Fribourg: Agnell Rickenmann quitte le secrétariat général de la CES

L’Eglise catholique en Suisse cultive un certain «particularisme»

Joseph Bossart, Apic / traduction: Bernard Bovigny

Fribourg, 5 juillet 2006 (Apic) Jusqu’à la mi-juillet, il travaille encore aux côtés de son successeur Felix Gmür. Puis Agnell Rickenmann, âgé de 43 ans, durant cinq ans et demi secrétaire général de la Conférence des évêques suisses (CES), poursuivra son chemin ailleurs. Il effectuera un semestre d’études à Tolède en Espagne, puis sera curé à temps partiel à Oberdorf, dans le canton de Soleure. Peu avant son départ, il a tiré pour l’Apic un bilan de son activité à la CES.

Fin 2004, peu après la visite du pape Jean Paul II à Berne, des remous agitent le secrétariat de la Conférence des évêques suisses. Marc Aellen, secrétaire général adjoint et attaché de presse, doit partir et Agnell Rickenmann présente sa démission aux évêques. Il a été clairement constaté par la suite qu’une mauvaise répartition des compétences a été à l’origine de cette crise. Une restructuration du secrétariat est alors entreprise. Il est convenu que l’abbé Rickenmann reste en fonction jusqu’au terme de cette procédure.

Cette restructuration est maintenant terminée. Elle a été menée avec une entreprise spécialisée. Agnell Rickenmann peut transmettre les clés d’un secrétariat qu’il considère bien organisé. Déjà lors de son entrée en fonction, en 2001, il avait constaté que la CES avait besoin de nouveaux groupes de travail chargés des questions d’actualité. Depuis lors, le groupe «islam» a été lancé, alors que la CES est conseillée par des spécialistes sur les questions de bioéthique et qu’une commission est chargée des problèmes d’abus sexuels dans le cadre de la pastorale.

Qu’est-ce qui a été plus particulièrement difficile dans l’activité du secrétaire général? L’abbé Rickenmann se décrit comme la tranche de jambon du sandwich. Il doit parfois tenir compte des attentes très diverses des diocèses, des évêques, des commissions, ainsi que des fidèles, sans parler des exigences du Vatican.

A ce sujet, il se dit préoccupé par le penchant à cultiver un sentiment de «particularisme» dans l’Eglise catholique en Suisse. Et cela est perceptible notamment dans les relations entre les diocèses et la Conférence épiscopale. Il est toutefois juste, d’un point de vue ecclésial, qu’un diocèse soit considéré comme une Eglise locale en soi. Mais nous avons besoin d’instances de coordination et de médiation, qui agissent comme l’huile dans l’engrenage, entre l’Eglise universelle et l’Eglise locale.

Un esprit d’ouverture bien particulier

Le penchant suisse pour ses particularismes amène parfois à des comportements étranges dans certains milieux d’Eglise, notamment lorsque les attentes d’ouverture ne sont pas appliquées par ceux qui les demandent. «Quand un agent pastoral me dit que les documents de Rome finissent directement à la poubelle, je me demande vraiment s’il s’agit là du même esprit d’ouverture qu’il affirme attendre des autres», lance Agnell Rickenmann.

L’Eglise catholique en Suisse est actuellement en danger de trop peu se considérer comme faisant partie de l’Eglise universelle. Le secrétaire de la CES y voit un «déficit ecclésiologique». Il lui semble très important de rechercher des ouvertures et des perméabilités afin de tendre toujours davantage à une «osmose» entre l’Eglise universelle, l’Eglise locale et les paroisses.

Les évêques limités par les instances financières

Agnell Rickenmann se pose également des questions sur l’organisation ecclésiastique en Suisse. Il ne devrait pas être possible, comme cela se passe très souvent, que des instances ecclésiastiques cherchent à prescrire à un évêque les décisions à prendre au niveau pastoral. Cela outrepasse parfois leurs domaines de compétence, affirme l’abbé Rickenmann. Le système d’organisation de l’Eglise en Suisse doit être revu, selon lui, en particulier en vue de renforcer la position des évêques.

La répartition des biens appartient au même chapitre. Il n’est pas possible, affirme le secrétaire général partant, que pratiquement toutes les finances se trouvent dans les paroisses, une petite part dans les cantons, encore moins dans les diocèses, et qu’il ne reste qu’un «dé à coudre» au niveau suisse. «Un système dans lequel l’influence des évêques sur le finances est pour ainsi dire nulle ne peut pas bien fonctionner dans la durée».

Autre sujet de préoccupation d’Agnell Rickenmann: «Ce n’est pas seulement le fait que nous autres Suisses ayons un peu la ’critique des structures’ dans le sang, mais nous remettons sans cesse les structures en question et sommes ainsi très centrés sur nous-mêmes». Avec le danger, selon lui, de mettre au second plan la fonction missionnaire de l’Eglise. Cette sorte de nombrilisme a d’autres conséquences, que l’abbé Rickenmann nomme «pessimisme indirect», à travers lequel est inconsciemment suggéré l’effondrement de l’Eglise dans tous ses domaines. Une telle attitude est, selon lui, «absolument anti-évangélique».

Les jeunes, une chance pour l’Eglise

L’abbé Rickenmann considère important de porter un regard sur les jeunes actuels. Ils se considèrent souvent comme éloignés de l’Eglise, mais sont à la recherche de spiritualité et de valeurs. «Et c’est une chance pour l’Eglise!». Il y a, selon lui, une génération d’agents pastoraux et de croyants qui ne peuvent plus communiquer leur foi à la génération montante, car elle reste dans ses schémas structurels critiques (»Il faut d’abord abolir le célibat!», .). Mais Agnell Rickenmann reste confiant. Les JMJ, par exemple, ont insufflé aux jeunes un certain dynamisme, dont les effets ne sont pas encore totalement prévisibles.

En septembre, Agnell Rickenmann accomplira un semestre d’études en Espagne. Le spécialiste de théologie des débuts du christianisme préparera à Tolède sa thèse d’habilitation. En février, il se rendra deux semaines en Ethiopie avec Caritas Suisse pour visiter des projets d’irrigation. Puis il rejoindra le lieu de pèlerinage marial d’Oberdorf, où il travaillera à mi-temps en pastorale. Il consacrera le reste de son temps à son habilitation. Il n’exclut pas, par la suite, d’être engagé dans une Faculté de théologie.

Quelles qualités souhaite-t-il à son successeur? Avant tout la patience, une qualité que lui-même ne possède pas totalement, affirme Agnell Rickernmann en souriant. Et aussi qu’il ait une oreille toujours ouverte et un très bon sens de la diplomatie. Le secrétaire de la Conférence des évêques doit aussi avoir une vision claire de ce qu’il veut et de ce qu’il peut dire. Mais il doit faire abstraction de ses propres convictions, afin de ne pas rendre la discussion difficile. «Donner et prendre doivent agir en bon équilibre». JOB/BB

Des illustrations de cet article peuvent être commandées à l’agence CIRIC, Bd de Pérolles 36 – 1705 Fribourg. Tél. 026 426 48 38 Fax. 026 426 48 36 Courriel: info@ciric.ch ou automatiquement par Internet sur le site www.ciric.ch

(apic/job/bb)

5 juillet 2006 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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