Pierre Canisius, un homme de son temps
Fribourg: exposition pour le 4e centenaire de la mort de saint Pierre Canisius
Fribourg, 4 septembre 1997 (APIC) Il y a 400 ans mourait à Fribourg Pierre Canisius. L’activité pastorale du premier jésuite de langue allemande influença souvent de façon décisive l’histoire religieuse européenne. Le Musée d’art et d’histoire de Fribourg, avec le soutien du Musée National bavarois de Munich, consacre une exposition à ce héraut de la foi catholique, conseiller des empereurs et des princes, fondateur de collèges, prédicateur, et auteur prolixe.
L’exposition, relativement modeste quant au nombre d’œuvres présentées (82 numéros au catalogue) s’attache surtout à décrire la personnalité de Pierre Canisius dans son temps, à travers les témoignages les plus significatifs. Les objets présentés remontent tous aux XVIe et XVIIe siècle. Les commissaires de l’exposition ont renoncé à décrire le culte dont Pierre Canisius fut l’objet après sa mort en particulier à la fin du XIXe siècle et au XXe siècle, avec sa canonisation en 1925.
De nombreux objets personnels, presque autant de reliques, rapprochent le visiteur de cet homme du XVIe siècle : son chapeau, sa soutane, ses chasubles de prêtre, son encrier. Ses chaussures et sa canne rappellent le voyageur infatigable qui traversa l’Europe de part en part et parcourut, estime-t-on, 58’000 kilomètres à pied où à cheval avant de venir s’établir à Fribourg en 1580, pour y fonder le Collège St-Michel où il passera les dernières années de sa vie.
Sur la page de garde de son «cahier» d’étudiant de l’université de Cologne, en fait un gros volume de plusieurs centaines de pages, visible à Fribourg, le jeune homme avait écrit en grands caractères romains «Perservera» c’est-à-dire Persévère, tiens bon, sois tenace. De ténacité Pierre Canisius en fit preuve sa vie durant. Face aux empereurs Charles Quint puis Ferdinand Ier, face au Duc de Bavière, Guillaume V, le jésuite mis tout en oeuvre pour maintenir la foi catholique menacée. Un remarquable portrait du réformateur Melanchton dû à l’atelier de Cranach le jeune rappelle l’engagement du jésuite dans la Contre-réforme.
Un catéchisme célèbre
Dans le monde germanique tout ce qui est cultivé est alors luthérien, relève le jésuite Jean-Blaise Fellay, un des auteurs du catalogue. Ce qui explique l’intense activité de publication de Pierre Canisius dont l’exposition fribourgeoise offre de nombreux témoignages de choix. Des pères de l’église, à la Vierge Marie, en passant par la biographie de Nicolas de Flue et bien sûr son célèbre «Catéchisme» qui, de son vivant déjà, connu 126 éditions traduites en plusieurs langues. Canisius écrivit autant en latin qu’en allemand des ouvrages savants bien sûr, mais aussi beaucoup de textes populaires comme ce recueil de pensées bibliques dont les pages imprimées d’un seul côté, à l’instar d’un calendrier, pouvaient être découpées. Une activité pastorale et littéraire qui lui vaudra au moment de sa canonisation en 1925, le titre assez rare de «docteur de l’Eglise».
Sa piété mariale est illustrée non seulement par son chapelet aux gros grains de bois sombres ou par son traité sur la dévotion à la Vierge, mais aussi par les souvenirs des Congrégations mariales qu’il établit à Fribourg.
Dès les origines de la compagnie de Jésus, une des principales armes de sa stratégie fut la fondation de collèges destinés à former l’élite catholique. Pierre Canisius fut mêlé à la création d’un grand nombre d’entre eux que l’exposition fribourgeoise permet de découvrir à travers des tableaux d’époque: Munich, Ingolstadt, Dillingen, Ratisbonne, Augsbourg et bien sûr Fribourg.
L’ensemble de ces témoignages d’époque offre un panorama sinon complet, du moins très significatif de la personnalité de Pierre Canisius. Un éclairage bienvenu au moment où la mémoire populaire avait tendance à oublier un peu cet homme à la trajectoire hors du commun. (apic/mp)




