
Les terroristes «sortiront vaincus»
Les terroristes «sortiront vaincus», a pour sa part déclaré le Grand Rabbin Joseph Sitruk, pour qui «assassiner au nom de Dieu, c’est tuer deux fois – c’est tuer son semblable et c’est tuer son créateur».
Le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, a déclaré que la communauté musulmane «dans son ensemble» s’associait au deuil des familles des victimes des attentats de mardi et a lu une sourate du Coran. «Seigneur (…) éloigne de nous la haine et la violence», a-t-il déclaré. «Accorde nous la paix, soyons tous frères dans la paix (…) Quiconque tue une vie innocente, c’est comme s’il avait tué toute l’humanité.»
Le cardinal-archevêque de Paris, Mgr Jean-Marie Lustiger, a lu les Béatitudes – «Heureux les doux, ils obtiendront la terre promise …» – et estimé que les «catastrophes viennent du coeur des hommes». «Fasse Dieu que ce geste de guerre, que ce geste de haine, ne suscite pas une haine contraire et une guerre plus cruelle encore», a-t-il ajouté en faisant allusion aux attentats de mardi.
Le père Michel Evdokimov, représentant de l’Assemblée des évêques orthodoxes de France, a enfin plaidé pour un «refus absolu» des «forces de haine et de division».
Une douzaine de ministres et secrétaires d’Etat étaient présents, dont Laurent Fabius, Elisabeth Guigou, Daniel Vaillant, Bernard Kouchner, Yves Cochet, Michel Sapin et Claude Bartolone. Des personnalités de l’opposition, dont l’ancien président Valéry Giscard d’Estaing, l’ancien Premier ministre Edouard Balladur, le président du Sénat, Christian Poncelet, et la présidente du RPR, Michèle Alliot-Marie, avaient également pris place dans l’église. (apic/ag/bb)



