L’évêque émérite était entré dans sa 89ème année

Fribourg: Décès de Mgr Pierre Mamie, évêque diocésain de 1970 à 1995

Fribourg, 16 mars 2008 (Apic) Evêque du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg de 1970 à 1995, Mgr Pierre Mamie est décédé vendredi soir 14 mars, dans sa 89ème année, au Foyer Jean-Paul II, à Villars-sur-Glâne. Son corps repose depuis dimanche à la chapelle de l’évêché, rue de Lausanne 86, à Fribourg. Les funérailles de ce prélat qui fut l’ami de Frédéric Dard, l’auteur de San Antonio, et du sculpteur Jean Tinguely, seront célébrées en la cathédrale Saint-Nicolas à Fribourg le mardi 18 mars à 15 heures.

Le 6 octobre 1968, cela fait bientôt 40 ans, Mgr Pierre Mamie recevait à Fribourg l’ordination épiscopale des mains du cardinal Charles Journet. Il devait succéder deux ans plus tard à Mgr François Charrière à la tête du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg.

Originaire de Bonfol, dans le canton du Jura, bourgeois de Gruyères, Mgr Mamie est né le 4 mars 1920 à La Chaux-de-Fonds (canton de Neuchâtel), dans une famille chrétienne de milieu modeste. Si l’on remonte quatre siècles plus tôt, aimait à rappeler cette personnalité amie des arts et de la culture, «mes ancêtres étaient Toscans, c’étaient des banquiers très probablement d’origine juive. Ils ont émigré dans le canton de Neuchâtel, puis dans le Jura».

Après son enfance dans la cité horlogère des Montagnes neuchâteloises, il part, à l’âge de 12 ans, étudier au Collège Saint-Michel, à Fribourg, puis entre au Grand séminaire. Le 7 juillet 1946, il est ordonné prêtre à Fribourg. D’abord vicaire à Lausanne (St-Rédempteur), puis aumônier des étudiants de l’Université de Lausanne, il reprend ensuite des études à Rome et à Jérusalem. Il est par la suite directeur au Grand Séminaire diocésain et professeur d’exégèse. En juillet 1968, le pape Paul VI le nomme évêque auxiliaire de Mgr François Charrière. Il est ordonné évêque par le cardinal Journet, dont il fut le secrétaire lors du Concile Vatican II.

Ses dernières années de sa retraite active au Foyer Jean-Paul II pour prêtres âgés, Mgr Mamie les a consacrées à suivre l’édition d’une oeuvre très significative: la correspondance entre Charles Journet et le philosophe français Jacques Maritain. Il a été l’exécuteur testamentaire de ce théologien qui a fortement influencé les années précédant Vatican II et le Concile lui-même (1962-1965).

Mgr Mamie a été membre du Conseil Pontifical pour l’Unité des Chrétiens (de 1973 à 2000) et membre de la Congrégation pour le Clergé (de 1979 à 1982). Il a présidé la Conférence des évêques suisses de 1977 à 1979, puis de 1992 à 1994. Après 25 ans d’épiscopat à la tête du diocèse, il présente sa démission au pape en mars 1995, selon les dispositions du droit canonique.

Mgr Mamie s’était lié d’amitié avec l’écrivain Frédéric Dard, et ils parlaient tous deux de l’existence de Dieu. Ces conversations ont débouché sur un livre, publié en 1984, «D’homme à homme». Mgr Pierre Mamie a également pris des positions courageuses en faveur des étrangers, pour le tiers-monde ou contre le commerce des armes. Il a également été à l’origine de la régionalisation du diocèse.

Dans les années nonante, il lançait un cri d’alarme, avertissant de la surcharge de travail dont sont victimes les évêques. Pour y remédier, il proposait le découpage des plus grands diocèses. Selon lui, il fallait redessiner les contours des évêchés, afin que la tâche d’assistance spirituelle des évêques soit plus humaine. JB/Com

Encadré

Condoléances de la CES

La Conférence des évêques suisses (CES) rappelle, dans un communiqué, que Mgr Mamie a présidé la CES à deux reprises: du 7 juillet 1977 jusqu’en 1979 et une nouvelle fois de 1992 à 1994. «Les évêques sont reconnaissants à ce confrère qui a su tisser des liens d’amitié et de confiance réciproque également avec les autres Eglises chrétiennes, au nom de l’unité de tous les fidèles du Christ. Mgr Mamie était saisissant de profondeur humaine et doté d’une sensibilité hors du commun pour les questions de son temps, passionné par l’art et la beauté», écrit la Conférence des évêques. Elle présente ses condoléances à l’actuel évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, Mgr Bernard Genoud, ainsi qu’au diocèse, à la famille et aux proches du défunt évêque. JB/com

Encadré

Une enfance modeste à La Chaux-de-Fonds

A l’occasion de ses vingt ans d’épiscopat, Mgr Mamie avait rencontre l’Apic, et avait évoqué son enfance passée dans un milieu modeste, mais très chrétien, à La Chaux-de-Fonds. Il venait d’une famille à la fois paysanne, du côté des grands parents, et horlogère. «Dans la famille de mon père comme celle de ma mère, tout le monde était horloger ou horloger et paysan, sauf mon père – parce qu’il était orphelin – qui était simple employé de commerce».

