Fribourg: Conférence de Marc Donzé sur «Proposer la foi et l’identité chrétienne»
Le vicaire épiscopal s’adresse à la Coordination interdiocésaine
Jacques Berset, agence Apic
Villars-sur-Glâne, 28 octobre 2007 (Apic) «Aujourd’hui, l’identité chrétienne est une quête, et non pas un héritage», a rappelé samedi 27 octobre l’abbé Marc Donzé, vicaire épiscopal pour la partie francophone du canton de Fribourg. Il s’adressait à une trentaine de participants, essentiellement des délégués des conseils pastoraux cantonaux et diocésains de diverses régions de Suisse, qui participaient à la 23e Coordination interdiocésaine de la CPP, la Commission de planification pastorale de la Conférence des évêques suisses (CES).
Cette année, le thème choisi pour les délégués réunis les 26 et 27 octobre à Notre-Dame de la Route, à Villars-sur-Glâne, en présence de Mgr Markus Büchel, évêque de St-Gall, était «Proposer la foi et l’identité chrétienne». Il s’agissait de mieux voir comment articuler et transmettre l’identité de la foi chrétienne d’une part et entrer dans un dialogue fructueux avec les autres religions d’autre part.
L’abbé Marc Donzé, ancien professeur de théologie pastorale à l’Université de Fribourg, qui fut notamment curé-modérateur pour l’unité pastorale de Saint-Pierre et Villars-sur-Glâne, a mis en perspective la crise de la transmission de la foi dans la société contemporaine. Se basant sur la lettre adressée – en 1996 déjà ! – par les évêques de France aux catholiques de leur pays, intitulée «Proposer la foi dans la société actuelle», il a reconnu qu’aujourd’hui, la foi et l’identité chrétienne ne se transmettent plus que difficilement.
En 1955, encore 95% de pratique dominicale à Zermatt
Mais cette crise n’est pas nouvelle: déjà en 1943, deux prêtres, les abbés Henri Godin et Yves Daniel, publient un livre intitulé «France, pays de mission?» qui constate la forte déchristianisation des milieux ouvriers en France. Les aumôniers militaires avaient également constaté, dans la boue des tranchées, combien les jeunes troufions avaient rapidement oublié le catéchisme de leur enfance. Et pourtant, jusque vers le milieu du XXe siècle, l’Eglise, ses doctrines, ses rites et ses pratiques paraissent bien ancrés dans la société, les familles et chez l’individu: selon une enquête sociologique de 1955, à Zermatt, en Valais, plus de 95% des habitants participaient régulièrement à la messe dominicale.
Dans le contexte de l’époque, la foi se transmettait presque sans problèmes au travers de la famille, du catéchisme et de la participation à la vie de l’Eglise. Les paroisses avaient des fanfares, des théâtres, voire des clubs de football. Cette identité catholique était prédéterminée par l’Eglise, qui offrait et imposait tout à la fois ses dogmes, sa morale et sa culture. Mais ne s’agissait-il pas avant tout d’identité sociale et communautaire et qu’en était-il de chaque personne, se demande Marc Donzé. «Il reste que la plupart des individus jouaient le jeu, du mois de façon formelle.»
Depuis un moment déjà, cependant, l’édifice de la culture et de l’identité chrétiennes se craquelait fortement face à de nouveaux phénomènes économiques comme l’industrialisation, et sociaux comme l’urbanisation. L’apparition de nouvelles philosophies et de nouveaux savoirs, notamment les progrès scientifiques fulgurants, allaient lézarder l’ancien ordre des choses. L’Eglise allait en payer le prix, même si le Concile Vatican II tenait compte de ces signes des temps, par exemple dans la constitution pastorale «Gaudium et spes».
Aujourd’hui, note le vicaire épiscopal, «la crise de la transmission de la foi est totale, le tissu ecclésial, social, familial et communautaire qui permet cette transmission a volé en éclats !» Ce tissu n’existe plus, ou seulement en tout petits fragments, note l’abbé Donzé, qui se demande même parfois si ce tissu a vraiment existé en profondeur. Les intégristes de Mgr Lefebvre, qui prétendent que le Concile Vatican II, avec son «aggiornamento», a ruiné les fondements de l’Eglise n’ont aucun sens de l’histoire, lâche-t-il.
Les intégristes n’ont aucun sens de l’histoire
Avec sa nouvelle stratégie pastorale, qui parle notamment en France de «proposition de la foi», l’Eglise se rend compte désormais qu’elle ne peut plus structurer la société, voire les personnes, selon son identité structurelle et doctrinale. Elle se risque donc simplement à proposer sa manière de voir le monde, la société, la personne devant la face de Dieu. «Elle se rend compte qu’elle ne peut pas s’isoler dans sa tour d’ivoire, elle consent à dialoguer avec les tendances les plus diverses qui traversent les sociétés. Elle se rend compte qu’elle n’a pas réponse à toutes les sollicitations nouvelles de la modernité. Elle consent à chercher avec les autres, en faisant valoir la voix de l’Evangile. Proposer la foi, c’est un acte d’humilité, l’Eglise consent à donner et à recevoir !».
Pour l’abbé Donzé, il en est de même de la présence de l’Eglise dans les médias: quand il s’agit de débats, les points de vue de la foi sont proposés parmi d’autres, et ils n’ont pas de position d’autorité particulière. Et ils n’ont de chance d’être entendus que s’ils entrent en dialogue avec les autres points de vue. Pour le vicaire épiscopal, une manière efficace d’intervenir était celle de l’abbé Pierre, un maître en la matière: il apparaissait de manière fraternelle, critique et profilée. Tout le contraire du «dialogue mou» !
Mettre en oeuvre «l’Evangile de la bonté»
Finalement, avec cette «proposition de la foi», l’Eglise n’invente rien: elle réactualise aux couleurs du XXIe siècle le cheminement des pèlerins d’Emmaüs qui rencontrent au bord du chemin le Christ ressuscité qu’ils mettent du temps à reconnaître. A propos de la catéchèse à mettre en oeuvre aujourd’hui auprès des jeunes et des adultes, l’abbé Donzé parle de «boîte à outils» qui permet à la personne de s’approprier elle-même la foi. Et d’insister sur le moment premier de la proposition de la foi, qui est sans aucun doute le témoignage. Fini le temps où la foi s’imposait ! Il rappelle qu’il n’y a pas de foi chrétienne vécue «sans la rencontre personnelle et communautaire avec Jésus Christ, le Dieu d’Amour, avec la Source absolue de la vie».
L’abbé Donzé souhaite que dans sa tâche première d’annoncer la foi, l’Eglise «change de style». C’est pour lui «hautement souhaitable, voire impératif». ” Ce n’est pas en condamnant, en prescrivant, en moralisant qu’elle demeure un garant crédible». A la fin de son exposé, Marc Donzé, en proposant à son public une «pastorale d’engendrement» – la dimension «mystique» prenant le pas sur les dimensions structurelle et enseignante de l’Eglise – a appelé à une rencontre intime et vivante avec le Christ, «l’essentiel de l’identité chrétienne». Et à mettre en oeuvre, dans les communautés chrétiennes, «l’Evangile de la bonté», car en tous temps, c’est la charité des chrétiens qui a attesté de leur crédibilité. (apic/be)



