26’000 spectateurs attendus pour une centaine de films du Sud
Fribourg: 23e édition du Festival International de Films de Fribourg (FIFF)
Jacques Berset, Apic
Fribourg, 3 mars 2009 (Apic) Le Festival international de films de Fribourg (FIFF), pour sa 23e édition, fera découvrir cette année au public des tendances nouvelles et des films peu ordinaires de pays lointains, a expliqué mardi 3 mars le Français Edouard Waintrop, depuis l’an dernier nouveau directeur artistique du FIFF. Et de mentionner en premier lieu des découvertes venant de l’Inde, du Brésil et du Pérou.
Abondant dans ce sens, l’ancienne conseillère d’Etat fribourgeoise Ruth Lüthi, présidente du FIFF, a relevé que si le Festival de films de Fribourg reste fidèle à ses objectifs qui sont de donner à voir les richesses culturelles des continents du Sud (*), il permet toutefois innovations et découvertes. En effet, durant ces huit jours, ce ne sont pas moins de huitante longs métrages et seize courts métrages – pour la plupart jamais encore projetés en Suisse et pour certains jamais vus en Europe – qui seront montrés au public.
Le FIFF ouvre cette année ses portes dès l’après-midi du samedi 14 mars, pour les fermer 8 jours plus tard, le samedi 21 mars. Malgré la récession économique qui pointe le bout de son nez et qui ne permet pas trop d’élargir le cercle habituel des sponsors, la directrice administrative Franziska Burkhardt espère tout de même que cette édition marquera une légère progression du public. En 2008, le FIFF a connu une affluence de 25’500 personnes dans les salles de cinéma et 2’400 pour les rencontres hors projections.
L’an dernier, la direction du Festival se donnait pour objectif de trouver de nouveaux sponsors dans le privé, mais la conjoncture n’est pas favorable avec la crise qui commence à affecter l’économie suisse. Et certains parrains qui soutiennent de tels projets au niveau suisse ont encore du mal à voir dans le FIFF un événement «suisse», malgré les efforts faits depuis plusieurs années pour se faire connaître outre-Sarine.
Le budget 2009 reste stable
Le budget 2009 – qui se monte à 1,7 million de francs – reste stable par rapport à l’année dernière. Les subventions de la Confédération n’ont pas été revues à la baisse, a tenu à rassurer Ruth Lüthi, car ce qui a été diminué du côté de l’Office fédéral de la Culture (OFC) a été compensé par un soutien accru de la Direction du Développement et de la Coopération (DDC).
La venue à Fribourg, le mardi 17, du conseiller fédéral Pascal Couchepin, «ministre suisse de la culture», pour marquer le premier anniversaire de l’adhésion de la Suisse aux conventions de l’UNESCO sur la diversité culturelle, sera évidemment une occasion de faire du «lobbying», a admis Ruth Lüthi. Même si cela n’aura aucune conséquence sur les subventions de l’OFC, décidées pour une période de trois ans. A cette occasion, le FIFF a donné carte blanche au conseiller fédéral qui a choisi de présenter le classique indien Aparajito, de Satyajit Ray (1956).
Au niveau des subventions, outre la Confédération, l’Etat de Fribourg et la Ville de Fribourg, le plus haut montant est attribué par la Loterie Romande, suivie de Coriolis Promotion, de Publicitas Cinecom, sans compter quelques autres sponsors. Les partenaires médias sont le quotidien «La Liberté», RSR La Première et la Télévision Suisse Romande. Le canton de Fribourg verse également une somme importante pour soutenir les projections destinées aux élèves des écoles dans le cadre du programme «Planète Cinéma».
8’500 écoliers et collégiens et 450 professeurs de 45 écoles sont attendus cette année pour les projections scolaires qui auront lieu à Bulle, Payerne, Guin, et Fribourg. Les jeunes pourront rencontrer les réalisateurs présents au FIFF et échanger.
Malgré la conjoncture défavorable, l’intention reste de trouver d’autres sponsors dans le privé, si possible importants, car dépendre uniquement des institutions publiques est risqué. Pour faciliter la venue des spectateurs hors canton, les billets pour les projections peuvent être achetés sur le site internet www.starticket.ch.
En ce qui concerne la compétition elle-même, 14 longs métrages de fiction et documentaires des trois continents – Amérique latine, Asie et Afrique – sont en compétition pour «Le Regard d’Or» (**), qui est le Grand Prix du FIFF doté par le Canton et la Ville de Fribourg, et le Prix Spécial du Jury, doté par la Société Suisse des Auteurs et Suissimage.
Le FIFF décernera également le Prix du public (doté par la DDC), le Prix du Jury Oecuménique (doté par les oeuvres d’entraide Pain pour le Prochain et Action de Carême), le Prix FIPRESCI de la Fédération internationale de la presse cinématographique, le Prix E-CHANGER du Jury des jeunes et le Prix Don Quichotte de la Fédération internationale des ciné-clubs FICC. JB
Encadré
De riches «panoramas»
Outre les 14 films en compétition, le public pourra découvrir les films des divers Panoramas. Le panorama «Out of Bollywood» proposera de découvrir la cinématographie indienne des deux dernières années. Edouard Waintrop a plongé dans l’abondance de productions «bollywoodiennes» et y a choisi treize oeuvres qui reflètent les tendances actuelles. Le programme «Fabulas da favela» montrera douze films brésiliens sur le thème de la favela, phénomène social majeur dont il questionnera l’évolution de la représentation cinématographique.
