Feu la chrétienté?
Fribourg: Colloque international à l’Université de Fribourg, du 15 au 17 septembre
Par Valérie Bory, Apic
Fribourg, 15 septembre 2005 (Apic) Du 15 au 17 septembre, l’Université de Fribourg consacre trois jours de réflexion et de débat sur le rôle du catholicisme dans le monde. Dans le cadre de «La société civile après Vatican II – Fribourg: Colloque international à l’Université de Fribourg, du 15 au 17 septembre», l’historien Claude Prudhomme s’est penché sur la fin d’un modèle missionnaire catholique.
Des historiens de la chrétienté réputés, européens et québecois, apportent leur contribution au colloque international qui se tient du 15 au 17 septembre à l’Université de Fribourg sur le thème «La société civile après Vatican II – Fribourg: Colloque international à l’Université de Fribourg, du 15 au 17 septembre». L’historien lyonnais Claude Prudhomme a parlé de la fin d’un modèle missionnaire catholique élaboré au 17e siècle, désormais axé vers les objectifs de la modernité et tournant le dos au prosélytisme de grand-papa.
Après l’introduction de Francis Python, professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Fribourg, le sociologue alémanique Alfred Dubach a brossé une fresque des catholiques suisses à la fin du XXe siècle. Lui succédant, l’historien en histoire contemporaine Claude Prudhomme a montré, en laissant parler les textes de Rome, et des revues missionnaires, que le modèle missionnaire d’autrefois avait vécu.
«Je suis convaincu, a-t-il lancé, qu’on a assisté pendant la période 1965 à 2000 à la fin du modèle missionnaire élaboré aux 17 et 18e siècles, à la fin de l’expansion de l’Eglise catholique dans le monde». Un schéma mort en partie parce que depuis les années du Concile, «le catholicisme découvre la réalité des chiffres», c’est-à-dire sa lente désagrégation.
«La culture catholique prend conscience qu’elle n’est plus dominante»
«On prend conscience, affirme l’historien, que la grande utopie des chrétiens (et aussi des protestants) – Un jour le monde sera chrétien – est terminée. Les statistiques missionnaires ne vont plus en croissant et la courbe s’est inversée, au contraire. La Congrégation pour l’évangélisation des peuples n’y fait même plus allusion». L’historien rappelle en passant que la France a fourni le plus gros des missions catholiques dans le monde.
S’appuyant sur les grands textes de Vatican II concernant la mission, Claude Prudhomme montre comment, dès les années septante, les appels à la mission ne peuvent se séparer de l’action du développement (travailler à améliorer les conditions des hommes sur la terre).
«Le lyrisme missionnaire qui a encore marqué les années 65 à 69, où l’Encyclique Ecclesiam Suam de Paul VI inaugure des expressions comme l’Eglise se fait conversation, ou l’Eglise doit entrer en dialogue, s’effondre au milieu des années 70». Une première «crise» touche alors la mission. «Tout en restant missionnaire, elle se met à faire du développement». La deuxième «crise», dans la mouvance de mai 68 est la remise en question de la légitimité de la mission, perçue comme une continuation du colonialisme. Ainsi la revue Spiritus peut, en 1974, sous la plume d’un prêtre africain, exhorter au départ de la mission d’Afrique. «On va vers un christianisme socialisant, qui défend les idées du tiers monde», résume Claude Prudhomme.
Parallèlement, il lit dans les textes de Vatican II, comme l’Encyclique Ecclesiam Suam, de Paul VI (1964), et dans Ad Gentes, Gaudium et Spes, Nostra Aetate, une référence à «l’Eglise peuple de Dieu». «On passe alors d’une conception institutionnelle à une approche plus communautaire, qui débouchera plus tard sur le concept d’Eglise locale», rappelle-t-il. «La mission est devenue la responsabilité collective de tous les croyants et non plus l’affaire de spécialistes».
«Il n’y a plus de théologie officielle de la mission»
Dans la mission, désormais gagnée par la modernité, un nouvel élargissement se fait jour: «Il y a des éléments de vérité et de sainteté dans les autres religions», ce qui débouche «sur les relations oecuméniques et sur la fondation du Secrétariat pour les non chrétiens», affirme encore l’historien.
Pour montrer que la mission se tourne vers «le dialogue», il se base sur des paroles de Paul VI, disant que la prédication n’a pas de sens si elle n’est pas fondée sur l’expérience personnelle. «On est bien dans un changement culturel», note l’historien. Il ne s’agit plus d’un «dépôt de la foi, que l’on transmet, mais c’est l’expérience qu’on a faite de la foi qui compte». Des questions douloureuses divisent les théologiens: «Si tout le monde est missionnaire, à quoi cela sert-il d’en former quelques-uns?» Et «Où est l’urgence de la mission catholique, si chacun peut se sauver dans sa propre religion?»
Avec Jean Paul II enfin, l’Eglise est là et entend occuper sa place. Le dialogue est au premier plan. Il demeure, pour l’historien, que le désir de «négociation» de l’Eglise catholique l’a amenée là où elle ne voulait pas aller. Désormais, s’il y a une annonce de la foi, elle est à prendre au sens de proposition et non pas comme une vérité à laquelle adhérer impérativement».
Qu’est-ce qui caractérise la mission nouvelle manière? «La mission est indissociable de la solidarité» réaffirme-t-il. Sur le site internet de certaines communautés catholiques comme l’Emmanuel, cite-t-il, le mot mission renvoie carrément à une coopérative de développement. Il en déduit: «La mission au sens religieux s’efface».
L’historien note aussi «une protestantisation du catholicisme» «Tout un discours, depuis les années 70, affirme que la mission naît de la rencontre avec Jésus. Les protestants se reconnaissent bien là dedans.» En bref, s’il faut résumer son propos: «Il n’y a plus de théologie officielle de la mission».
Le colloque se poursuivra vendredi 16 septembre, et se clôt samedi avec une table ronde où s’exprimeront Jean Boissonnat, journaliste, ancien président des Semaines Sociales de France, Jean-Yves Calvez jésuite et professeur d’éthique au Centre Sèvres à Paris et Patrick De Laubier, sociologue. Cette rencontre internationale aura réuni 15 spécialistes du catholicisme (apic/vb)



