840 millions d’affamés dans le monde, un scandale permanent

Fribourg: Colloque universitaire sur les fondements éthiques du droit à l’alimentation

Fribourg, 8 juillet 1999 (APIC) Le scandale que représente, à l’heure des surplus alimentaires structurels, l’existence de 840 millions d’affamés dans le monde était au centre du «Colloque sur les fondements éthiques du droit à l’alimentation» qui s’est tenu à l’Université de Fribourg les 7 et 8 juillet 1999. La violation de ce droit – condition de l’exercice de tous les autres droits de l’homme – doit pousser à l’action tous les acteurs concernés: société civile, ONG, économie, Etat, communauté internationale.

Les quelque vingt participants, chercheurs et professeurs des hautes écoles (Fribourg, Genève, Paris), responsables d’ONG, de la Direction suisse du développement et de la coopération (DDC) et d’organisations internationales (FAO, PNUD), ne sont pas encore en mesure de formuler des propositions détaillées et concrètes. Il s’agissait davantage dans un premier temps de dresser l’état de la question, constate le Père Roger Berthouzoz, l’une des chevilles ouvrières de ce colloque mis pied par l’Institut interdisciplinaire d’éthique et des droits de l’homme (IIEDH) et le Centre International de Documentation et de Recherche en Ethique Sociale Chrétienne (CIDRESOC) à l’Université de Fribourg.

Ce colloque préparatoire a surtout pour but d’élaborer sur ce thème un projet de recherche à présenter notamment au Fonds National Suisse de la recherche scientifique. Le Père Roger Berthouzoz, professeur de théologie morale à l’Université de Fribourg, constate que le droit à l’alimentation, condition de l’exercice de tous les autres droits, est une évidence éthique pour tout le monde, mais dans la pratique, il y a loin de la coupe aux lèvres: «840 millions de personnes souffrent de malnutrition, alors que depuis les années 60, les stocks de nourriture sont suffisants, ce qui montre qu’il y a un grand problème de distribution!»

Dans 15 ans, moitié moins de personnes souffrant de la faim ?

Parmi les conclusions partielles du colloque, on note la nécessité de développer la solidarité internationale en évitant les effets pervers d’une aide non réfléchie. L’aide alimentaire d’urgence, indispensable en cas de catastrophe naturelle ou de guerre, peut en effet s’avérer destructrice quand des produits largement subventionnés en provenance des pays du Nord font une concurrence mortelle aux productions locales. A partir de projections savantes prédisant qu’il n’y aura plus que 420 millions de personnes souffrant de la faim en 2015 – c’est d’ailleurs l’engagement pris par les chefs d’Etat et de gouvernement en novembre 1996 dans la «Déclaration de Rome sur la sécurité alimentaire mondiale» – , le professeur d’économie fribourgeois Maurice Villet se demande en quoi la réflexion d’un colloque comme celui-là peut contribuer à l’accélération de cette tendance.

Redonner du pouvoir au politique face aux grands groupes économiques qui font la loi

Si Fribourg, en réseau avec des chercheurs de différentes disciplines, venant de divers pays, travaille sur les fondements éthiques du droit pour tous à l’alimentation, c’est justement pour mobiliser les différents acteurs afin que ce droit puisse être mis en œuvre concrètement. Parmi les idées avancées, contribuer à l’»empowerment» – c’est à dire redonner du pouvoir – aux secteurs plus faibles de la société, notamment les femmes, les pauvres et les exclus, afin que le pouvoir politique soit davantage au service de tous les secteurs sociaux, et pas seulement des plus forts. A ce propos, Philippe Texier, de Paris, expert au Comité de l’ONU sur les droits économiques, sociaux et culturels, a constaté que «face aux grands groupes économiques incontrôlées qui font la loi, le politique ne maîtrise plus rien». Et de plaider pour que l’on «redonne du pouvoir au politique». Pas question cependant pour les participants de plaider de façon systématique en faveur du «plus d’Etat». Plutôt viser le «mieux d’Etat», et surtout consolider la société civile et les libertés démocratiques, seules garantes d’un développement pour tous.

Au niveau des négociations internationales, même constatation: la disparité flagrante de moyens entre les pays riches et les pays pauvres, notamment en matière de personnels, d’informations et de conseils, a pour conséquence qu’ils n’ont aucun moyen de se faire entendre dans les forums internationaux. Là aussi, les participants au colloque de Fribourg pensent avoir un rôle à jouer en offrant conseils et expertise. (apic/be)

8 juillet 1999 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
Partagez!