Symbole d’espoir pour les 300’000 clandestins de Suisse
Fribourg : Eglises et religions soutiennent unanimement la cause des sans-papiers
Bernard Bovigny, agence APIC
Fribourg, 28 juin 2001 (APIC) La quinzaine de sans-papiers qui occupent depuis trois semaines les locaux de la paroisse St-Paul à Fribourg sont un symbole d’espoir pour les 300’000 clandestins de Suisse. Unanimes, des représentants de diverses confessions et communautés religieuses – catholique, protestante, orthodoxe, juive et musulmane – l’ont redit mercredi soir lors d’un débat à la paroisse St-Paul.
Quelque 120 personnes ont participé à la table ronde sur rôle à jouer par les Eglises face au problème soulevé par les sans-papiers, le 27 juin à la paroisse St-Paul. Les huit représentants ecclésiaux ont affirmé, Bible ou Coran à l’appui, que l’accueil constituait une tradition de leur religion et ont soutenu sans réserve la cause des sans-papiers.
L’abbé Cornélius Koch, aumônier auprès des réfugiés et des clandestins en Suisse, a souligné que les occupants des églises de Bellevaux à Lausanne et de St-Paul à Fribourg sont devenus un symbole d’espoir pour les 300’000 sans-papiers qui, selon une estimation de la presse, se trouvent sur territoire helvétique.
Durant le débat animé par Richard Friedli, professeur en science des religions à l’Université de Fribourg, Cornélius Koch a attesté que de nombreuses paroisses et communautés religieuses se sont mobilisées depuis l’occupation des églises à Lausanne et à Fribourg pour soutenir la cause des clandestins. Il attend un appui encore plus large pour forcer les autorités politiques à entrer en dialogue et envisager des solutions plus humaines que le renvoi. Il pense qu’une solution positive surgira de ces événements. «Ces occupations d’églises ont provoqué une course contre la montre, mais la recherche de solutions prendra encore du temps.»
L’efficacité des occupations d’églises
Interpellé sur l’efficacité de ces actes d’occupation, l’abbé Koch s’est dit confiant en la bonne volonté des autorités politiques pour la cause des sans-papiers. Il a rappelé qu’une motion, transformée en postulat, avait été présentée par la conseillère nationale socialiste Angeline Fankhauser en juin 1998, qui visait à régulariser la situation de clandestins résidant depuis un temps déterminé en Suisse. Elle avait été soutenue par 111 personnalités politiques, dont les actuels conseillers fédéraux Joseph Deiss et Pascal Couchepin. L’aumônier des réfugiés en Suisse en conclut qu’il existe une réelle volonté politique de résoudre cette problématique. «De toute manière, expulser 300’000 clandestins n’est pas possible. La Suisse n’a pas les moyens militaires de le faire. Et les autorités continueront de fermer les yeux», a-t-il lancé à l’assemblée.
Les Eglises catholique et réformée se proposent comme médiatrices
Les curés francophone et alémanique de la paroisse St-Paul, Olivier Humbert et Winfried Baechler, ont souligné pour leur part que tout ce qui est légal n’est pas forcément légitime. Ils soutiennent l’occupation de leurs locaux paroissiaux par les sans-papiers, en rappelant que l’église est autant la maison des hommes que celle de Dieu. Au cours du débat, l’abbé Humbert a affirmé que les sans-papiers qui occupent les locaux de sa paroisse se trouvent dans une impasse. Il s’est alors offert pour constituer un groupe destiné à relancer le dialogue avec les autorités politiques, à commencer par le Conseil fédéral.
Une sortie d’Eglise
Mgr Bernard Genoud, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, a rappelé à ce sujet que les vicariats épiscopaux et le Conseil synodal réformé du canton de Fribourg ont récemment publié une prise de position, dans laquelle ils s’offrent comme médiateurs entre l’Etat et les sans-papiers.
Répondant à la question d’un participant, il a confirmé avoir reçu personnellement plusieurs lettres approuvant ou dénonçant le soutien des autorités religieuses dans cette occupation d’église, dont une d’un catholique qui a signifié sa sortie d’Eglise. Mgr Genoud a demandé de ne pas aborder le problème des sans-papiers en les considérant soit comme une nécessité pour l’économie, soit comme un danger pour le confort de Suisses, mais en mesurant les enjeux humains des décisions politiques. Il a également appelé à une résolution des problèmes dans les pays d’origine, qui ont provoqué la venue de nombreux réfugiés en Suisse.
Les Eglises considèrent l’étranger comme un hôte
Noël Ruffieux est confronté quotidiennement à la problématique des sans-papiers en tant que responsable de la communauté orthodoxe de Fribourg, qui compte près de 80% d’étrangers dont de nombreux ressortissants des pays balkaniques. Il a souligné durant la table ronde que les Eglises n’avaient aucune peine à considérer l’étranger comme un hôte. Il estime cependant que la difficulté se situe dans le passage de la conviction théologique au domaine politique, seul habilité à trouver une solution.
Bluette Nordmann, représentante de la communauté israélite à Fribourg, estime qu’’il est inhumain, pour un pays démocratique, de faire vivre des personnes dans l’incertitude et dans l’angoisse. Et même si les Eglises n’ont pas à occuper la scène politique, il leur appartient de lutter sur le terrain humanitaire et d’interpeller ceux qui doivent décider du sort de ces clandestins.
«La Suisse st une machine à fabriquer des clandestins»
Riadh Ajmi, président de l’Union des associations musulmanes de Fribourg, a souligné que la religion était par définition plus large, plus juste et plus miséricordieuse que la loi. Pour lui, la libre circulation des marchandises, des capitaux et des services ne peut se mettre en place sans la libre circulation des personnes. Il constate que la politique suisse en matière d’étrangers est une «machine à fabriquer des clandestins». «Un conseiller d’Etat fribourgeois m’a affirmé que si les 300’000 sans-papiers quittaient la Suisse, cela provoquerait un désastre économique», a lancé le représentant des communautés islamiques à Fribourg, ajoutant qe fermer les yeux sur le problème des clandestins n’est pas plus légal que de résider en Suisse sans papiers.
Henry Chabloz, impliqué en tant que diacre protestant dans l’occupation par des sans-papiers de la paroisse de Bellevaux à Lausanne, constate: «Chacun, en Suisse, est contre les étrangers, sauf pour ce qui concerne les cinq qu’il connaît le mieux». Et de souhaiter que le mouvement entamé à Lausanne et Fribourg permette à la population de mettre des visages sur l’expression anonyme «clandestins». Les sans-papiers ont-ils eu raison d’occuper des églises, qui sont par définition acquises à leur cause? «Oui, car une occupation d’église est un acte symbolique, alors que s’ils s’étaient installés sur la Place fédérale ou à l’Office fédéral des étrangers, cela aurait été compris comme une agression», a répondu le diacre protestant à la question lancée par un participant de l’assemblée. Henry Chabloz a également relevé que le peu de pouvoir dont disposent les Eglises face à cette problématique leur permet de se proposer comme médiatrices sans perdre leur crédibilité.
Au terme de la rencontre, les 120 participants ont unanimement accepté de délivrer un message de soutien et d’encouragement à la paroisse St-Paul, qui a accepté de donner refuge aux sans-papiers venus occuper ses locaux. Ils ont également décidé d’adresser une demande à la Conférence des évêques suisses afin que son message du Jeûne fédéral comprenne une prise de position concernant la cause des sans-papiers. (apic/bb)



