Roméo et Juliette à la mode nicaraguayenne
Fribourg: Deux pays, deux cultures: un échange théâtral
Fribourg, 23 août 1998 (APIC) Deux troupes de théâtre ont échangé leur culture vendredi soir à Fribourg. Le groupe culturel nicaraguayen «El Capullo» a présenté le thème de Roméo et Juliette à la mode de son pays . Le «Theatrakor», formé de jeunes suisses, tantôt sérieux, tantôt satiriques, avait choisi de monter le spectacle intitulé: «Guillaume et Heidi, Helvètes de nulle part et d’ailleurs». Un échange culturel né d’une histoire d’amour entre jeunes qui s’étaient déjà rencontrés en août 1997, mais au Nicaragua.
Le public, réuni au Centre «Le Phénix», est resté sous le charme. Il a fait de nombreux rappels aux acteurs venus de la communauté paysanne de El Lagartillo situé dans les montagnes du Nord du Nicaragua.
La pièce de théâtre proprement dite, précédée de chansons et de danses folkloriques, crée des moments d’émotion et de spiritualité. Surtout quand la vieille sorcière, au début et la fin du spectacle, appelle les âmes de l’au-delà, dans un rituel empreint du réalisme de la mort mais aussi du sens de l’espérance. Instants de franche comédie par contre, lorsque les yeux sévères et la voix tonitruante de Don Chepe grondent sa fille Elvirita qui ne veut absolument pas de Don Pedro pour époux.
Suivent la complicité et les œillades amoureuses entre Felipito et Elvirita. Puis les rires à gorges déployées du public devant les cavalcades effrénées, faisant rimer rapidité et justesse du geste des cavaliers sur leur merveilleux cheval de bois. Le tout mêlé de chansons et d’airs de guitare. Personne ne s’est ennuyé, même ceux qui ne comprenaient pas l’espagnol. Avec un minimum de décors, un très beau travail d’artistes, dirigé et mis en scène par Nestor Osorio et Pablo Purito La troupe «El Capullo» a décroché en 1996 une distinction spéciale attribuée à la meilleure troupe paysanne du Nicaragua.
L’ambiance fut tout autre pour la deuxième partie du spectacle: Suite à leur voyage au Nicaragua, les acteurs du «Teatrakor», se posent la question de leur fierté nationale avec des extraits de textes de Chessex, Z’graggen, Tamato, Ramuz, Castaneda et Romain Gary. La mise en scène, soignée, est de Thierry Crozat et Chantal Bianchi. Le public, moins hilare qu’auparavant, sourit davantage. Grâce à un gros mot ou une chute inattendue. Le comique de la situation, la description satirique font mouche. Avec tout à coup des apparitions de masques valaisans impressionnants.
Tous les personnages sont revêtus aux couleurs helvétiques, comme il se doit pour présenter la Suisse moderne avec ses valeurs authentiques mais aussi ses côtés dérisoires et sectaires. Ce qui n’empêche pas tous spectateurs (la salle était pleine!) de recevoir tout à coup un délicieux thé vert tunisien. Spectacle décapant, plus intellectuel que le précédent, mais rempli de trouvailles scéniques suggestives.
Les spectateurs ont apprécié ce visage très contrasté des deux cultures. Dans le public, beaucoup d’amis du Nicaragua, entre autres, des paysans fribourgeois qui avaient visité la région d’origine de la troupe d’»El Capullo». Aussi la famille de Maurice Demierre, volontaire de Frères sans frontières (FSF), assassiné par la Contra en février 1986, dont la tombe à Somotillo se trouve tout près de El Lagartillo. Maurice Demierre était aussi présent dans le cœur et le jeu d’actrices et acteurs nicaraguayens, tout fiers de venir en Suisse présenter leur joie de vivre et leur culture. Ils l’ont dit à l’assistance. Une manière de poursuivre l’amitié et la solidarité entre les deux peuples. (apic/ba)



