Fribourg: Conférence sur la loi relative aux cellules souches embryonnaires

«Ethiquement inacceptable» pour l’Eglise catholique

Bernard Bovigny, Apic

Fribourg, 3 novembre 2004 (Apic) Le philosophe valaisan François-Xavier Putallaz et le secrétaire de la Conférence des évêques suisses Agnell Rickenmann ont donné une conférence, le 2 novembre, sur la loi relative à la recherche sur les cellules souches embryonnaires. Ce projet, qui sera soumis au vote du peuple suisse le 28 novembre, est «éthiquement inacceptable» car le prélèvement de ces cellules provoque la mort de l’embryon, ont-ils affirmé devant une centaine de participants réunis à la salle paroissiale du Christ-Roi à Fribourg.

La rencontre était organisée par le Centre culturel «Evangile et société» et la paroisse du Christ-Roi. Le journaliste à «La Liberté» Patrice Favre, animateur de la soirée, a présenté en début de rencontre les principaux enjeux de cette loi qui touche autant le domaine biologique que éthique. Il a rappelé que les embryons surnuméraires sont produits dans le cadre des fécondations in vitro. Ils n’ont pas été réimplantés, pour diverses raisons, et sont congelés dans des hôpitaux. Sur la centaine de cellules qui les composent, une trentaine sont jugées intéressantes pour la recherche sur certaines maladies jusqu’à maintenant incurables.

Le hic, a rappelé Patrice Favre, c’est que le prélèvement de ces cellules souches provoque la mort de l’embryon. Il existe environ 1000 de ces embryons congelés actuellement en Suisse, selon les données de la Confédération, et ils sont à détruire d’ici 2008. La loi soumise à votation demande la gratuité dans le «commerce» des cellules souches. Elle exige le consentement des parents, dûment informés. Les autorisations de recherche sur ces cellules sont du ressort de l’Office fédéral de la Santé publique, qui ne les délivre que pour des projets essentiels, et dont les résultats sont ensuite rendus publics.

L’embryon est bien une personne humaine

«Si l’embryon n’est qu’un amas de cellules, et non un être humain, comme l’affirment certains, alors pourquoi une loi aussi restrictive?», a relevé François-Xavier Putallaz, Maître d’études et de recherche à l’Université de Fribourg. Pour lui, il ne fait aucun doute: l’embryon est bien une personne humaine. «Et même pour ceux qui ont certains doutes, la seule probabilité sérieuse de se trouver en face d’une personne impose la plus nette interdiction éthique de toute intervention faisant mourir l’embryon humain», a ajouté le philosophe valaisan. Une telle loi, selon lui, est à mettre sur le compte de la dérive «utilitariste» qui marque notre société, selon laquelle la valeur d’un acte est jugé en fonction de ses seules conséquences utiles, sans aucune référence éthique. «Or, le principe éthique fondement de notre société et de notre état de droit, c’est qu’un être humain ne doit jamais être utilisé comme un moyen, mais toujours considéré comme une fin», a affirmé le conférencier.

Que faire de ces embryons surnuméraires, qui sont apparus dans les hôpitaux suisses au mépris de la Constitution fédérale, selon laquelle «Ne peuvent être développés hors du corps de la femme jusqu’au stade d’embryon que le nombre d’ovules humains pouvant être immédiatement réimplantés»? Les faire mourir est inadmissible et immoral, pour François-Xavier Putallaz. Cela revient à donner la mort à un être humain. Les laisser à leur propre sort est actuellement le moindre mal, bien que cela reste un mal, a-t-il ajouté. «Mais cette production d’embryons est absolument évitable, même dans le cadre de la fécondation in-vitro. Depuis 1997, année où la conservation d’embryons est interdite, aucun surnuméraire n’a été produit à l’Hôpital de Bâle», a relevé le philosophe valaisan.

Tuer des embryons à des fins de recherche n’est pas admissible

L’abbé Agnell Rickenmann a présenté dans les grandes lignes la position des évêques suisses, et notamment de sa «Commission de bioéthique», sur cette législation qu’ils jugent «éthiquement inacceptable». «Tuer des embryons à des fins de recherche n’est pas admissible, car ils possèdent la dignité humaine», soutient Agnell Rickenmann. «On ne peut jamais instrumentaliser la vie humaine», a-t-il ajouté, tout en prévenant que la prochaine étape, après avoir franchi ce «Rubicon éthique» (selon l’expression de Mgr Koch), sera peut-être l’utilisation de ces cellules à des fins de clonage.

Loin de vouloir freiner le progrès médical, les évêques suisses préconisent la recherche à partir des cellules souches adultes. Leur prélèvement, contrairement à celles des embryons, ne provoque pas la mort. «C’est essentiellement une question de volonté politique. La recherche à partir de cellules souches adultes peut aisément remplacer celle à partir des embryons et c’est une alternative éthiquement acceptable», a affirmé le secrétaire de la Conférence des évêques suisses. (apic/bb)

3 novembre 2004 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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