Le pourquoi théologique des demandes de pardon de l’Eglise

Fribourg: Conférence publique du Père Cottier, théologien de la maison pontificale

Fribourg, 9 avril 2002 (APIC) A plusieurs reprises Jean-Paul II a demandé publiquement pardon pour des fautes commises par des catholiques. Le père Georges Cottier, théologien de la Maison Pontificale, est venu en donner une explication théologique lors d’une conférence publique, le 8 avril à l’Université de Fribourg, devant plus de 200 personnes, à l’occasion de la semaine universitaire consacrée au cardinal Charles Journet.

Les demandes de pardon de Jean Paul II pour les fautes commises par des catholiques, notamment contre le peuple juif, ont été saluées par les principaux intéressés et abondamment reprises par les médias. Le Père Cottier a démontré, après une argumentation d’une heure et demie, qu’il est légitime qu’un homme seul, chef de l’Eglise catholique, demande pardon pour des fautes commises par d’autres personnes, qui n’ont parfois de commun avec lui qu’un même baptême.

Le Père Georges Cottier, théologien de la Maison Pontificale a été invité à Fribourg à l’occasion de la semaine de théologie consacrée au cardinal et théologien suisse Charles Journet. Il a proposé à un public composé dans sa majorité d’étudiants et d’ecclésiastiques, une explication théologique mettant en lumière le fondement des demandes de pardon du pape.

L’unité de l’Eglise est son argument central. A la suite des constitutions dogmatiques (vérités de foi pour toute l’Eglise de tous les temps) du Concile Vatican II et inspiré de la théologie de Charles Journet, le Père Cottier a souligné que l’Eglise est une unité en tant que sujet. Cela signifie que selon la foi, l’Eglise n’est pas une simple association d’individus, mais une réalité unique, comme est unique un corps formé de plusieurs membres.

L’Eglise est ainsi un unique «sujet de mémoire et de conscience», explique Georges Cottier. C’est donc en tant que vicaire du Christ (le Christ étant la tête du «sujet» Eglise) que le pape demande pardon pour les fautes commises par des membres de l’Eglise catholique.

Cependant, cette situation pose un problème théologique. Comme le rappelle notamment la déclaration «Dominus Jesus», l’Eglise se déclare, selon la foi, sainte (donc sans péchés) et unique moyen de salut pour toute l’humanité.

Une Eglise sans péchés mais pas sans pécheurs

Pour tente de résoudre ce paradoxe d’une Eglise qui se revendique sainte et dont les membres comettent parfois des fautes très graves, Georges Cottier fait sienne l’approche de Journet, qui affirme que l’Eglise est sans péchés mais pas sans pécheurs. Cela signifie qu’elle est organiquement solidaire de ses membres, mais comme ces derniers ne sont pas forcément saints, l’Eglise se situe dans un constant progrès (et non un acquis) vers la sainteté dans le temps.

Cependant, cette sanctification des membres pécheurs se fait par la tête de l’Eglise, le Christ (Verbe de Dieu incarné, selon la foi) qui est tout à fait saint. Or comme la tête de l’Eglise est aussi l’Eglise, la théologie traditionnelle romaine affirme que malgré les fautes commises par des catholiques, l’Eglise est quand même sainte et donc nullement empêchée de se revendiquer source de salut universel. (apic/sh)

9 avril 2002 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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