Fribourg: Fondation «Aide aux mères et aux enfants défavorisés d’Afrique du Nord»

Malika Conus-Azizi vient en aide aux «enfants du péché»

Fribourg, 19 juin 1997 (APIC) Dans les sociétés musulmanes les mères célibataires et les enfants illégitimes sont encore aujourd’hui l’objet d’un rejet quasi total. Les «enfants du péché» et leur mère ne peuvent compter sur aucun soutien ni de leur famille, ni de la collectivité. Une jeune fille enceinte peut être tuée par un proche pour venger l’honneur de la famille. Un enfant illégitime n’a souvent même pas d’identité officielle

Quelques femmes se sont émues de cette situation et ont décidé d’apporter leur aide. C’est le cas de Malika Conus-Azizi, d’origine marocaine établie depuis une dizaine d’années à Fribourg. Elle a créé pour cela une Fondation de droit suisse baptisée «Aide aux mères et enfants défavorisés d’Afrique du Nord».

Malika Conus est partie d’un constat assez simple : pour créer un courant de sympathie et provoquer des gestes de soutien, il faut d’abord faire connaître et aimer le Maroc. Elle tente de le faire aujourd’hui de plusieurs manières. En donnant de cours de danse orientale, en organisant de temps en temps de grands couscous avec spectacle, mais surtout en organisant au mois d’août un voyage de quinze jours dans son pays. Non pas sur les plages touristiques, mais chez les habitants du village d’Azzemmour, à 80 kilomètres de Casablanca, sur la route de Marrakech.

A la rencontre de la population marocaine

«Les autorités locales et la population nous attendent à bras ouverts même si nous n’allons pas chez les riches, mais chez les pauvres», assure-t-elle. Quelques places sont encore disponibles. «Je compte sur dix à quinze participants. Si cela marche, je renouvellerai l’expérience trois fois par an, à Pâques, en été et à Noël. Certaines personnes ont un peu peur, mais il faut bien préciser que le Maroc n’est pas l’Algérie et que la sécurité des touristes est assurée». L’idée de ces voyages est de créer des liens amicaux qui pourraient déboucher sur des parrainages voire des jumelages avec des villages marocains. L’aspect touristique se conjugue avec l’aspect humanitaire.

Construire un dispensaire pour les mères célibataires

Pour le moment il n’est cependant pas question d’argent. «Je dois d’abord examiner ce que l’on peut faire. Mon idée à terme est de pouvoir construire un dispensaire où les femmes pourraient venir accoucher gratuitement, dans de bonnes conditions, et les enfants être soignés.» Pour cela il faut obtenir les autorisations. Ce qui n’est pas aisé surtout pour une femme, car presque personne n’a encore osé s’attaquer à la question des mères célibataires. De plus, Malika Conus n’est elle-même ni médecin ni infirmière.

Venger l’honneur de la famille

«On m’a plusieurs fois conseillé de ne pas en parler. Il ne faut pas oublier qu’une jeune fille enceinte peut encore être tuée par son frère pour venger l’honneur de la famille. Les auteurs de meurtres de ce genre ne sont le plus souvent pas inquiétés par la justice. Les jeunes filles enceintes cachent leur grossesse jusqu’au dernier moment. Les mères et les enfants sont bannis de la société. Souvent l’enfant n’a pas de papiers d’identité et ne peut même pas aller à l’école».

Un médecin sur place a transmis à la fondation plusieurs demandes concernant des cas d’urgence notamment pour une mère célibataire et son enfant et pour une fillette handicapée qui a besoin d’une opération délicate. «Je suis obligé d’aller doucement, de négocier au coup par coup et souvent de travailler en cachette. Je ne peux pas me permettre d’avoir les musulmans sur le dos».

Malgré la gravité de la situation, Malika Conus a constaté combien il est difficile de mobiliser les gens. Pour les Suisses, l’Afrique du Nord et le Maroc restent des contrées lointaines séparées en plus par une distance religieuse et culturelle. Les exilés maghrébins peinent souvent à briser le tabou mis sur les mères célibataires et refusent de «faire de la politique». «Ce n’est pas de la politique. Le Maroc est mon pays et je veux seulement l’aider», répond Malika Conus. «J’ai vécu 20 ans à Paris et j’appréciais beaucoup la vie parisienne. Quand j’ai décidé de changer, ma famille et mes amis ont trouvé que j’étais un peu dingue. J’ai dû renoncer à beaucoup de choses, mais je ne le regrette pas.»

Malika a reçu aussi le soutien de Terre des hommes et d’Edmond Kaiser. «Mais pour le moment mes activités restent peu connues à Fribourg. J’aurais surtout besoin d’aide pour le travail administratif et le courrier.» (apic/mp)

9 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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