Fribourg: Action de soutien à l’ONG uruguayenne «Centro Abierto» de Rivera

Il était une fois «la Suisse de l’Amérique latine»

Fribourg, 10 septembre (Apic) L’Uruguay, longtemps appelé «la Suisse de l’Amérique latine», est depuis quelques années en pleine crise. La directrice du Centro Abierto, un centre qui accueille les enfants des rues à Rivera et Livramento, sur la frontière entre l’Uruguay et le Brésil, était de passage vendredi 10 septembre à Fribourg à l’invitation d’une petite ONG locale, l’ASCASU, qui soutient son travail.

«Il existe de tout pour que nous puissions vivre bien, mais aujourd’hui, le pays est peuplé d’une majorité de vieux et d’enfants. la classe moyenne a presque disparu, la majorité est composée de gens exclus, c’est une vraie tragédie», témoigne Maria Matchin de Cairello. 51% des enfants uruguayens naissent aujourd’hui au-dessous de la limite de pauvreté, 30% au-dessous de la limite d’indigence, poursuit la militante.

Le salaire minimum en Uruguay est de 43 dollars américains mensuels, tandis que 30% des Uruguayens n’ont même pas de salaire et vivent du marché informel. «Quelle famille peut vivre avec 43 dollars?», lance Maria Matchin.

Le Centro Abierto, première initiative de ce genre en Uruguay, accueille près de 200 enfants et jeunes de 6 à 18 ans en situation de rue, ainsi que leurs familles. Sa directrice explique les buts de son association fondée en 1988. L’ONG active dans le département de Rivera est appuyée par des professionnels – assistant social, psychologue, enseignants et maîtres d’atelier – et offre aux jeunes une alternative à la rue. Clef de voûte du programme: une formation professionnelle. Le Centro Abierto, faisant oeuvre de pionnier, a une place originale parmi les ONG locales, car il ne se contente pas de faire de «l’assistentialisme» et de fournir des aliments aux pauvres: il veut les libérer!

Le modèle néo-libéral fait des ravages

Plusieurs centaines de jeunes s’adonnent à la prostitution infantile dans cette région frontalière, souvent le seul moyen de survivre dans un département qui, comme celui d’Artigas, enregistre un indice de pauvreté et de chômage très élevé. Dans la rue, on rencontre fréquemment la drogue, la faim, la misère, la déstructuration des familles. La mère doit se prostituer pour nourrir ses enfants, qui sont nombreux. L’aîné est bien souvent amené à travailler pour aider les plus jeunes, car le père de famille est la plupart du temps sans travail, il n’a pas de formation, poursuit Maria Matchin.

Le Centre, appuyé notamment par le diocèse de Tacuarembó, qui comprend également le département de Rivera, bénéficie du soutien public, mais cela ne suffit pas à le faire vivre. L’Etat, qui aide très peu le Centro Abierto, ne consacre de toute façon que 3% de son budget à la lutte contre la pauvreté. «Et cela ne suffit de loin pas pour faire face aux nécessités dans un pays qui n’a plus de sécurité sociale pour tous.» Il y a bien longtemps que l’Uruguay n’est plus la Suisse de l’Amérique latine, lâche la directrice du Centre, et l’accès à l’enseignement pour tous est devenu un rêve.

Fondation de l’ASCASU à Fribourg

Raison pour laquelle l’association fribourgeoise ASCASU, fondée début 2002 à l’initiative d’Allan et Shirley Alvez da Costa, un couple uruguayen habitant Villars-sur-Glâne, à côté de Fribourg, s’est donné pour but d’aider le Centro Abierto.

L’ASCASU, forte pour le moment d’une septantaine de membres, ne veut pas aller trop vite: elle propose des projets très ciblés, ponctuels, et axés sur la prévention. Certes, l’aide fourni par les Fribourgeois est modeste: au départ 6’000 francs pour la mise en place d’un atelier de céramique, puis maintenant 12’000 francs pour la mise en place d’un atelier d’informatique. «Ce petit atelier a complètement changé la vie des jeunes. Même s’ils suivent l’école, ils sont en situation difficile et ne pourraient se payer un cours d’informatique sans le Centro Abierto», témoigne Allan Alvez.

Nous cherchons à vivre dans la dignité, même si c’est dans la pauvreté, poursuit Maria Matchin. En effet, à Rivera, il n’y a pas beaucoup de places de travail, pas de fabriques, à part les «freeshops» et le commerce. C’est pourquoi l’atelier d’informatique est pour les enfants vivant dans la rue un des seuls espoirs de libération pour ces deux villes accolées qui comptent ensemble près de 180’000 habitants. (apic/be)

10 septembre 2004 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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