Arrêter de tricher avec l’histoire
Fribourg: Conférence du Père Livio sur le conflit Israélo-palestinien
Fribourg, 20 juin 2002 (APIC) Invité de «Pax Christi» dans le cadre de sa conférence annuelle, le jésuite Jean-Bernard Livio, a donné le 19 juin à Fribourg une conférence sur le conflit israélo-palestinien. Spécialiste en histoire et en sciences bibliques, fréquemment présent sur le terrain depuis 1958, il veut encore croire à la paix, malgré le cycle infernal des attentats et des représailles. Tant que les belligérants, comme la communauté internationale, continueront de «tricher avec l’histoire», la résolution du conflit restera impossible, a estimé le jésuite devant une centaine de personnes.
«Pax Christi» est une association internationale pour la promotion de la paix, actuellement présidée par le patriarche latin de Jérusalem Michel Sabbah. Sa section suisse a tenu le 19 juin à Fribourg son assemblée générale. Cette année, en raison de l’actualité au Proche Orient, elle a invité un spécialiste de la question: Jean-Bernard Livio.
Débutant sa conférence par la lecture du cinquième chapitre de l’évangile de Mathieu: «aimer ses ennemis», le Père Livio a avoué sa difficulté de mettre en pratique cet idéal, alors qu’en «ce moment même, on tue mes amis», que ce soit sous les obus ou les bulldozers israéliens ou par un kamikaze palestinien. Pourtant, il continue de croire que la paix est possible, mais à condition que l’on cesse de tricher avec l’histoire.
Cesser de tricher avec l’histoire, c’est rappeler qu’en 1947, lors du partage à l’ONU de la Palestine occupée par les Anglais, la majorité des votants et la totalité des pays arabes ont accepté la création d’un Etat d’Israël et refuser la création de la Palestine. Les pays arabes ont voulu la création d’Israël pour l’attaquer et «refouler les juifs à la mer» et ont refusé la création de la Palestine pour garder dans les pays voisins l’élite palestinienne, à l’époque très active dans leur développement économique, explique le Père Livio.
Il rappelle que la Palestine, avant d’être occupée par Israël, a été de 1949 à 1967 occupée par la Jordanie, dont près de 70% de la population est aujourd’hui d’origine palestinienne et encore traitée par les «vrais jordaniens» comme des citoyens de seconde classe. Il remarque que nombre de Palestiniens se sont installés dans les pays arabes voisins et même beaucoup plus loin, par exemple à Denver aux Etats-Unis, où ils sont 83’000.
Ces Palestiniens, souvent bien placé sur l’échelle sociale, ne se considèrent pas comme des «réfugiés» et n’ont nullement envie de rentrer dans leur pays d’origine, pas plus que la majorité des juifs à travers le monde n’ont l’intention de s’installer en Israël, estime J.-B. Livio, qui remet ainsi en question les peurs de colonisation massive de la Terre Sainte par leur «retour des réfugiés palestiniens»
Le jésuite s’interroge églament sur la pertinence d’employer, par exemple, un mot tel «l’esplanade du temple» fréquemment utiliser dans la presse occidentale pour parler de l’esplanade des mosquées, alors que sur cette esplanade à Jérusalem il y a non un temple, mais deux mosquées. De même, il rappelle que les noms des deux tiers des villages de Palestine ont disparu des cartes de géographie, afin d’illustrer la nécessité d’une vérité historique pour fonder une paix réelle.
A la lumière de ces exemples, le Père Livio estime qu’une paix n’est possible que par l’acceptation des faits, la démystification des peurs projetées sur le parti adverse et par la reconnaissance de l’Etat palestinien. Cette reconnaissance doit être non l’aboutissement mais la condition préliminaire de la paix, estime le jésuite. Malgré «la logique de mort» dans laquelle sont prisonniers tant Ariel Sharon que Yasser Arafat, le Père Livio pense qu’un pas vers la paix peut émerger même d’un tenant d’une politique la plus dure. Il rappelle en conclusion que les gestes de paix les plus forts sont venus des «durs» comme Menahem Begin ou Itzhak Rabin. (apic/sh)