Documentaires, polars et films musicaux: ce panorama, compilé par le critique de cinéma brésilien José Carlos Avellar, démontre comment un lieu dramatique peut devenir une source d’inspiration pour les genres les plus divers. En collaboration avec la Cinémathèque de Lima et la Cinémathèque suisse, le FIFF célèbre, avec son «Hommage à Francisco Lombardi», le talent d’un réalisateur péruvien qui a la réputation d’être l’un des plus intéressants cinéastes contemporains, mais qui reste peu connu en dehors du monde hispanophone. Dix films de son oeuvre imposante, qui comprend plusieurs adaptations de romans de Mario Vargas Llosa et de Dostoïevski, seront à découvrir à Fribourg.
Pour le panorama «Le Parrain en Asie», soit six films sur le thème de la mafia, Edouard Waintrop a cherché l’empreinte de la trilogie du Parrain de Francis Ford Coppola dans plusieurs cinématographies asiatiques. Dont le cinéma indien et la découverte d’un genre, le «Mumbai Noir», tel que le filme et le produit Ram Gopal Varma.
Nigeria, «première nation cinématographique du monde»
Avec «Revanches de femmes», le FIFF présentera un programme autour des «Rape and revenge movies» américains des années 70, ces films d’inspiration féministe où des femmes se vengent des hommes qui leur ont infligé des violences sexuelles. Le panorama de huit films montrera comment ce genre a fait le tour du globe. «Made in Nollywood» proposera de découvrir des films nigérians pour éclairer un véritable phénomène: le Nigeria est, en termes de films produits, la première nation cinématographique du monde. Quelque 2000 films, la plupart en vidéo, sont lancés chaque année sur le marché africain. Le FIFF confrontera le succès de cette industrie anglophone à la situation très difficile du cinéma en Afrique francophone, dont la production s’essouffle, a indiqué Edouard Waintrop, et qui tendrait à disparaître. Le programme détaillé se trouve sur le site internet http://www.fiff.ch. JB/Com
(*) Dès son lancement en 1980, le «Festival des films du Tiers-monde» – qui se déroulait au début dans les salles de paroisses ! – voulait faire connaître les films issus d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine, très rarement distribués en Suisse.
(**) «Le Regard d’or», Grand Prix du Festival international de films de Fribourg, est doté d’un montant de 30’000 Sfr. par l’Etat de Fribourg (20’000 Sfr.) et la Ville de Fribourg (10’000 Sfr.). Ce prix est remis au réalisateur (20’000 Sfr.) et au producteur (10’000 Sfr.) du film primé par le Jury international.
Malaisie: Utilisation du mot «Allah» dans une publication chrétienne défendue
Volte-face du ministre, qui cède aux chants des sirènes
Kuala Lumpur, 3 mars 2009 (Apic) Le ministère de l’Intérieur de Malaisie est revenu sur une autorisation précédemment accordée aux publications chrétiennes d’utiliser le mot « Allah » dans leurs colonnes.
Volte-face. C’est par ce terme que peut être caractérisée l’attitude du ministère fédéral de l’Intérieur en Malaisie, à propos d’une autorisation récemment accordée aux publications chrétiennes d’utiliser le mot « Allah » dans leurs colonnes, autorisation qui vient en effet d’être reprise.
Le 16 février dernier, le ministère de l’Intérieur avait fait savoir que le Bureau de contrôle des publications autorisait les journaux chrétiens de Malaisie à user du terme « Allah » pour dire Dieu à la seule condition qu’il soit précisé dans leurs colonnes que ces publications n’étaient pas destinées à un public musulman. Puis, rapporte la presse locale, le 28 février, le ministre de l’Intérieur en personne, Syed Hamid Albar, a déclaré que son administration avait commis une erreur et que l’usage du terme arabe pour dire Dieu n’était pas autorisé aux publications non musulmanes.
La décision du pouvoir exécutif fédéral s’inscrit dans un contexte particulier. Depuis plusieurs années, l’Eglise catholique en Malaisie est en butte à l’administration sur cette question sémantique, Herald, l’hebdomadaire de l’archidiocèse de Kuala Lumpur, utilisant, dans sa section en langue malaise, le terme « Allah » pour dire Dieu. Ces deux derniers mois, le journal a continué de paraître en dépit d’une série d’injonctions du ministère de l’Intérieur interdisant l’usage de ce terme et menaçant de ne pas renouveler son autorisation de publication. L’archidiocèse a saisi la justice, souhaitant que l’affaire soit tranchée sur le fond et la Haute Cour de justice du pays devait rendre son verdict à ce propos le 27 février dernier. A ce jour, aucune nouvelle n’a été publiée quant à un éventuel jugement, indique Eglises d’Asie.
Sur cette affaire, le ministère de l’Intérieur est soumis à de fortes pressions de la part de certains groupes musulmans, qui affirment que les chrétiens cherchent à entretenir la confusion dans les esprits des musulmans en utilisant ainsi, en Bahasa Melayu (la langue nationale), le terme Allah et d’autres termes issus de la langue arabe ; ils dénoncent la volonté des chrétiens de chercher à convertir les Malais, musulmans, au christianisme – volonté dont l’archevêque de Kuala Lumpur se défend. Pour sa part, Nik Aziz Nik Mat, leader spirituel du Parti Islam Se-Malaysia, (PAS, Parti islamique pan-malaisien), le principal parti islamique du pays (opposition), a déclaré que les non-musulmans devaient être autorisés à utiliser le terme Allah dans leurs textes.
Selon des sources officielles des autorités malaisiennes, le pays comptait, en 2008, 60 % de musulmans, 19 % de bouddhistes, 9 % de chrétiens et 6 % d’hindous. (apic/eda/pr)



