L’Eglise locale a été «profondément blessée» par ces événements
Fribourg: Evangile & Mission publie une interview de Mgr Genoud sur les abus sexuels
Fribourg, 5 mars 2008 (Apic) Evangile & Mission, le bimensuel officiel des diocèses romands, publie dans son édition du mercredi 5 mars 2008 une interview de Mgr Bernard Genoud sur les cas d’abus sexuels qui ont touché le diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg.
L’évêque du diocèse relève que l’Eglise locale a été «profondément blessée» par ces affaires d’abus sexuels.
Il explique également quelles sont les mesures qui ont été prises suite à ces douloureux événements, notamment la mise en place d’une commission permettant de recevoir toute les informations concernant de tels faits, la Commission «SOS Prévention».
Q: Mgr Genoud, comment avez-vous vécu les douloureux événements de cas d’abus sexuels qui ont frappé notre diocèse ?
Mgr Genoud: Notre Eglise locale a été profondément blessée par toutes ces affaires d’abus sexuels et je crois qu’il est important de prendre du recul pour analyser cette situation et surtout pour informer largement tous les fidèles de notre diocèse sur les nouvelles mesures prises.
Q: Qu’est-ce qui a déclenché cette tempête médiatique ?
Mgr Genoud: Je me permets de vous rappeler d’abord quelques faits: en décembre dernier, le pamphlet de la revue «Golias» laissait croire que l’évêché aurait acheté le silence de victimes de prêtres pédophiles. Nous avons immédiatement clarifié ces faits en rappelant systématiquement que l’évêché n’avait pas acheté le silence de victimes.
Au contraire, les soutiens financiers octroyés devaient permettre aux victimes de se reconstruire. Au début du mois de janvier dernier, un journal français sortait toute l’affaire du Frère «François» (nom d’emprunt) qui avait oeuvré tant chez nous qu’à Grenoble et à Lyon. Dans la foulée, j’ai dû constater que les journalistes qui contactaient l’évêché disposaient d’informations détaillées sur certains dossiers traités par l’évêché ces dernières années.
Q: Comment avez-vous réagi par rapport à la diffusion de ces informations confidentielles ?
Mgr Genoud: Les médiatiser équivaut à les réactualiser, comme si toutes ces affaires s’étaient déroulées «hier». Nous avons dès lors réfléchi à la politique de communication à adopter. Il fallait réagir pour donner aux médias des explications quant aux informations dont ils disposaient déjà. Ces explications permettaient de rétablir la vérité. Il était normal d’aider les journalistes à ne pas partir dans de fausses directions au risque de salir certains prêtres n’ayant rien fait de mal.
Comme il s’agissait donc de cas concrets, à savoir de prêtres oeuvrant au sein de notre diocèse ou ayant oeuvré au service de notre Eglise diocésaine, j’ai demandé à l’official de bien vouloir vérifier la nature de ces informations et de répondre au cas par cas aux médias. L’abbé Nicolas Betticher s’est engagé à le faire, en contact permanent avec moi.
Q: Pourquoi n’avez-vous pas pris la parole plus tôt ?
Mgr Genoud: J’avais pour ma part décidé d’intervenir, mais pas sur les cas concrets. Je souhaitais que l’official vérifie d’abord et informe au besoin. Il était nécessaire de prendre du recul sur l’ensemble d’une telle problématique. Je suis donc intervenu le 1er février dernier à l’occasion de la conférence de presse où j’ai également présenté une nouvelle structure.
Q: Quelle est dès lors cette nouvelle structure mise en place ?
Mgr Genoud: L’official, dès son entrée en fonction le 1er janvier dernier, s’est rendu compte que la structure en place ne permettait pas de gérer au mieux l’accueil des informations touchant aux affaires d’abus sexuels.
Après discussion interne, l’official m’a proposé la mise sur pied d’une commission permettant de recevoir toutes les informations touchant aux abus sexuels. J’ai dès lors décidé la création d’une commission «SOS Prévention».
Cette commission propose aux victimes d’abus sexuels perpétrés par des agents pastoraux la possibilité d’être entendues. Elle accompagne ces personnes et établit un rapport à l’intention de l’évêque diocésain qui décide de la suite à donner à ces signalements. Dans son cheminement, cette commission peut aussi aider les victimes à prendre, au besoin, la décision d’une dénonciation civile. Cet organe n’est donc certainement pas un écran entre l’évêché et la justice civile, mais un moyen efficace mis au service des victimes.
Q: Que se passe-t-il lorsque vous recevez une information relative à un agent pastoral qui aurait commis un abus sexuel ?
Mgr Genoud: Je demande à la personne qui m’informe de me libérer du secret de fonction de manière à transmettre ce dossier à la commission «SOS Prévention». Cette dernière analyse les faits et si elle arrive à l’intime conviction quant à la véracité des informations reçues, elle aide la victime à porter plainte. Parallèlement, j’enverrai un rapport, pour autant toujours que les faits apparaissent véridiques, à la Congrégation pour la doctrine de la foi, conformément aux dispositions du Motu Proprio du pape Jean Paul II. Les deux procédures (canoniques et civiles) ne sont donc pas en concurrence, mais doivent contribuer à la recherche de la vérité.
Q: Votre impression finale ?
Mgr Genoud: Je souligne que notre clergé et les agents pastoraux oeuvrent, dans leur grande majorité, de manière exemplaire. Je tiens à le relever et à les remercier tous ! Plus que jamais, nous avons à resserrer les rangs, à faire équipe. Notre Eglise est tourmentée, mais l’Esprit Saint nous porte et nous confirme dans notre mission d’annoncer l’Evangile de Jésus-Christ. Nous sommes toutes et tous serviteurs de Jésus-Christ selon des charismes différents, mais tous unis autour de Celui qui nous a envoyés à sa vigne. C’est pourquoi je compte sur la prière de chacune et de chacun ! (apic/em/id/be)



