Le témoignage de travailleurs ruraux sans terre face à Syngenta

Fribourg: Assemblée générale de Fribourg-Solidaire

Jacques Berset, agence Apic

Givisiez, 24 avril 2008 (Apic) Fribourg-Solidaire, la Fédération fribourgeoise des organisations non gouvernementale (ONG) actives dans les pays du Sud, fondée en 2003, est depuis janvier dernier l’interlocutrice privilégiée du canton pour les questions de développement. «Notre Fédération a acquis sa majorité civique avec la signature d’un mandat de prestation par l’Etat de Fribourg», a lancé le président Maurice Page à la cinquantaine de participants présents mercredi soir 23 avril à la salle de paroisse de Givisiez.

En présence de la chancelière de l’Etat de Fribourg Danielle Gagnaux et du responsable des relations extérieures Alain Schaller, ainsi que de Beata Godenzi, du secteur ONG de la Direction du développement et de la coopération (DDC) de la Confédération, les participants ont pu se réjouir de la croissance de la Fédération fribourgeoise. Une croissance certes encore modeste, si l’on compare à ce qui se fait déjà depuis des années dans certains cantons romands comme Genève ou Vaud, a admis le journaliste fribourgeois Maurice Page, président depuis l’an dernier de Fribourg- Solidaire.

Mais la progression est cependant notable – grâce à la participation du canton et la progression des aides en provenance des communes et des privés – avec la distribution d’une somme d’un peu plus de 50’000 francs répartis sur six projets d’ONG fribourgeoises (en Bolivie, au Salvador, en Zambie, à Madagascar et au Népal). Ces projets sont sélectionnés par la Commission technique de Fribourg-Solidaire, qui les évalue selon des critères rigoureux.

Budget en hausse

Le budget 2008 compte sur une progression des dons en provenance des communes (16 sont désormais membres), dont trois nouvelles ont été accueillies au sein de la Fédération mercredi soir: Givisiez, Corminboeuf et Attalens. Fribourg-Solidaire espère passer dans ce chapitre de quelque 18’000 francs à 30’000 francs, tandis que le canton va augmenter sa participation au financement de projets (de 35’000 francs à 60’000 francs, tout en maintenant sa subvention de 10’000 francs à l’appui institutionnel de la Fédération).

L’occasion d’ailleurs pour la chancelière Danielle Danielle Gagnaux de se dire très heureuse du nouveau partenariat avec Fribourg-Solidaire, qui permet au canton de concrétiser son engagement en faveur de l’article 70 de la nouvelle Constitution cantonale fribourgeoise. Selon cette disposition, l’Etat encourage l’aide humanitaire, la coopération au développement et le commerce équitable, et favorise les échanges entre les peuples. Le conseil d’Etat a voulu montrer sa reconnaissance pour le travail accompli, a-t-elle lancé, en soulignant qu’avec ce contrat de prestation, il voulait ainsi soutenir cette Fédération plutôt que de mettre sur pied son propre structure.

Elle s’est dit également convaincue de la qualité du travail réalisé par Fribourg Solidaire et s’est réjouie que de plus en plus de communes s’associent à ce mouvement. Le contrat avec l’Etat court jusqu’en 2009 (pour un montant total de 210’000 francs) et devrait être renouvelé sans trop de problèmes au moins jusqu’à la fin de cette législature. Trois nouvelles adhésions d’ONG L’assemblée générale a également applaudi trois nouvelles adhésions d’ONG: l’Association d’aide aux enfants Omoana, basée à Châtel St Denis, dirigée par un groupe de collégiens qui soutient un orphelinat en Ouganda et construit un dispensaire pour malades du sida; l’Association Maurice Demi erre, active au Nicaragua depuis 1999; le Groupe des volontaires outre-mer (GVOM).

Le président Maurice Page a encore souligné que sa Fédération avait également pour but de sensibiliser les institutions et la population aux problèmes du développement, d’où son engagement pour la campagne nationale pour augmenter l’aide au développement de la Confédération «0,7% ensemble contre la pauvreté», la sensibilisation de la jeunesse, avec la participation à l’initiative «SUNESCO» lancée chaque année dans les collèges fribourgeois en collaboration avec l’UNESCO, la participation au 1er Festival interculturel FRI-Ponts en Basse-Ville de Fribourg, le débat organisé dans le cadre de l’exposition «Goûts et Terroirs» à Bulle, ou encore la participation à la manifestation du «Panier bio» dans le cadre de la Journée mondiale de la souveraineté alimentaire. JB

Encadré

Une délégation brésilienne de travailleurs ruraux sans terre face à Syngenta

Le moment le plus émotionnant de la soirée a été la présence à Givisiez de deux représentants du Mouvement des travailleurs ruraux sans terre du Brésil (MST), actifs dans l’Etat du Parana, au sud du pays. Présent aux côtés d’une «avocate populaire» de l’organisation «Terra de Direitos – Terre de droits» qui défend les militants du MST, Jonas, un paysan sans terre qui vit dans un campement près des chutes d’Iguaçu, a décrit la lutte de son mouvement contre Syngenta-Brésil.

Les deux militants du MST ont participé à une manifestation le 17 avril dernier devant le siège de l’entreprise transnationale basée à Bâle, dans le but de remettre de la documentation à la direction. Car un drame sanglant s’est déroulé le 21 octobre 2007 : une milice privée contractée par Syngenta, «N.F. Segurança», basée à Cascavel, dans l’Etat du Parana, est intervenue violemment contre les paysans sans terre occupant un site d’expérimentations transgéniques de Syngenta-Brésil. Résultat: deux morts, dont un dirigeant du MST, Valmir Mota de Oliveira «Keno».

«Le directeur des relations publiques de Syngenta a pris notre document, puis il est reparti sans dialoguer. C’est la manière arrogante dont Syngenta traite les personnes au Brésil, alors que l’ambassadeur de Suisse au Brésil, Rudolf Bärfuss, qui a reçu Iris Oliveira, la veuve de Keno le 7 mars dernier, a présenté des excuses au nom de la Suisse. C’est un acte que nous attendions aussi de Syngenta », lâche l’avocate du MST. Avec d’autres paysans, dont plusieurs furent grièvement blessés lors de l’intervention de la milice appelée par Syngenta, «Keno» participait à l’occupation du site de Syngenta à Santa Tereza do Oeste, près de Cascavel. L’entreprise transnationale menait des expérimentations illégales près du parc national d’Iguaçu, pour lesquelles elle a été condamnée à une amende de près de 500’000 dollars, qu’elle refuse de payer, bien que le jugement ait été confirmé en appel le 30 novembre dernier par la Cour fédérale de Cascavel. Syngenta a à nouveau fait appel. «L’entreprise montre ainsi qu’elle ne veut absolument pas respecter la législation brésilienne, car les multinationales aujourd’hui se mettent au-dessus des pays et des Etats, conclut l’avocate brésilienne, c’est une nouvelle forme de colonisation».

(apic/be/pr)

24 avril 2008 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Partagez!