Les premières émissions avant Noël
France: Une chaîne de télévision catholique sur le câble parisien
Paris 1er octobre 1999 (APIC) L’archidiocèse de Paris a décidé de lancer son propre projet de télévision par câble. La nouvelle chaîne catholique, provisoirement baptisée «Kto», diffusera ses émissions sur le câble parisien au plus tôt dès la deuxième quinzaine de novembre, au plus tard à Noël. Un projet ambitieux, mais qui fait grincer des dents notamment du côté des responsables catholiques au sein de la télévision de service public. Du côté de l’archevêché on se défend de toute idée de concurrence.
Les programmes de «Kto» seront diffusés en boucle de 10 heures du matin à minuit. Au menu : culte, prières, voyages du pape, vie du diocèse et de l’Eglise de France. La chaîne bénéficiera aussi d’un coup de pouce de l’épiscopat italien qui a accepté de fournir gratuitement les programmes de sa télévision. Mais ce projet ne fait pas l’unanimité.
Le budget de «Kto» sera de 10 millions de francs la première année. «Cette télévision ne vivra qu’avec la mobilisation de tous. Ce sont les dons, même les plus modestes, qui permettront sa création et son fonctionnement», explique dans le journal du diocèse Mgr Jean-Michel Di Falco, évêque auxiliaire de Paris chargé de la communication. Le feu vert à ce projet a été donné parce que l’étude de faisabilité demandée par le cardinal Lustiger a débouché sur des conclusions positives. D’une part parce que les progrès technologiques ont réduit les coûts, d’autre part grâce à la proposition des évêques italiens de cession de leurs programmes.
Le public ? Mgr Di Falco avance le chiffre de un million de téléspectateurs potentiels, sachant que les abonnés au câble sont 340’000 à Paris. D’ores et déjà les dons, les encouragements et les candidatures de journalistes affluent. Mgr Di Falco s’en félicite car, dit-il, «Les cathédrales des temps modernes sont médiatiques». Au souci de proposer au plus grand nombre un regard chrétien sur l’actualité, s’ajoute celui de se positionner avant des concurrents indépendants, pour ne pas dire incontrôlables, notamment du côté des évangéliques.
Opposition du côté du service public
Tout ne semble cependant pas aussi rose. Hervé Jegou, responsable dominicain de l’émission «le Jour du Seigneur», produite par le Comité français de radio-télévision (CFRT) sur la chaîne publique France 2, craint que cette concurrence ne soit fatale à cette émission qui occupe un créneau horaire fortement concurrencé et dont le cahier des charges est déjà remis en question. «Si une chaîne catholique voyait le jour, ce serait un argument en or pour ceux qui veulent nous éjecter du service public», déclarait-il récemment dans «Le Monde».
La création de «Kto» donne par ailleurs du grain à moudre à ceux qui reprochent au cardinal Lustiger sa trop grande autonomie. Marie-Jo Hazard, dans un article sur «La stratégie pastorale du cardinal Lustiger ” dans la revue dominicaine «Echanges», explique : «Le cardinal a voulu «son» lieu de préformation et de discernement des prêtres, la maison St Augustin.[…] Il a maintenant une télévision diocésaine comme il a Radio Notre Dame; par contraste le réseau Radio Chrétiennes en France (RCF, anciennement Radio Fourvière) est un projet collégial porté par la Conférence épiscopale. […] Tout cela répond à une stratégie de visibilité affirmée de l’Eglise. Ce n’est pas pour rien que nombre de prêtres et séminaristes de Paris portent le col romain. Cette stratégie de la visibilité d’une Eglise «proclamante» n’est pas du goût de ceux qui souhaitent une Eglise discrète, une Eglise du témoignage, une Eglise qui s’investit dans la pâte humaine et sociale. Ce sont en fait deux sensibilités ecclésiales bien différentes».
A contrario, on fait valoir dans l’entourage du cardinal que celui-ci a pris soin de consulter ses collègues et que «Kto» est diffusée sur le câble parisien précisément pour ne pas mordre sur le territoire des autres évêques. (apic/jcn/mp)



