Fribourg: Guido Vergauwen est le premier recteur à plein-temps de l’université

Pour une uni libérée du «complexe de Blanche-Neige»

Josef Bossart, Apic / Traduction: Bernard Bovigny

Fribourg, 14 novembre 2007 (Apic) Le théologien et dominicain Guido Vergauwen, âgé de 63 ans, est le premier recteur à plein-temps de l’Université de Fribourg en Suisse. Les défis ne manquent pas. Selon Guido Vergauwen, l’université doit parfois aller courageusement à contre-courant face à une logique de marché qui donne la préférence à la production d’un savoir immédiatement utilisable. Quant au «classement des universités», il ne le tient pas en haute estime. Il développe selon lui une forme de «complexe de Blanche-Neige».

La contradiction est presque insoluble. En fait, selon Guido Vergauwen, l’Université de Fribourg, si l’on considère son «carnet de résultats» dans l’enseignement et la recherche, aurait tout intérêt à accroître sa réputation en particulier en Suisse allemande. Mais le fait est que pour les Romands, l’Université de Fribourg est davantage germanophone, et pour les Alémaniques elle est davantage un établissement francophone. Par conséquence, l’université bilingue reste souvent oubliée dans la perception du grand public.

Par contre, les universités obtiennent une réputation publique par ce que l’on nomme les «rankings» (classements). Ceux-ci ont l’ambition de porter un jugement sur la qualité de la recherche et de l’enseignement des institutions de formation. Et les classements de leurs différentes branches sont publiés dans plusieurs revues.

Comparaison n’est pas raison, pour Guido Vergauwen. Car ces classements ne révèlent pas grand chose sur la véritable qualité de l’enseignement et de la recherche. Ils développent simplement ce qu’il appelle le «complexe de Blanche-Neige»: Quelle est la plus belle dans tout le pays? Ou, respectivement: Qui dispose de davantage de manne financière? Qui a la bibliothèque la plus attirante? Qui propose les conditions d’étude les plus intéressantes?

Bilinguisme et tradition catholique

Avec ses 10’000 étudiantes et étudiants, l’Université de Fribourg est «une uni à visage très humain», mais trop petite pour faire concurrence avec des institutions bien mieux équipées comme à Genève ou Zürich, ou encore comme les écoles polytechniques fédérales de Zürich et Lausanne, affirme le nouveau recteur. Mais du point de vue qualitatif, Fribourg n’a absolument pas à se cacher. Aux yeux de Guido Vergauwen, il est très important pour Fribourg de se centrer sur ses propres qualités. Le bilinguisme, en tant que pont entre les cultures, en fait partie, tout comme une tradition catholique, «qui n’est pas toujours facile à cerner, certes», mais qui trouve son expression «dans une attitude ouverte et humaine». Cela signifie par exemple que dans les études il doit toujours avoir une place pour une réflexion éthique.

Des contributions de haute qualité au niveau international

Guido Vergauwen rend aussi attentif au fait que chacune des cinq facultés, dans certains de ses départements, est en mesure d’apporter des contributions de haute qualité au niveau international. La qualité de la recherche soit en général bonne, cela est démontré par le fait que, en comparaison avec les autres universités, les demandes de soutien pour les projets de recherche de l’Université de Fribourg sont pour la plupart acceptées par le Fonds national suisse.

Alors que ses prédécesseurs avaient conservé une part d’enseignement, le dominicain et professeur de théologie fondamentale Guido Vergauwen est le premier recteur à plein-temps de l’Université de Fribourg. Les défis rencontrés par les directions des universités sont devenus plus importants, dans ce paysage universitaire devenu fortement diversifié depuis quelques années en Suisse.

Mise en place du modèle de Bologne

Parmi ces défis, Vergauwen cite d’abord le suivi du travail dans la mise en place actuelle des contenus du «modèle de Bologne», avec les cursus menant au bachelor et au master. Certes le modèle d’études a été rapidement mis en place au niveau technique à Fribourg, mais on s’est surtout concentré très fortement sur les moyens et les méthodes. Maintenant, les objectifs d’études des différentes facultés doivent être reformulés, surtout dans le domaine du master. Avec un nouvel accent: le but n’est pas seulement de multiplier les compétences propres à chaque matière. Les compétences sociales et politiques ont aussi un rôle déterminant à jouer.

Plus que jamais, une université doit davantage tenir un discours à contre-courant, estime Guido Vergauwen. Cela signifie en clair: elle doit aussi accompagner de façon critique le développement social, politique et économique. «Nager à contre-courant» consisterait par exemple, au regard de la soumission du savoir à l’économie, à affirmer avec urgence: «Ce que nous produisons ici à l’université pour ’le marché du savoir’ et la ’société du savoir’ à ses limites. Le savoir n’est pas purement et simplement toujours utilisable!» C’est pourquoi nous avons toujours besoin, dans nos universités, d’espaces pour le savoir qui n’est pas directement «utilisable» et «vendable» sur le marché, donc pour la recherche libre. «Les universités sont des institutions autonomes, qui mènent des recherches de façon responsable et servent ainsi la société d’une manière critique», relève Guido Vergauwen.

Le savoir et les exigences humaines actuelles

Et finalement le développement du savoir doit être toujours davantage lié, dans tous les domaines, aux exigences humaines de notre monde: «Comment fonctionnons-nous ensemble? Qu’est-ce qui fait foi? Qu’est-ce qui est vrai et juste?»

Une question s’impose: Quel avenir le théologien et religieux Vergauwen voit-il pour les Facultés de théologie, en considérant le nombre décroissant d’étudiants et la perte de présence des Eglises dans la société? Le recteur se dit un défenseur résolu de la présence de la théologie dans les universités. «Dans les facultés de théologies, les étudiantes et étudiants font l’apprentissage des rapports emplis d’humanité et aptes au dialogue avec la religion et la foi. Et cela se passe en particulier lors des échanges interdisciplinaires». Les défis bioéthiques actuels constituent à ses yeux un bon exemple pour illustrer ses propos.

Les rêves de Guido Vergauwen pour le développement de la Faculté de théologie de Fribourg ont des dimensions internationales. L’enseignement ne devrait pas seulement se donner en allemand et en français, comme c’est le cas aujourd’hui, mais aussi en anglais. Il est convaincu que de cette façon, «nous pourrions gagner un public international énorme».

Note: Lors du Dies academicus, le 15 novembre à 10h à l’Aula Magna, Guido Vergauwen donne une conférence sur «Si l’arche fait naufrage . La tâche de l’université face aux limites du savoir»

Note aux rédactions: Une photo portrait de Guido Vergauwen est mise gratuitement à disposition à l’Apic à l’adresse courriel: kipa@kipa-apic.ch

(apic/job/bb)

14 novembre 2007 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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