C’est à dix ans que Mgr Mamie a décidé de devenir prêtre. «Ce qui était central, c’était le goût de l’eucharistie et de la messe», confiait-il à l’Apic. Mgr Mamie a beaucoup souffert de la rupture des intégristes avec le schisme de Mgr Lefebvre. «C’était une blessure antérieure à mon arrivée à l’évêché. Il ne faut jamais oublier, à mon avis, que la rupture de Mgr Lefebvre date du Concile, quand il a refusé les textes conciliaires sur la liberté religieuse et l’oecuménisme, et certaines autres orientations fondamentales. C’était une opposition d’abord d’ordre doctrinal, sur la nature de l’Eglise, sur la nature de la tradition, sur le rôle de l’histoire dans l’Eglise, et aussi d’ordre politique».

Mgr Mamie plaidait il y a déjà plus de deux décennies pour un redécoupage de son diocèse, la charge pastorale étant trop lourde. Il rappelait que le Concile et les Synodes diocésains avaient demandé une restructuration là ou c’était nécessaire. «Notre diocèse est concerné, parce que je pense que cela ne devrait pas toujours rester ainsi. Je prépare le terrain, mais il y a l’histoire, l’histoire de nos divisions, les dialogues avec les frères réformés pour qu’ils nous comprennent mieux, pour qu’ils ne soient pas blessés par la création d’un diocèse par exemple à Genève, ou ailleurs. Ils le savent, je prépare ce terrain, mais je pense que ce n’est pas moi qui le verrai. Mais je souhaiterais que mon ou mes successeurs aient une charge pastorale plus humaine à porter. Même avec deux auxiliaires, c’est trop».

A propos de la division des chrétiens, Mgr Mamie estimait qu’elle pose un problème pastoral majeur dans notre pays, sans parler de la sécularisation, car «il y a beaucoup de gens qui semblent pouvoir vivre sans Dieu». Il disait avec force qu’il est plus que jamais urgent que les chrétiens soient unis «pour porter témoignage de Jésus dans ce monde qui est en train de perdre Jésus».

Mgr Mamie, qui fut témoin direct du Concile aux côtés du cardinal Journet, considérait le Concile Vatican II comme «la plus grande grâce que Dieu ait faite au monde et à l’Eglise au 20e siècle». Inauguré le 11 octobre 1962, Vatican II a «ouvert les fenêtres de l’Eglise», pour reprendre les termes du pape Jean XXIII. Agé de 42 ans, l’abbé Pierre Mamie enseignait alors l’Ancien Testament au séminaire diocésain et y donnait des cours bibliques, ainsi qu’à l’Université de Fribourg, avant d’être nommé trois ans plus tard secrétaire du cardinal suisse Charles Journet.

Interrogé par l’Apic à l’occasion des 40 ans du Concile Vatican II, il remarquait certaines dérives dans la société occidentale du XXIème siècle, mais relevait aussi des lumières: «Je pense que la période actuelle, chez nous, est comparable à celle de la décadence romaine ou de la Renaissance.

On découvrira les grands saints qui ont vécu à ces moments- là, comme Catherine de Sienne ou François d’Assise, ignorés de presque tous. Je suis persuadé que dans le monde d’aujourd’hui nous avons beaucoup de saints qui portent l’Eglise par l’humble témoignage de leur vie. Je crois à la sainteté de gens qui vivent leur foi avec profondeur et simplicité, par exemple à une Madeleine Delbrêl ou une Geneviève de Gaulle. Il y en a chez nous aussi. Et ces gens-là puisent la force de leur foi dans l’Eucharistie. C’est l’un des premiers messages que nous a laissé Jean Paul II». JB

Une veillée de prière rassemblera les fidèles le lundi 17 mars, à 20 heures, en la cathédrale Saint-Nicolas, à Fribourg, en l’église du Sacré-Coeur, à Lausanne (Ouchy), ainsi que dans la Basilique Notre-Dame de Genève et en l’église Notre-Dame, à Neuchâtel. L’évêché à Fribourg rappelle que les personnes désireuses de faire un don peuvent penser à la Fondation du Cardinal Journet à Villars-sur-Glâne créée par Mgr Mamie et à laquelle il était très attaché (CCP 17-10299-2). (apic/com/be)

16 mars 2008 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Partagez!